Jean Métellus
Jean Métellus
Chacun des poèmes, dans Les dieux pèlerins, semble arriver comme à travers l'air, et ne former ses vers, pour nous, que dans un froissement rapide. Et, bientôt, le poème s'interrompt. Est-il pressé de s'effacer dans le silence ? Dieux ou poèmes pèlerins : il s'agit, pour Métellus, de capter le présent multiple du monde, de jeter des réseaux agiles de vers sur des lambeaux qui fuient. Jamais, peut-être, les poèmes de Métellus n'ont été aussi accordés à l'instabilité, aujourd'hui, du réel. Passé, présent, qui aborderait l'oeuvre de Métellus par ce dernier recueil, ne saisirait peut-être pas nettement la richesse temporelle qui s'y trouve pourtant impliquée. Le présent, transparent et aérien, des Dieux pèlerins est, comme l'ombre chez Rembrandt, habité. Maints passés y font sentir leurs pressions, avec toute la diversité de leurs pulsations temporelles respectives. Faudrait-il les énumérer, essayer de les rendre distincts, de rendre ce qui leur revient ? Histoire - séculaire ou récente - d'Haïti, histoire de l'Occident, profondeur temporelle des langues - le créole, le français - ou des littératures, succession des générations, passé collectif - celui, par exemple, de la ville natale ou de la famille - aussi bien qu'individuel : tout cela, dans des oeuvres antérieures de Métellus, s'était déjà richement imposé.
Dans ce grand poème de l'aube et de la lumière, Jean Métellus retrouve le souffle qui animait déjà son premier recueil, Au pipirite chantant. Le lecteur y retrouve une parole ritualisée, traversée de bribes de contes et d'obscures histoires de veillées, qui disent les choses, les hommes, les arbres et les plantes d'Haïti. Mais la terre natale n'est pas seulement pour le poète lieu d'origine solaire, elle est aussi traversée par la mémoire d'un passé sanglant et la conscience d'un présent violent, comme si Haïti, matrice généreuse, se montrait en même temps impuissante à retenir dans son giron ses enfants prodigues emportés par le tourbillon d'une Histoire qui lui échappe encore.
Dans Hommes de plein vent, Jean Métellus déploie une poésie puissante où se mêlent la mémoire d’Haïti, la quête d’identité et la résistance face à l’oppression.
1804 : Saint-Domingue, devenue "Haïti", proclamait son indépendance à la face du monde. Première république noire de l'histoire. Un homme -parmi d'autres- joua un rôle éminent dans ce processus : Toussaint Louverture. C'est une figure étrangement complexe et attachante qui s'enrichit au fil du texte et donne à l'événement historique sa véritable dimension humaine et universelle.
1804, Haïti proclame son indépendance. Le pont rouge de Jean Métellus plonge au cœur des luttes et des rêves brisés des généraux Dessalines, Christophe et Pétion.
1502, Hispaniola. Henri, chef indien formé aux humanités par l'évêque Las Casas, doit choisir entre la lutte armée aux côtés des esclaves noirs ou la négociation avec les Espagnols. Son rêve : fonder une cité idéale, sans racisme ni inégalités.
Rescapé de l'enfer de Verdun, il n'est pas seulement défiguré, il est mort vivant. « Une nuit, la septicémie l'avait enlacé dans une longue étreinte mortelle. La fièvre le faisait divaguer. Léon avait tendu l'oreille. C'était incompréhensible, même si le mot « maman » revenait souvent. Léon ne connaissait que trop ce dialecte des derniers instants. Ce sursaut de vie sortait de tous les corps agonisants en un torrent de paroles insensées avant le râle fatidique. Alors Léon s'était rendormi. Même la mort, il s'en foutait. » Peut-on encore mesurer l'horreur de la guerre quand le temps recouvre peu à peu les souvenirs ? Les combattants de la Grande guerre sont revenus bousillés, cassés dans leur chair et dans leur crâne. Sébastien Gehan évoque avec délicatesse et talent les affres d'un « revenant » au visage défiguré.