Jean-françois Laé
Jean-françois Laé
Comme d'autres administrations, la Protection Judiciaire de la Jeunesse a connu une mue dans la période récente (2003-2011). Des changements conséquents proviennent de la volonté de manager cette administration et de répondre aux évolutions des lois concernant la Justice des mineurs sous la Présidence Sarkozy. Nous cherchons à mesurer les incidences de ces transformations sur les modes d'écriture professionnelle et d'action éducative. Les rapports des professionnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, destinés aux magistrats et insérés dans un processus d'aide à la décision, sont-ils affectés par ce mouvement de transformation ? Leur étude, objet principal de ce livre, participe à une anthropologie de l'écrit.
Dans le sous-sol d'une association chargée de l'enfance à Avignon, sur des étagères en acier des années 1950, se succèdent trois cents mètres de dossiers noircis par le temps. " C'est un débarras ", me lance Chantal, la cheffe du service, " vous ne trouverez que du vieux papier ! ". Dans le sous-sol d'une association chargée de l'enfance à Avignon, sur des étagères en acier des années 1950, se succèdent trois cents mètres de dossiers noircis par le temps. " C'est un débarras ", me lance Chantal, la cheffe du service, " vous ne trouverez que du vieux papier ! ". Des fouilles surgissent 160 lettres entre Micheline - enceinte à 20 ans - et Odile, assistante sociale auprès du tribunal pour enfants. L'histoire commence ainsi. Une grossesse hors mariage et en situation de pauvreté, c'est une vie scellée dans un foyer maternel. Tandis qu'un cercle de femmes " sages " s'occupe de Micheline, celle-ci se révolte et s'enfuit. On la recherche dans tout le Roussillon. Odile la rattrape. Micheline aime sortir au bal ? L'assistante sociale l'en dissuade et la menace. Et pourtant, elle l'aime bien, cette échevelée ! C'est " ma fille ", écrira-t-elle un jour. C'est dans l'entrelacs de cette correspondance, sur le fil des relations entre Micheline et Odile, que se tisse le récit de Jean-François Laé autour des plaintes, de la soumission et de la révolte de ces jeunes femmes si tôt assignées. Filles célibataires, indisciplinées ou frondeuses, souvent en bisbille avec leurs familles, elles sont les oubliées de notre histoire. À travers la révolte de Micheline, Jean-François Laé poursuit inlassablement son exploration des vies " faibles ", fragiles, celles d'" anormaux " qui lancent un défi à l'ordre social.
Elle note, elle note, la main courante, et pas seulement dans les commissariats de police. Jean-François Laé est allé déchiffrer et étudier de nombreux cahiers tenus dans des lieux divers - une cité HLM, un service de cure d'alcoolémie, un lieu de vie pour handicapés, un centre d'hébergement pour hommes à la rue, un service de milieu ouvert, une maternité. Ce sont des traces éphémères, discontinues, sans autre horizon que le lendemain. Bavardes à leur manière, elles disent l'activité au jour le jour, des observations, des consignes, des gestes, des urgences dans des conditions d'incertitude, des exaspérations aussi et des rapports de force. A travers les éléments épars de cette écriture fragmentée se révèlent les mille petits désordres, les points de résistance, les échappées, les refus qui ponctuent le quotidien des personnes prises en charge. En arrachant à l'oubli ces écrits ordinaires, Jean-François Laé fait surgir une réalité surprenante d'affrontements et de sollicitude mêlés. Sa lecture attentive et sensible lui permet d'analyser au plus près ce qui se passe dans ces relations de services aux personnes.
Entre le Havre et Trouville, un Français est tombé éperdument amoureux d'une jeune Anglaise. Malgré leurs conversations limitées, chaque jour ressemble à un rêve éveillé : ils dînent sur la terrasses des casinos et profitent du soleil ardent. Ils se marient dans la foulée. Mais très vite l'amour décline... La seule erreur du Français a été de donner à l'Anglaise un professeur de français. Ode à l'amour ou satire des passions précipitées, la nouvelle offre une réflexion sur ces relations fondées sur le rêve. Guy de Maupassant (1850-1893) est un écrivain et journaliste français né au bord du littoral normand. Sa mère, douée d'une grande culture littéraire, participe à son éducation tournée vers les livres. Il passe le reste de son temps dans la campagne ou les ports, à converser avec pêcheurs et paysans qui lui serviront d'inspiration plus tard pour quelques personnages. À 12 ans, il est envoyé en pension où la religion, très présente, anime en lui un dégoût pour le sacré. Après le lycée, il est mobilisé en 1870 pour la guerre contre la Prusse. Un an plus tard, il fait ses bagages pour Paris où il y travaille comme fonctionnaire au Ministère de la Marine pendant 10 ans. En février 1875, il publie son premier conte, «La Main écorchée». Maupassant est très vite ennuyé par l'administration. Le soir, il travaille d'arrache-pied à ses oeuvres littéraires ; et aux alentours de 1880, il se consacre pleinement à sa passion. C'est Flaubert qui l'introduit au monde de la littérature professionnelle. Il rencontre des auteurs réalistes, Zola, et les frères Goncourt. Maupassant fait un départ lent, mais il connaît bientôt le succès avec «Boule de Suif». Avec Zola qu'il côtoie aux Soirées de Médan, s'ensuivent de nombreuses nouvelles, toutes plus cultes les unes que les autres: «La ficelle» (1883), «La parure» (1884) ou «Le Horla» (1887). Il publie aussi des romans réalistes: «Une vie» en 1883, «Bel-Ami» en 1885 et «Pierre et Jean» en 1888. Guy de Maupassant, reconnu de son vivant, l'est aussi dans la mort: de nombreuses adaptations à l'écran renouvellent encore aujourd'hui ses oeuvres intemporelles.
La présente étude est, avant tout, une lecture des enquêtes sociales sur le logement spécialisé des années 1942-1950, autour de la notion de communauté, de la coupure entre le pauvre et l'ouvrier, une interprétation des enquêtes sur les baraquements effectuées par le ministère de l'Intérieur entre 1945 et 1960, et un commentaire prolongeant la destruction des bidonvilles en région parisienne entre 1965 et 1975.
Dans une cité HLM du nord de Paris en pleine rénovation, des gardiens sont au travail : ils surveillent, réparent, tempèrent. À travers leur regard, on entrevoit ce qui n'est pas montré d'habitude : des résidents qui s'observent, les plaintes quotidiennes, les vrais problèmes. On redécouvre aussi un métier de nouveau convoité : le gardien n'est plus l'homme à tout faire d'hier, il est devenu le médiateur de la cité. Jean-François Laé est sociologue, enseignant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il a notamment publié Les Nuits de la main courante (Stock, 2008) et, avec Numa Murard, Deux générations dans la débine (Bayard, 2011).