Julien Rycx
Julien Rycx
Surgissant en quelques rares occasions des tréfonds du roman national, son nom, depuis longtemps oublié de tous, laisserait à penser que l'homme aurait traversé l'histoire dans le plus profond anonymat. Pourtant, de son vivant, Georges Laguerre (1858-1912) connut une réelle notoriété, tant politique que professionnelle. Jeune prodige du barreau de Paris, devenu à l'âge de vingt-cinq ans le plus jeune député de France et promis à un avenir politique radieux, « le prince de Paris » comme certains se plaisaient à le surnommer, se voyait déjà accéder aux plus hautes fonctions de l'État. Néanmoins, « si la nature lui avait procuré de précieux dons, l'homme, par des fautes faciles à éviter, les aurait détruits et, par la même refusé sa destinée » (Maurice Barrès). Sa carrière, aussi intense qu'éphémère, et largement perturbée par ses convictions boulangistes, ne symboliserait-elle pas l'abîme qui sépare « l'homme d'État » du simple « professionnel » de la politique ?
Au coeur « d'un mystère qui semble encore loin d'être épuisé » (Bertrand Joly - 2008), le boulangisme, mouvement polymorphe, paraît avoir été étudié sous tous ses aspects depuis les premiers travaux d'Adrien Dansette en 1939. Pourtant, son analyse à travers le prisme de la franc-maçonnerie demeure encore un champ de recherche en friche. L'étude entre l'événement et l'institution maçonnique ne semblerait avoir trouvé sa place ni chez les historiens du Général ni chez ceux de la maçonnerie. Enjeu mémoriel, cette séquence illustre cependant, parfaitement, les mécanismes d'une grande machine à falsifier le réel, largement altérée par le poids des discours, des mythes et des représentations. Que penser alors de cet anti-boulangisme maçonnique porté par l'historiographie traditionnelle ? Derrière sa précocité, son unité et son ardeur, n'occulterait-il pas la fragmentation des « mondes maçonniques » ? Quelle place occupe la séquence boulangiste dans le « roman maçonnique national » ?