Gilles Bernheim
Gilles Bernheim
Sous des formes diverses, nous assistons à un retour de l'intérêt du chrétien pour le juif, concomitant d'une percée significative de thèmes spécifiques de la pensée juive dans notre conjoncture culturelle. Qualifier le rapport entre les deux traditions de « vis-à-vis permanent », c'est donc, d'abord, par-delà une longue histoire d'oubli ou de négation, enregistrer un fait. C'est aussi promouvoir une mutation du regard théologique tant sur l'identité chrétienne que sur la permanence du fait juif. La session théologique, organisée en 1986 par l'École des sciences philosophiques et religieuses des F.U.S.L., s'inscrit dans cette perspective et apporte une contribution aux efforts de rencontre destinés à préparer le dialogue à venir. Elle offre un réexamen de la problématique séculaire, dans trois dimensions : l'histoire comme défi théologique, la question de la loi et de l'herméneutique reformulée en termes de rapport entre le(s) texte(s) et leurs commentaires, l'interrogation sur le messianisme. De chacun de ces dossiers, deux approches, une juive et une chrétienne, en appellent, par la vigueur de leur prise de position, à un débat fraternel.
« Les lois et les fêtes juives, charpentes de la vie et du temps, sont faites pour aider l'homme à se réaliser dans son humanité et pour favoriser l'humanité d'autrui, ainsi qu'il fut exigé lors de la Révélation du Sinaï : être capable de relation et de transmission. Savoir parler et écouter, donner et recevoir. Savoir regarder. Être en mesure de réparer un préjudice, toutes sortes de préjudices. Donner du temps aux choses et aux rencontres. Somme toute, il ne s'agit peut-être que de tenter d'être à hauteur de quelques verbes, de quelques principes. Inlassablement, la Torah les égrène. De même, l'auteur a essayé, à travers cette étude, d'épeler les mots essentiels, ceux des versets bibliques et des rites qui aident à vivre. » Cela passe par une profession de foi clairement affichée : donner à penser à ceux qui sont disposés à entendre, dans les interrogations du judaïsme, une part de ce qu'ils ont à entendre d'eux-mêmes. En ces temps où les religions affichent parfois un troublant repli sur elles-mêmes, il appartenait à l'auteur de montrer clairement que le souci des autres s'inscrit au fondement de la loi juive.
L'élection présidentielle française peut être l'occasion de s'arrêter un instant et de réfléchir à ses enjeux, dans un contexte particulièrement tendu. Dans cette perspective, Gilles Bernheim a choisi de répondre aux questions variées que lui posent des intellectuels venus de bords très différents : Alexandre Adler Monique Atlan Pierre Bouretz Éric Conan Roger-Pol Droit Julia Kristeva Pierre Manent Étienne de Montéty Pierre Nora Paul Thibaud Nicolas WeillNaissance d'une Europe politique, montée des extrémismes, place de la religion dans un État laïc, rôle des communautarismes, engagement du citoyen et limites de la démocratie, montée de la précarité, évolution des moeurs... de nombreux sujets, sociaux, politiques, éthiques, sont ainsi analysés, dans une langue claire. C'est autant le philosophe, le citoyen que le grand rabbin qui nous éclaire sur ces questions de société à un moment où il est crucial de faire un pas de côté.
Très tôt le matin, ou très tard dans la nuit, lorsque ses charges de grand rabbin de France se font moins pressantes, Gilles Bernheim écrit. Ses méditations nocturnes sont généralement issues d'un texte de la tradition hassidique - ce mouvement né en Europe de l'Est au XVIIIe siècle pour revivifier le judaïsme - qu'il commente très librement, sans souci d'érudition ni d'exégèse. Il s'agit là de textes souvent brefs, qui ressemblent à des moments de respiration dans une existence chargée de responsabilités. Moments de respiration qui conduisent le lecteur, comme leur auteur, dans une dimension spirituelle, beaucoup plus que religieuse, dont nos vies sont trop privées.