Jacqueline Eidelman
Jacqueline Eidelman
La création de la grande galerie de l'évolution du Muséum national d'histoire naturelle prend place dans le contexte d'effervescence muséale de ce tournant du siècle. Elle fait sienne quelques constats : la diversification des types de musées marque une nouvelle étape de l'histoire culturelle de notre société ; la fonction de conservation des oeuvres et des objets, s'harmonise mieux que par le passé avec celles d'éducation et de communication ; les publics sont hétérogènes en termes d'origines, de savoirs, de savoir-faire, d'attentes ; la fréquentation accrue des expositions contribue au renforcement des liens sociaux. Musées et publics ont changé et, avec eux, la culture et les conditions de sa réception. Et les musées scientifiques ? Longtemps, ils ont été des images fidèles de l'organisation de la recherche, de sa production, de sa diffusion. Depuis peu, la muséologie s'y affirme comme une profession à part entière. Situation nouvelle, décision originale : des sociologues, des psychologues, des linguistes, des didacticiens, sont invités par les concepteurs de la Grande Galerie de l'évolution à concevoir un programme d'évaluation. Le présent ouvrage expose en détail cette démarche inédite. D'abord, est explicité le parti pris d'une muséologie d'objets et d'idées, où les visiteurs sont au centre du dispositif de médiation. Puis, sont analysés les rapports qui s'engagent entre les publics et l'offre muséale. Enfin, sont formalisés les systèmes d'interactions et de partenariats entre différentes catégories d'acteurs. Le monde du musée se conçoit désormais comme une chaîne de coopération, un espace de négociation de rôles et de compétences variés.
Établir la courbe de la fréquentation, connaître et comprendre les visiteurs, satisfaire les usagers : trois approches reflétant des enjeux, des savoirs et des systèmes d'actions différents qui, ensemble, déterminent la politique des publics du musée contemporain. Politique qui n'est plus seulement l'expression d'un projet scientifique et culturel, mais aussi celle d'une logique économique et sociale. Faut-il y voir la cause d'une demande croissante de données de tous ordres sur la visite des expositions et des lieux du patrimoine ? Faisant suite au colloque organisé les 1er et 2 juin 2006 à l'École du Louvre à l'initiative du département des publics de la Direction des Musées de France, ce livre présente une sélection d'études parmi les plus novatrices. Leur point de départ peut être une interrogation sur l'économie de l'offre culturelle d'un territoire, les motifs d'une carrière de visiteur, le rôle des médiations dans l'interprétation des oeuvres, les muséologies participatives et les nouveaux publics, les bonheurs (ou les déconvenues) du musée... Souvent rédigées conjointement par un professionnel du musée et un professionnel de la recherche, ces contributions éclairent les logiques de la commande, depuis la conception des enquêtes jusqu'à leur réception, c'est-à-dire, aussi, leurs usages par les établissements. Elles témoignent de la créativité d'une coopération qui intègre également décideurs et élus... Elles posent la question du partage des résultats et des méthodes, de leur diffusion et de leur capitalisation : concluant l'ouvrage, la bibliographie 2000-2005 des études et recherches sur les publics des musées et monuments constitue l'une des réponses.