François Roustang
François Roustang
Si l'hypnose est le plus souvent réduite à un phénomène de soumission, de fascination, d'insensibilité, c'est que notre culture, qui a peu de moyens pour la penser, en retient seulement le négatif ou l'ombre portée.En réalité, l'hypnose est un état de veille intense, à l'instar du sommeil profond à partir duquel nous rêvons. De même que ce sommeil profond conditionne l'éclosion du pouvoir de rêver, de même cette veille intense nous fait accéder au pouvoir de configurer le monde.L'hypnose devient alors une vigilance accrue qui met à notre disposition les paramètres constitutifs de notre existence. Ouverte aux dimensions de notre monde, elle s'oppose à la veille restreinte que nous connaissons dans notre vie de tous les jours.Loin d'être passive, l'hypnose nous permet, par l'imagination, d'anticiper et de transformer nos comportements et nos agissements. Elle sollicite notre capacité à dé
L'influence est l'action cachée et continue d'êtres inanimés ou animés qui décident du destin de l'homme. Celui-ci, depuis des millénaires, interroge cette puissance pour savoir ce qu'il est autorisé à entreprendre. Il ne croit plus qu'elle provient des astres. Il la voit à l'oeuvre dans ce qu'il subit à l'intérieur de lui-même et à travers les relations qu'il entretient avec ses semblables.De nos jours, l'influence a pris le nom d'inconscient, corollaire d'une psyché fermée sur elle-même. Il s'agit en fait de l'appartenance de l'être humain au monde des vivants, plus précisément à son animalité.Métaphore de l'influence, l'hypnose, qu'il faudrait appeler veille du corps ou éveil de la vie, est la plaque tournante où peuvent s'échanger l'animalité de l'homme et son humanité. L'animalité ne peut pas être humanisée si l'humain n'a pas été animalisé.L'influence ainsi entendue devient le préalable de la liberté. Celle-ci n'est plus l'indépendance dont rêvait Narcisse. Elle est l'appropriation par l'homme de ce que lui impose sa condition de vivant. François Roustang (1923-2016) est un penseur et un thérapeute français. Des études de philosophie, de théologie et de psychopathologie le conduisent à la psychanalyse. Membre de l'École freudienne de Paris, il prend progressivement ses distances avec la psychanalyse au profit de l'hypnose, dont il devient l'un des praticiens et théoriciens les plus reconnus. Il a fait paraître, dans la même collection, Qu'est-ce que l'hypnose ? Mikkel Borch-Jacobsen est professeur à l'Université de Washington (Seattle). Il est l'auteur de nombreux livres sur l'histoire de la psychanalyse, de la psychiatrie et de l'hypnose.
L'Histoire de ma vie peut être lue comme on le ferait d'un recueil d'anecdotes passionnantes, n'ayant de lien entre elles que les hasards de la succession du temps. Si la lecture se fait plus pressante, elle dévoile un écrivain qui compose son discours en même temps qu'il dessine son autoportrait. Casanova se montre alors aux prises avec les mêmes lancinantes questions : celle de la différence des sexes, celle de l'autorité, celle du temps. Il ne veut pas les résoudre en les prenant de front. Quand il s'y aventure c'est l'échec et, bientôt la descente dans le sordide et l'horreur. Il préfère le plus souvent fabriquer, pour les tourner et même pour ne plus les voir, des masques toujours plus sophistiqués et plus habiles, qu'il réussit même à dérober à l'attention du client. Alors qu'il se met sans cesse en avant, comme s'il tenait le premier rôle sur les planches qu'il ne peut quitter, il prend soin, dans le même temps, de nous égarer et de rendre invisibles les solutions de son énigme, insérées qu'elles sont dans la subtile architecture de son récit. Il nous faut l'écouter avec patience et le saisir, au détour des phrases ou des chapitres, dans ces détails qu'il laisse traîner comme par mégarde et qu'il recouvre par la rapidité de son style, de ses aventures et de ses voyages.
« Celui que la psychanalyse a empoigné, elle ne le lâche plus », disait Biswanger. Pourquoi les fidèles de la psychanalyse sont-ils enfermés dans un discours qui n'est cohérent et rigoureux que pour eux-mêmes ? Pourquoi finalement la gent psychanalytique (analystes et analysants) se comporte-t-elle peu ou prou comme une secte ? Cela s'explique d'abord par la nature très particulière du discours de Freud. Il fallait donc étudier son style dans sa spécificité. Comment une théorie, reconnaissant qu'elle ne peut ni être prouvée, ni réfutée, réussit-elle à former un lecteur qui va se mettre progressivement à penser comme l'auteur ? Freud a su inventer une écriture particulière à cette fin. Cela s'explique davantage encore par l'importance du transfert dans la cure. Freud estimait, non sans hésitation, que la technique de libre association, le tout dire, permettait de délivrer la psychanalyse de ce qui pouvait la rattacher à l'hypnose. Ses successeurs n'ont plus aucun doute à ce sujet. Pourtant on peut se demander si le véritable ressort du transfert n'est pas identique à celui de l'hypnose : la passion de se fondre dans l'autre et de l'absorber. Est-il possible de trouver une issue à l'épaisseur de ces questions ? Peut-être faudrait-il d'abord ne pas se voiler la face pour ne rien voir des difficultés réelles et passer son temps à résoudre des problèmes d'écoles ? Si la psychanalyse renonçait à ses prétentions scientifiques, peut-être pourrait-elle lâcher quelques-uns de ses adeptes et leur permettre d'inventer leurs légendes, celles qui permettent d'errer et de rire.
On devient et on reste élève pour s'éviter le risque de penser et de parler pour son propre compte, pour s'épargner le danger de la folie. Mais les relations entretenues par Freud et ceux qui l'ont suivi révèlent que la position d'élève est redoutable là même où elle paraît protectrice. Les rapports de force qui lient le maître et ses disciples sont porteurs de violence, de mort et d'égarement. Alors que la dissolution du transfert est une des tâches principales de la cure psychanalytique, le rapport maître-élève est entretenu par le maintien du transfert, lequel se reporte en une circulation ininterrompue du maître sur sa théorie, puis de sa théorie sur l'institution fondée par lui. De là chez les protagonistes une crainte et une recherche incessante du plagiat, du vol des pensées, de l'influence occulte, qui les situent aux confins tantôt de la psychose, tantôt de la religion. Dans ce contexte, la théorie psychanalytique apparaît plus nettement comme une hésitation entre le délire et la science, entre la projection et le discours universellement valable. Sa force opératoire n'est assurée que dans l'après-coup, tandis qu'elle est nulle si elle demeure fixée au par-avance.
Que cherche un patient qui vient voir un thérapeute ? Il s'épanche, il se plaint, il dit vouloir changer. Mais comment faire ? C'est la question que se pose tout thérapeute, et aussi chacun de nous, dès qu'il est confronté à une grande douleur, à une perte, dès qu'il en a assez. Comment faire ? Gémir, ruminer, récriminer? Chercher une écoute, une consolation pour mieux patauger dans nos « problèmes » ? Non, répond François Roustang. Il faut au contraire en finir avec la plainte, sortir de notre moi chéri, que nous cultivons à coups de jérémiades. À cette condition, nous pourrons vraiment refondre notre existence pour nous ouvrir enfin au monde et aux autres.
Long misunderstood as a harmless parlor trick or as a tool of manipulation, hypnosis has emerged to become a respected part of psychotherapy and even as a medical treatment. How did this unexpected transformation occur? The conversation began to change partly thanks to the publication of François Roustang's What is Hypnosis?, possibly the first attempt to accurately define the discipline of hypnosis and document its therapeutic powers. Roustang starts by describing hypnosis as a state of intense 'generalized wakefulness,' similar to the deep REM sleep during which we dream. Just as this deep sleep is the prerequisite for dreaming, so is the generalized wakefulness of hypnosis necessary for us to see our world through new fresh eyes. As Roustang demonstrates in this powerful and groundbreaking work, practicing hypnosis is a fundamentally optimistic calling, allowing us-through expansive, subtle wakefulness-to learn to trust in and realize our true potential. Hypnosis, in short, is not a passive phenomenon, but an active one, essential to the art of living. This new edition also includes a foreword by practitioner Léonard Anthony, a friend of François Roustang, who shares insights from their conversations during the final years of Roustang's life (excepts from these revealing discussions are also included). * François Roustang (1923-2016) was a noted French psychoanalyst, hypnotherapist and philosopher. He taught at Johns Hopkins University as a Visiting Professor, as well as Emory University. He was the author of many books in French on hypnosis, including in English Dire Mastery: Discipleship from Freud to Lacan (American Psychiatric Association Publishing), Psychoanalysis Never Lets Go (Johns Hopkins UP), and The Lacanian Delusion (Oxford UP).' He is widely recognized as one of the most original writers in the field of hypnosis. * "François Roustang was first and foremost an extraordinary clinical practitioner, with a passion for healing and great empathy for his patients - something pretty unique in the psychotherapy world." Le Monde. "First a Jesuit, then a psychoanalyst and finally a hypnotherapist, this man who was impossible to classify devoted his practice and his reflection to the mystery of life's." La Croix.