Frdric Mauro
Frdric Mauro
L'autonomie stratégique est le dernier concept à la mode, aussi bien à Paris qu'à Bruxelles. Elle est citée pas moins de vingt-quatre fois dans la dernière revue stratégique française et il n'est pas un document stratégique européen, un tant soit peu important, qui n'en fasse mention. Au-delà des déclarations politiques, l'autonomie stratégique est entrée dans le champ juridique, puisqu'elle figure désormais au rang des objectifs assignés au programme européen de développement de l'industrie de défense. Elle constituera donc l'un des critères à l'aune desquels seront évalués les projets de R&D de défense susceptibles de bénéficier de fonds européens. Mais qu'est-ce que l'autonomie stratégique ? Le présent rapport retrace, pour la première fois, et avec précision, la brève histoire de ce jeune concept apparu à la fin du XXe siècle et qui a fait l'objet d'un chassé-croisé permanent entre les planificateurs de défense français et les leaders européens. Au-delà des recensions politiques et doctrinales, l'auteur s'efforce de proposer une définition opératoire du concept, telles que les affectionnent les juristes. Il en ressort que l'autonomie stratégique est avant tout un standard juridique, à l'instar du « bon père de famille » du code civil, et qu'elle ne peut prendre son sens qu'à condition d'être déclinée de façon contingente et relative . En d'autres termes, dites-moi quelle guerre vous voulez mener et je vous dirai de quelle autonomie vous devez disposer. Enfin, l'auteur insiste sur la composante « politique » de l'autonomie stratégique. Évidente et donc inutile à prendre en compte au niveau national, cette « capacité politique » est au contraire, la première pièce de l'équipement nécessaire à tous ceux qui ambitionnent de se lancer à la quête de ce Graal de la défense européenne. Frédéric Mauro est avocat au barreau de Paris et au barreau de Bruxelles, spécialisé dans les questions de stratégie et de défense européenne, ainsi que celles relatives à l'équipement des forces armées.
2016 was a year in which the European Union authorities took many measures in favour of defense: global strategy, implementation plan, action plan, preparatory action for defense research and roadmap to increase cooperation with NATO. The question that everyone is asking is whether these measures are just a flash of fire or whether they mark a genuine renewal. In other words, will they be followed by institutional prolongations and if so which ones? In order to put these initiatives in a sustainable and structural framework, the simplest idea is to apply the Lisbon Treaty. But of all the Treaty's provisions relating to defense, the one relating to « permanent structured cooperation » is the last one that was not implemented. That is why the institutions of Brussels are calling for it to be set up, and the High Representative has been instructed to make proposals to that effect. The problem is that no one remembers the intention of the drafters of the treaties, nor what «permanent structured cooperation» really means. Its understanding requires considerable analytical work and a great effort of synthesis. Moreover, let us not delude ourselves, ticking the box to eliminate the last obstacles to the establishment of a true European defense will not be enough. Indeed, as permanent structured cooperation was inspired by the Euro-zone idea, it is affected by the same design flaws as the Maastricht criteria. But if structured cooperation is not the miracle solution and its implementation is too complicated, what else?