Jean-Sébastien Eideliman
Jean-Sébastien Eideliman
Les questions morales pénètrent nos représentations, nos pratiques, nos politiques. Les auteurs ici réunis en explorent, dans une perspective critique, les multiples facettes à travers une série d'enquêtes conduites sur quatre continents. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2012. Les questions morales pénètrent nos représentations, nos pratiques, nos politiques. Qu'il s'agisse, dans le monde privé, d'interpréter les conduites des autres et de disci-pliner les siennes propres, ou bien, dans l'espace public, de sanctionner des déviances et de réguler des populations, nos sociétés mobilisent des normes, des valeurs et des affects, qu'illustrent notamment les tensions entre la raison humanitaire et l'ordre sécuritaire. Redonnant toute sa force critique au concept d'économies morales, les auteurs réunis ici par Didier Fassin et Jean-Sébastien Eideliman en explorent les multi-ples facettes à travers une série d'enquêtes conduites sur quatre continents. Des lieux d'enfermement des étrangers en France aux prisons de haute sécurité aux États-Unis, de la stigmatisation des familles roms en Italie à la marginalisation des enfants de migrants en Chine, de la condamnation du tourisme sexuel en Thaïlande à l'évaluation des transactions amoureuses au Mali, des pratiques de charité en Inde aux politiques contre la pauvreté au Chili, les auteurs s'attachent à comprendre comment on gouverne et on juge, comment on assiste et on exclut. Mais ils montrent aussi que les professionnels et leurs publics n'adoptent pas de manière passive et uniforme ces modèles moraux : ils déploient des subjectivités éthiques pour résister ou " faire avec ", autour du handicap et de la toxicomanie, de l'asile et de la naturalisation, de la violence et de la finance. Cet ouvrage nous propose ainsi de penser la vie sociale et politique de la morale. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2012.
L'État est souvent représenté comme une entité bureaucratique abstraite et neutre. Or il se constitue à travers des discours, des pratiques et des relations qui en font une réalité concrète et située, s'incarnant dans le travail de ses agents et s'incrivant dans les enjeux de son temps. C'est ce que montre cet ouvrage, produit d'une enquête de cinq années, qui décrit et analyse le fonctionnement de la police, de la justice, de la prison, des services sociaux et de la santé mentale. Ces institutions ne sont certes pas tout l'État, mais elles ont affaire, en large part, aux mêmes publics issus de milieux populaires, d'origine immigrée ou appartenant à des minorités. Au fil d'une étude qui associe généalogie et ethnographie, il apparaît que la prise en charge de ces populations procède, au sommet du pouvoir comme dans le quotidien des interactions, non seulement de l'application de règles et de procédures, mais aussi de la mobilisation de valeurs et d'affects, de jugements formulés sur des groupes ou des personnes et d'émotions ressenties devant des situations ou des actes : elle exprime la morale de l'État. Nourrie des débats autour de l'immigration et de l'asile, de la délinquance et de sa répression, de la responsabilité des individus et du rôle de la solidarité, cette morale met en tension un État social en recul, un État pénal en expansion et un État libéral qui attend toujours plus de ses sujets. Comprendre cette raison morale si souvent refoulée, c'est ainsi repenser le politique. Réunie autour de Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d'études à l'EHESS, une équipe de chercheurs – Yasmine Bouagga, Isabelle Coutant, Jean-Sébastien Eideliman, Fabrice Fernandez, Nicolas Fischer, Carolina Kobelinsky, Chowra Makaremi, Sarah Mazouz et Sébastien Roux – propose une lecture renouvelée de l'État contemporain.