Javier Santiso
Javier Santiso
Dans l'arène, un taureau nous parle. On l'appelle ironiquement la Doux-Patte, lui préfère Boléro. Arraché aux collines andalouses et à la joie nue de ses deux premières années, parqué dans un camion puis exhibé sous un soleil de plomb, face au voyeurisme cruel de la foule et à la chorégraphie sauvagement rodée de ceux qui viennent le blesser, il lutte et percute, sans relâche. Sa voix, pleine de fulgurance, d'humour et de mépris scande le rythme du récit. Boléro ridiculise les paillettes du torero face à l'intégrité puissante de son corps, lui qui sent le sang des hommes tandis que le sien dégoutte sur le sable, lui qui comprend, au moment décisif, ce qu'il est venu faire ici. Non pas mourir, ni même tuer, mais prendre la vie, lui rendre sa tenue, son port, lorsqu'elle se met à la verticale. Les Espagnols ont un mot pour cela : duende. La grâce. Inspiré par la lecture de Simone Weil, ce monologue animal mis en mots par l'écrivain et poète franco-espagnol Javier Santiso fait de la corrida le théâtre d'une question aussi ancienne que la philosophie : comment tenir debout face à l'inéluctable ? La réponse appartient à ceux qui n'ont rien à perdre, pas même la mort.
"Parfois, je rêve, je me vois donnant des coups de pinceau, le sang me monte aux yeux, je reprends du poil de la bête, je saccage les verts, laisse tomber des chapes de bleus sur la toile. Je suis alors aux anges, au milieu des tubes, je patauge au milieu des flaques de couleurs, et l'homme qui est à côté sans y être ne devient plus qu'un lointain souvenir, un feu follet, un crissement sur le grain de la toile." Ce roman est le portrait d'Edward Hopper à travers les yeux de sa femme, elle aussi artiste. Josephine réalise le constat sans concession d'une existence emmurée à l'ombre d'un homme pour lequel elle a tout sacrifié. Cet amant qui n'a cessé de s'éloigner, elle ne l'a retenu qu'en devenant son modèle, et finalement toutes les femmes à la fois, à défaut d'être la sienne. L'histoire magnifique et cruelle de ce couple est portée par une langue lumineuse, habitée, qui permet d'explorer la profondeur et l'ambivalence des sentiments.
"Parfois, je rêve, je me vois donnant des coups de pinceau, le sang me monte aux yeux, je reprends du poil de la bête, je saccage les verts, laisse tomber des chapes de bleus sur la toile. Je suis alors aux anges, au milieu des tubes, je patauge au milieu des flaques de couleurs, et l'homme qui est à côté sans y être ne devient plus qu'un lointain souvenir, un feu follet, un crissement sur le grain de la toile." Ce roman est le portrait d'Edward Hopper à travers les yeux de sa femme, elle aussi artiste. Josephine réalise le constat sans concession d'une existence emmurée à l'ombre d'un homme pour lequel elle a tout sacrifié. Cet amant qui n'a cessé de s'éloigner, elle ne l'a retenu qu'en devenant son modèle, et finalement toutes les femmes à la fois, à défaut d'être la sienne. L'histoire magnifique et cruelle de ce couple est portée par une langue lumineuse, habitée, qui permet d'explorer la profondeur et l'ambivalence des sentiments.
Ancien directeur du CERI, spécialiste internationalement reconnu de l'Espagne et de l'Amérique latine, Guy Hermet est aussi l'un des fondateurs de l'école française du comparatisme. Ses travaux sur les situations autoritaires, et les colloques qu'ils ont inspirés, ont marqué la science politique et ont eu un vrai retentissement à l'étranger. Il s'est ensuite consacré à l'analyse critique de la formation de la démocratie, à la faveur de la "troisième vague" d'expansion de celle-ci dans l'ensemble du monde ; ce qui l'a naturellement conduit à se pencher sur le phénomène du populisme. Ont contribué à cet ouvrage Javier Santiso, juan Linz, Oscar Godoy Arcaya, Bertrand Badie, Bérenère Marques-Pereira, Pierre Birnbaum, Michel Dobry, Ali Kazancigil, Yannis Papadoulos, Christophe Jaffrelot, Stéphanie Balme-Lautard, Soledad Loaeza, Philippe C. Schmitter, Yohann Aucante, Cristian Popescu.