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Jesper Svenbro

Jesper Svenbro

4 livres
ebook cover of Le Tombeau de la cigale, by Jesper Svenbro
Les Belles Lettres éditions | 10 June 2021

« Je suis ton ticket de caisse. Garde-moi », lisait-on sur les reçus des magasins IKEA. Si cette formule fait appel à une espèce de complicité, voire intimité entre vendeur et client, elle s'inspire sans doute du premier chapitre d'Alice aux pays des merveilles, où Alice trouve la célèbre bouteille marquée « DRINK ME ». Voilà un clin d'oeil au père d'Alice, Henry Liddell, l'un des auteurs du Liddell-Scott-Jones, A Greek-English Lexicon (1843), car les premières inscriptions grecques partagent souvent avec l'étiquette de la bouteille leur mode d'énonciation : ce sont les inscriptions sur des objets qu'on a longuement désignés par l'expression « objets parlants », - uniquement à cause de leur emploi de la première personne « je ». Le livre de Svenbro revient à ce « je écrit » et à la critique de sa désignation trompeuse, rouvrant le débat opposant jadis Derrida à Husserl. En guise de point de départ, il étudie les verbes grecs signifiant « lire », qui s'avèrent cependant porteurs d'implications étrangères à nous Modernes par leur enracinement dans une situation de lecture profondément autre, qualifiable de « distribution orale (aurale) » destinée aux auditeurs du texte. Pour notre plus grand étonnement, nous qui sommes habitués à la lecture silencieuse, la lecture à voix haute devient ici la clé pour l'interprétation d'une série d'allégories de la lecture telles que le voyage linéaire en char, le viol du lecteur-éromène par le scripteuréraste, la statuette de bronze, le « remède pour la tête » dans le Charmide et la cigale très « vocale » libérée de la toile d'araignée du texte par le lecteur... Ces développements aboutissent à la nette distinction lexicale entre grammata et stoikheia, maintenue par les Grecs pendant un millénaire mais négligée par les Modernes qui préfèrent traduire indistinctement ces deux termes par « lettres », neutralisant par-là l'originalité du lire des Anciens.

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Regular price: €19.99
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ebook cover of La Parole et le marbre, by Jesper Svenbro
Les Belles Lettres éditions | 10 June 2021

Un professeur de l'École Pratique des Hautes Études, ayant accès aux rayons de la Bibliothèque de la Sorbonne, garde ce souvenir datant des années 1980 : « L'un des murs de l'étage des thèses était couvert d'un rayonnage rempli de livres reliés en bleu azur. C'étaient les thèses de l'Université de Lund. Cette surface d'un bleu azur parfait était troublée, toutefois, par un volume devenu noir et littéralement hirsute à force d'avoir été manipulé : c'était un volume que je connaissais bien, La parole et le marbre. » Rédigée en français, la thèse de doctorat que Jesper Svenbro a soutenue en avril 1976 à l'Université de Lund (Suède) a connu une diffusion certaine grâce aux pratiques d'échange entre universités. Épuisée depuis longtemps, elle renaît maintenant de ses cendres. De quoi s'agit-il ? Svenbro se propose d'y dresser la généalogie du poète ou, plus précisément, de répondre à la question de savoir pourquoi les Grecs ont choisi le terme poits pour désigner l'auteur de chants ou de « poèmes », étant donné que ce terme signifie normalement « producteur, artisan ». Comme si les poètes grecs anticipaient la formule de Walter Benjamin, « der Autor als Produzent ». Pour mener son entreprise à bien, Svenbro procède à une enquête sur la façon dont les Grecs se sont représentés l'origine du chant ou du poème, d'abord chez Homère, où l'aède ne se considère pas comme l'auteur de son chant, qui lui vient d'une divinité. Pour le poète choral qu'il s'appelle Simonide ou Pindare , composant ses odes sur commande et exigeant une rémunération en récompense, il devient en revanche urgent de se poser comme leur auteur au sens juridique du terme afin de pouvoir figurer comme partie du contrat établi entre commanditaire et poète. C'est dans cette perspective que Svenbro nous invite à comprendre les métaphores artisanales de la poésie chorale comme les traces d'une situation où le poète devient l'artisan de ses compositions et, en tant que tel, digne d'une rémunération. La poésie, langage désormais savamment travaillé, n'est pas une effusion spontanée mais un objet fabriqué, une architecture, un monument à l'instar du Trésor des Athéniens à Delphes..

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Regular price: €21.99
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ebook cover of Phrasikleia, by Jesper Svenbro
La Découverte (réédition numérique FeniXX) | 11 June 2020

Pourquoi étudier la lecture ? Récemment, en France, le sujet a suscité une série de travaux de type rhétorique, sociologique, historique et psychanalytique, et l'on sait que les psycholinguistes s'intéressent depuis longtemps à la lecture, et aux méthodes de son apprentissage, fondamentales pour nos systèmes scolaires. Que pourrait apporter une étude consacrée à la lecture en Grèce ancienne à cette recherche axée sur la lecture à l'époque moderne, voire contemporaine 

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ebook cover of La Tortue et la lyre. Dans l'atelier du mythe antique, by John Scheid, Jesper Svenbro
CNRS Editions | 13 November 2014

D'où viennent les mythes? Comment se fabriquent-ils? Et comment les comprendre? Si Lévi-Strauss oppose le mythe à la poésie, et en fait une structure indépendante de la langue, John Scheid et Jesper Svenbro nous montrent au contraire à quel point les mots, les noms et les objets sont au coeur de l'élaboration du mythe. Car le récit mythique ne se fait pas malgré les mots mais à partir et au moyen d'eux. Ce n'est pas par hasard que le périmètre d'Alexandrie a été délimité avec de la farine plutôt qu'avec de la craie : il fallait marquer le caractère nourricier d'une ville appelée à devenir prospère et cosmopolite. Et si la lyre a le pouvoir de sortir Eurydice des Enfers, c'est parce que selon le récit de son invention, elle a été conçue à partir d'une carapace de tortue morte. Car en donnant voix à la tortue qui était jusque-là condamnée à demeurer toute sa vie dans sa maison/tombe, et dont le nom, qui doit être dérivé du latin tartaruca, signifie " bête du Tartare ", le mythe inverse le cycle vie/mort en un cycle mort/vie. Ces exemples ne résultent pas d'une heureuse coïncidence découverte après coup mais illustrent bien la condition, préalable et parfaitement consciente, de l'élaboration du mythe. De la fondation de Carthage aux exploits d'Héraklès, en passant par le destin tragique d 'OEdipe, John Scheid et Jesper Svenbro nous invitent à une passionnante relecture de grands mythes de l 'Antiquité.

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