Jackie Berroyer
Jackie Berroyer
New York, ville des contrastes et des peurs urbaines. Journal intime pour tous (2) plonge le lecteur dans une nuit tendue, où chaque pas résonne comme une menace.
Jackie Berroyer, c'est l'humaniste sans tabou, l'homme qui dit tout et le reste, à tous et aux autres, un être gonflé au Diogène, ce gaz rare, tour à tour hilarant et désolant. Presque mort à Venise mêle une évocation (enfin) déceptive de Venise (tout et plus a déjà été dit) à une randonnée planétaire entre l'île de Ré et Budapest, en passant par l'Arc de triomphe, le Japon, New-York, Bangui, le Sénégal... Il y a du missionnaire chez cet homme doux comme un séisme de magnitude - 1, appliqué à avoir toujours sous la main une flûte à décontracter, une mandoline à humoriser. Quoi qu'il arrive, une visite des égouts de Paris ou une tentative d'habiller le dessinateur Vuillemin en Loubavitch, un concert du jazzman Phil Woods ou une confession intime de Jean-François Stévenin, Jackie décompresse l'ambiance, le monde flue, Dieu s'en roule une. Une réussite qu'il tient de sa complexion intérieure ainsi définie : La nature a choisi mon genre, il sera du type à la va-comme-je-te-pousse, velléitaire, d'une infatigable paresse, radicalement mou et bouchon au fil de l'eau. Il vivra dans le frivole, que ça plaise ou non. Il ne sera utile en rien. Il faut faire ce qu'on peut avec ce qu'on est. Le moyens-du-bordisme est-il un humanisme ? Oui, et jovial avec ça.
La femme de Berroyer est plus belle que toi, connasse! : Berroyer vieillit bien comme ses personnages, moins célèbres que lui. On peut souffrir de ne pas avoir de mobylette ou d'être trompé ou de ne pas entraver tous les philosophes mais là ça risque de mal finir.
Au français, il manque un mot, un verbe pour être exact: «se berroyer», «je me berroie, tu te berroies, etc.» Sens: parler de soi avec une tendresse rosse, un cynisme feint, sans narcissisme excessif et avec un goût certain pour l'autoportrait bichonné. Origine du mot: l'écrivain, acteur et journaliste français Jackie Berroyer né à Reims en 1946. Soi est un sujet que Jackie Berroyer connaît comme sa poche. Il nous parle de lui comme un instituteur de son cancre préféré, impitoyable et émotif, la taloche caressante, précis et attentif. Parlons peu, parlons de moi, son deuxième livre au Dilettante, regroupe les chroniques données principalement à la revue suisse Vibrations (LA revue suisse sur la musique dans tous ses états), chroniques qu'il assortit d'exégèses attendries et distanciées. Comme dans ses proses il parle souvent de lui, j'entends déjà les commentaires: ah oui, du tout-à-l'ego sans passer par la case filtrage, irrespirable. Eh bien, non, car Berroyer berroie. D'abord, il nous parle des autres avec des larmes dans la plume ou des sourires plein la phrase: de Miles Davis souvent, sinon un peu de Miles Davis, parfois de Miles Davis, mais la plupart du temps des jazzmen et des soulwomen (dont la femme de Miles Davis), de Grant Green et de mille milliards d'autres musicos, de ses girlfriends passées, présentes et à venir, des potes de toujours et d'Emmanuel Lévinas et de Rory Gallagher, cite Corbière et Michel Serrault. Bref, «berroyer», c'est parler de soi pour mieux aimer les autres, s'aimer soi pour mieux parler des autres. Le genre de livre bouée qu'on rouvre à chaque tangage, au moindre coup de bleu. Vive les berroyeurs!
In the opulent court of 18th century France, a young woman named Marie Antoinette finds herself thrust into the role of Queen. As she navigates the treacherous waters of court intrigue and political turmoil, she must confront her own desires and the expectations placed upon her. Amidst the lavish balls and glittering gowns, Marie Antoinette's heart yearns for true love and freedom. But as she becomes entangled in a web of secrets and betrayals, she discovers that the price of power may be her own happiness.
"Nous mourrons tous. Surtout vous." Nous mourrons tous. Surtout vous. Néanmoins, il paraît que certaines gens ne meurent pas. Georges Brassens, par exemple. Yves Montand l'a dit. Un homme comme lui ne meurt pas. Montand non plus puisqu'un jour, sur un soupçon de paternité, on l'a déterré pour le faire parler. Doit-on alors en déduire que, n'étant pas des gens comme eux, nous autres, pékins moyens, mourrons tous bel et bien ? Des gens comme le comptable ou la concierge n'auraient donc pas droit à l'éternité ? Supposons que la concierge meure d'une chute. Une pancarte dirait au carreau de la loge : " La concierge est morte dans l'escalier. " En l'apprenant Yves Montand aurait déclaré : " C'est triste mais il faut s'y faire, des gens comme elle meurent tôt ou tard. Ils meurent et puis c'est tout. " Tout ça parce qu'ils n'ont pas écrit Le Gorille ou Les Copains d'abord ? Mais si un jour, vers neuf heures, l'humanité disparaît, il n'y aura plus d'éternité pour personne. On pourrait s'attendre, tel que c'est parti, à trouver là un très solide essai philosophique, et pourtant c'est un livre de potins. Ce n'est pas un livre sur Yves Montand, rassurez-vous. Ou bien déplorez-le. Il y en a plus sur lui dans cette quatrième de couverture que dans le livre même. Mais il y est question de bien des gens dont j'ai suivi le corbillard. Venez près de la cheminée, je vais vous raconter : il y a environ vingt-cinq ans, après avoir assisté quasiment seul aux obsèques de l'amant de la concierge d'Hara-Kiri, en vente partout à l'époque, j'en ai fait mon sujet du mois dans ce mensuel. C'est alors que Gébé, le rédacteur en chef, m'a dit : " C'est intéressant, tu devrais continuer. " J'ai donc commencé à voir un peu qui mourrait autour de moi. J.B.
Sous des titres aussi évocateurs que " Chômedu ", " Vous voyez bien qu'il est bourré ! " ou encore " Noël au ballon, Pâques en prison ", Jackie Berroyer recrée l'univers des banlieues des années soixante, ses prolos, sa misère, ses blousons noirs et ses " frangines ", sa violence, et parfois sa tendresse. Ces portraits tragi-comiques initialement parus dans Hara-Kiri, revus et augmentés, composent un tableau saisissant de la vie quotidienne de " petites gens " et de figures pittoresques de la " zone ". La prose à la fois crue et réaliste de Jackie Berroyer évoque par de nombreux aspects celle d'un autre " chantre de la dèche et de la gueule de bois ", Bukowski. Comme ce dernier, il excelle dans l'art de dénicher la poésie au milieu du sordide, l'humour au sein du désespoir. Maurice Pialat manifestait à l'égard de ces récits qu'il a souvent songé à adapter, une tendresse toute particulière. On comprendra pourquoi en lisant les mésaventures de ces " perdants magnifiques ".