Jean-Marie Schaeffer
Jean-Marie Schaeffer
Peut-on saisir les arts dans la pluralité de leurs manifestations, de leurs contextes sociaux et historiques, de leurs fonctions aussi ? Tel est le pari de Jean-Marie Schaeffer, qui propose une série de coups de projecteur sur des points particulièrement révélateurs de la vie des arts. Les oeuvres d'art sont loin d'être toutes « plaisantes », que ce soit dans leur contenu ou dans leur forme. Beaucoup (et parmi les plus grandes) sont cognitivement et émotivement dissonantes pour celles et ceux qui s'y exposent. Pourtant, dans tous les cas, en faire l'expérience a une action libératrice et vivifiante, en même temps qu'apaisante, sur notre sensibilité, notre intellect et nos émotions. Cet ouvrage ne présuppose aucune connaissance historique ou technique, simplement de la curiosité. Son but est de nous encourager à ne pas rester cantonnés à ce que nous connaissons déjà des arts et à nous aventurer dans des territoires nouveaux. JEAN-MARIE SCHAEFFER est directeur de recherche émérite au CNRS et directeur d'études émérite à l'EHESS. Il a publié entre autres Pourquoi la fiction ? (Seuil, 1999), L'Expérience esthétique (Gallimard, 2015) et Les Troubles du récit (Marchaisse, 2020).
Voilà donc ce que cette lettre devrait réussir à faire pour mériter son appellation : vous évoquer, dans tous les sens de ce verbe, vous appeler à moi, vous faire venir à moi, mais en moi, depuis les replis les plus personnels de ma mémoire. En vous évoquant, je me convoque ainsi du même coup devant ce « vous en moi », c'est-à-dire devant mon propre passé. D'où la dimension passablement égotiste de l'entreprise, car le vous en moi à qui je m'adresse ici, dans cette lettre, n'est pas l'auteur classique que vous êtes devenu, mais la trace vive de l'écrivain dont les ouvrages ont rythmé ma vie - comme celles d'innombrables autres personnes de ma génération. Jean-Marie Schaeffer est né en 1952. Il est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Philosophe, spécialiste d'esthétique et de théorie des arts, ses recherches, notamment sur la littérature, s'inspirent des outils méthodologiques de l'analyse structurale et de la philosophie analytique et prennent appui sur les acquis des sciences cognitives et de l'anthropologie.
La crise actuelle des études littéraires est d'abord une remise en question de leur légitimité. À quoi peuvent-elles servir ? Comment envisager leur avenir ? Ces questions traversent toutes sortes de domaines, qui vont de l'enseignement secondaire jusqu'à l'organisation de la recherche au niveau européen, en passant par les fondements de notre rapport au monde. Pour y répondre, il faut donc replacer les études littéraires dans le cadre plus général des sciences humaines et accepter de faire un détour philosophique, qui éclaire ces expériences clés que sont la lecture, l'interprétation, la description, la compréhension et l'explication. Cet essai bref, mais ample par sa vision, se conclut sur de modestes propositions de réforme. Il ne s'adresse pas seulement aux littéraires, mais également à tous ceux qui s'interrogent sur la place des sciences de l'homme dans la société et leur rapport aux sciences. Jean-Marie Schaeffer est Directeur de recherche au CNRS et Directeur d'études à l'EHESS. Philosophe, spécialiste d'esthétique et de théorie des arts, ses nombreux ouvrages utilisent les outils de l'analyse structurale et de la philosophie analytique et prennent appui sur les acquis des sciences cognitives et de l'anthropologie.
Et si la photographie n’était pas seulement un miroir, mais une trace fragile et révolutionnaire ? L’image précaire de Jean-Marie Schaeffer dissèque avec rigueur les paradoxes de l’art photographique.
Afin de déterminer la spécificité de l'expérience esthétique, Jean-Marie Schaeffer étudie les conduites esthétiques, la réception des oeuvres d'art et le rapport entre la fonction esthétique et les fonction cognitives. « Copyright Electre »
« Étrangement, les sociétés démocratiques n'opposent qu'une résistance timide à ces menaces, alors que c'est leur survie qui est en jeu. » Le Web, au gré de ses trois principales évolutions (des sites et moteurs de recherche aux chatbots de l'Intelligence artificielle, en passant par les réseaux sociaux), a eu de plus en plus tendance à devenir le propre de la communication individuelle et collective. Instance de validation des informations et de formation des croyances, agent supplétif de connaissance et de création, il infléchit la dynamique même de l'expression et de la cristallisation des identités humaines. Au sens où le concevait Roland Barthes, et où le reprend ici Jean-Marie Schaeffer, il nous impose ses « mythologies », comme s'il s'agissait de nous immuniser contre l'épreuve du réel. Nous commençons à en payer le prix. Il est sans doute temps de nous réveiller... en commençant par dire ce que nous sommes et ce que le Web - et l'IA en particulier - n'est pas ni ne sera probablement jamais.
Les années 90 ont vu une renaissance remarquable des réflexions philosophiques consacrées à l'esthétique. Et, d'autant plus étonnante, que ces débats ont trouvé, au moins momentanément, un écho public au-delà de la sphère de la philosophie professionnelle, notamment dans ce qu'il est convenu d'appeler le monde de l'art. De là à croire à une renaissance de la doctrine esthétique elle-même, conçue comme une discipline philosophique fondatrice, il n'y a qu'un pas, que certains philosophes se sont empressés de franchir. L'objet de cet essai est de montrer le caractère illusoire d'une telle croyance - ou même d'un tel espoir.
Contempler un tableau ou un paysage, écouter une pièce de musique, s'immerger dans un univers sonore, lire un poème, voir un film : telle est l'expérience esthétique. Or, dans chaque culture humaine, elle est de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière. Singulière car elle a pour condition qu'on s'y adonne sans autre but immédiat que cette activité elle-même ; banale, car elle n'en demeure pas moins de part en part une des modalités de base de l'expérience commune du monde. Elle exploite le répertoire de l'attention, de l'émotion et du plaisir mais elle leur donne une inflexion particulière, voire paradoxale. Il s'agit donc, démontre Jean-Marie Schaeffer, de comprendre non pas l'expérience des oeuvres d'art dans sa spécificité, mais l'expérience esthétique dans son caractère générique, c'est-à-dire indépendamment de son objet. Si l'expérience esthétique est une expérience de la vie commune, alors les oeuvres d'art, lorsqu'elles opèrent esthétiquement, s'inscrivent elles aussi dans cette vie commune. Mais n'est-ce pas là ce qui peut arriver de mieux et aux oeuvres et à la vie commune ? Faisant appel aux travaux de la psychologie cognitive, aux théories de l'attention, à la psychologie des émotions et à la neuropsychologie des états hédoniques pour en clarifier la nature et les modes de fonctionnement, l'ambition philosophique de cet ouvrage est de comprendre le comment de l'expérience esthétique - la généalogie évolutionnaire de cet emploi si singulier de nos ressources cognitives et émotives - et le pourquoi - ses fonctions, existentielles tout autant que sociales. Après cela, il sera difficile de penser l'expérience esthétique comme autrefois. Prix Dagnan-Bouveret 2015
Contempler un tableau ou un paysage, écouter une pièce de musique, s'immerger dans un univers sonore, lire un poème, voir un film : telle est l'expérience esthétique. Or, dans chaque culture humaine, elle est de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière. Singulière car elle a pour condition qu'on s'y adonne sans autre but immédiat que cette activité elle-même ; banale, car elle n'en demeure pas moins de part en part une des modalités de base de l'expérience commune du monde. Elle exploite le répertoire de l'attention, de l'émotion et du plaisir mais elle leur donne une inflexion particulière, voire paradoxale. Il s'agit donc, démontre Jean-Marie Schaeffer, de comprendre non pas l'expérience des oeuvres d'art dans sa spécificité, mais l'expérience esthétique dans son caractère générique, c'est-à-dire indépendamment de son objet. Si l'expérience esthétique est une expérience de la vie commune, alors les oeuvres d'art, lorsqu'elles opèrent esthétiquement, s'inscrivent elles aussi dans cette vie commune. Mais n'est-ce pas là ce qui peut arriver de mieux et aux oeuvres et à la vie commune ? Faisant appel aux travaux de la psychologie cognitive, aux théories de l'attention, à la psychologie des émotions et à la neuropsychologie des états hédoniques pour en clarifier la nature et les modes de fonctionnement, l'ambition philosophique de cet ouvrage est de comprendre le comment de l'expérience esthétique - la généalogie évolutionnaire de cet emploi si singulier de nos ressources cognitives et émotives - et le pourquoi - ses fonctions, existentielles tout autant que sociales. Après cela, il sera difficile de penser l'expérience esthétique comme autrefois. Prix Dagnan-Bouveret 2015
Jamais l’humanité n’a consommé autant de fictions que de nos jours, et jamais elle n’a disposé d’autant de techniques différentes pour étancher cette soif d’univers imaginaires. En même temps, comme en témoignent les débats autour des « réalités virtuelles », nous continuons à vivre à l’ombre du soupçon platonicien : la mimèsis n’est-elle pas au mieux une vaine apparence, au pire un leurre dangereux ? Pour répondre au soupçon antimimétique et mieux comprendre l’attrait universel des fictions, il faut remonter au fondement anthropologique du dispositif fonctionnel. On découvre alors que la fonction est une conquête culturelle indissociable de l’humanisation, et que la compétence fictionnelle joue un rôle indispensable dans l’économie de nos représentations mentales. Quant aux univers fictifs, loin d’être des apparences illusoires ou des constructions mensongères, ils sont une des faces majeures de notre rapport au réel. Et cela vaut pour toute fiction. Les œuvres d’art mimétiques ne s’opposent donc pas aux formes quotidiennes plus humbles de l’activité fictionnelle : elle en sont le prolongement naturel.
Rien de plus simple, et en même temps de plus trompeur, qu'un énoncé rapportant un texte à « son » genre. C'est ainsi que, d'Aristote à Brunetière en passant par Hegel, les poéticiens ont poursuivi le mirage d'une théorie unitaire des genres littéraires. Or, dire que La Princesse de Clèves est un récit, ou Le Parfum un sonnet, c'est certes nommer et classer ces textes, mais selon des logiques très différentes le premier cas mettant en jeu l'exemplification d'une propriété, et le second l'application d'une règle. Cette simple remarque laisse entrevoir la conclusion radicale et dérangeante de ce livre : la pluralité des logiques « génériques » est irréductible. Par là, Jean-Marie Schaeffer tourne une page de l'histoire de la poétique. Désormais, on ne pourra plus faire comme si un texte n'était pas, d'abord et avant tout, un acte de langage, comme si la théorie littéraire n'avait rien à attendre de la philosophie.
La valeur esthétique n’a pas le monopole des valeurs engagées dans la création, la circulation et la réception des œuvres d’art. Dans la valeur que nous accordons à une œuvre, l’authenticité, l’autonomie, la célébrité, la cherté, la moralité, l’originalité, la pérennité, le plaisir, la rareté, la responsabilité, la significativité, le travail, l’universalité, la virtuosité… jouent souvent un rôle aussi important que l’attrait esthétique. Avec le soutien de l’École des hautes études en sciences sociales et du centre de recherche en Histoire des idées de l’université de Nice.