Françoise Verny
Françoise Verny
J'ai écrit ces confessions dans la fièvre, brûlant de les terminer pour en connaître le dénouement. Énigme policière : allais-je rencontrer ce Dieu qui me hante ?Je ne cherchais pas une certitude impossible, je quêtais la lumière. J'ai mené l'enquête honnêtement - sans masquer mes fautes ni mes défaillances -, cédant souvent au doute : sur la voie de l'ineffable, me suis-je laissée entraîner par les mots ? Ce livre avait-il un sens ? Pendant soixante-trois ans, je suis restée dans le flou ; je passais pour croyante, mais nul ne songeait à m'interroger, à exiger une explication. En m'exprimant publiquement, je m'expose à la critique et, pire encore, je devrai répondre aux questions, à l'attente des autres... Moi qui déteste aborder l'essentiel. Radiographie d'une âme déchirée, ce livre bouleversera croyants et non-croyants comme le témoignage d'une femme d'exception à la recherche de sa vérité.
En avril 1997, Françoise Verny lit un bref récit de Patrick Modiano, Dora Bruder. Dora, adolescente du XVIIème arrondissement, échappe à ses parents pour retrouver son amoureux dans Paris occupé. Arrêtée par la police parce qu'elle est juive, elle est déportée. Françoise est bouleversée par cette lecture. Le souvenir de sa grande amie de collège lui revient brutalement : Nicole Alexandre. Amie comme on l'est à quinze ans, passionnée, jalouse, confidente, blagueuse, grande lectrice comme Françoise, qu'elle appelle dans ses lettre « cher vieux » ou « vieille carotte rotie au soleil ». Un jour de 1943, parce qu'elle est juive elle aussi, Nicole est arrêtée, et internée avec sa mère. Au camp de Drancy, elle s'ennuie, lit, écrit à son amie une carte émouvante, presque joyeuse. Nicole ignore qu'elle fera partie du convoi du 20 novembre 1943. Elle sera gazée avec sa mère dès son arrivée à Auschwitz. Pour la jeune Françoise, Nicole est à Drancy. Ailleurs. La vie continue. Une nouvelle rentrée scolaire. De nouvelles amies. Le temps passe. C'est la Libération. Françoise oublie Nicole. Rencontre Charles Verny. Se lance dans d'autres combats, la philosophie, la presse, bientôt l'édition. Françoise est de tous les engagements. Elle est une des premières à voir Shoah, seule dans une salle aux côtés de Lanzmann. Mais elle a oublié Nicole. Quand en 1997, ce visage lui revient, flou, enfantin, Françoise décide d'écrire ce tombeau, cette méditation émouvante et simple, qui fait revivre Nicole et son histoire, qui est aussi la nôtre. En avril 1997, Patrick Modiano répond à
"On n'a pas cent fois, dans une vie, l'occasion de gueuler à la face de Dieu. L'âge venu, je prends cette liberté. C'est vrai, je ne risque plus grand-chose ! J'ai délaissé mes pouvoirs, qui sont tombés vains. Je ne dîne plus en ville. Je suis un simple soldat de l'édition. Et j'avance vers une fin que j'espère rapide, sans souffrance, comme celle de mon ami Bodard. Alors c'est vrai je hurle : contre ce Dieu que j'aime et qui ne cesse de fuir, contre les prières murmurées dans mon lit, au petit matin. Contre le silence des dimanches sans amis. J'insulte Dieu de m'abandonner sans joie, en ce corps qui me lâche. Mon Dieu, que t'ai-je fait ? Ai-je moi aussi mérité cela ? Et pourquoi ? J'avance, pourtant. Je lis. Je rencontre des auteurs, des talents nouveaux. J'écris un peu. J'espère en Dieu, tout de même. Je lui parle. Et je pleure de l'aimer sans grâce, avec plaisir encore, et de l'aimer jusqu'à la fin, dans l'abandon et la lumière." Françoise Verny est éditeur. Elle a écrit plusieurs ouvrages : le Plus Beau Métier du monde (1990), Dieu existe, je L'ai toujours trahi (1992), Dieu n'a pas fait la mort (1994), Mais si, messieurs, les femmes ont une âme (1995).
On raconte qu'au concile de Mâcon en 585, les Pères se seraient demandé si les femmes avaient une âme. Comme toutes les légendes, celle-là a un fond de vérité. L'Eglise ne traite pas les femmes en égale des hommes. Confession d'une femme qui parle librement du sexe comme de l'âme, des femmes d'aujourd'hui pour qui l'accès au pouvoir est encore difficile, même si elles ont acquis depuis cinquante ans des droits considérables ; ce livre est aussi un pamphlet contre une Eglise patriarcale qui ne propose aux femmes comme idéal que la maternité ou la virginité, qui proscrit la contraception, refuse le sacrement aux divorcés remariés, interdit le sacerdoce féminin... Alors, pourquoi rester chrétienne, catholique ? A cause de Jésus-Christ qui aimait et respectait les femmes, comme en témoignent les Evangiles, à cause de personnages obscurs et magnifiques, comme la petite Thérèse de Lisieux.
"Quelques mois après avoir publié {Dieu existe, je l'ai toujours trahi}, j'ai ressenti le besoin de poursuivre ma quête. Soutenue par l'importante correspondance que m'avait value mon livre, épaulée par de nouvelles rencontres, je suis partie vers mes frères. Et avec eux vers le Père. Je me suis cognée contre la mort. Celle de mon ami Cyril Collard. Et contre le mal. Cheminant tantôt dans la lumière, tantôt dans l'ombre, je n'ai cessé de douter. Jusqu'au jour où je me suis acceptée dépendante des autres, de l'Autre, et où j'ai compris, comme me l'avait dit le cardinal Lustiger, que Dieu ne trahit jamais." F.V.