Jacques Baeyens
Jacques Baeyens
Découvrez les coulisses méconnues du Quai d’Orsay à travers les souvenirs piquants et drôles de Jacques Baeyens, diplomate et fin observateur.
Jean Joseph Amable Humbert fut de ces hommes, qu'un bouleversement social ou international porte au premier plan de la notoriété. Pour s'y maintenir, la bravoure et le patriotisme ne suffisent pas, si les qualités intellectuelles ne vont pas de pair avec le courage militaire, ce fut le cas pour notre héros. Enfant de la patrie, républicain enthousiaste, il gravit au pas de charge toutes les étapes de la profession, parcourant sabre au clair le pays Rhénan, la Bretagne, l'Irlande, la Suisse, Saint Domingue, la Belgique et, finalement, la Louisiane. Sa carrière - si bien commencée - se trouva brusquement et définitivement stoppée par le fait d'un grand prince : l'Empereur Napoléon. C'est la mort dans l'âme, qu'il prit le chemin de l'exil, avec l'espoir qu'il pourrait encore combattre l'ennemi abhorré : l'Anglais. Ce voeu fut exaucé et après cette ultime victoire, il terminait une épopée si remplie d'aventures dans la flibuste des frères Lafitte. Il mourut à la Nouvelle Orléans, terminant loin du pays natal - et dans l'oubli - une vie consacrée au service de la France.
C'est sans penser à mal que Jacques Baeyens, qui se trouvait "haut le pied" au Quai d'Orsay à Paris, accepta au mois d'octobre 1956 le poste de "conseiller diplomatique du commandant en chef des Forces françaises d'Orient". Retour d'une ambassade en Éthiopie, rien ne le prédisposait à occuper cet emploi, si ce n'est qu'aucun de ses collègues ne tenait à se mouiller dans les eaux troubles du canal de Suez. N'ayant jamais reçu d'instructions précises sur sa mission, n'ayant jamais été appelé à donner le moindre conseil, que nul ne songea d'ailleurs à lui demander, il a pu tout à loisir observer, écouter et tenir un journal quotidien sur cette étrange aventure. Mieux préparée sur le plan diplomatique, plus rapidement et énergiquement menée sur le plan militaire et plus sûrement dirigée sur le plan politique, surtout en Angleterre, l'intervention franco-britannique aurait pu faire mentir le vieil adage qui affirme - bien à tort - que le crime ne paie pas, même quand il s'agit d'affrontements internationaux.