François Meyronnis
François Meyronnis
« Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l'âge de la fin : quand l'humanité vit entièrement sous la menace de sa disparition. De toutes parts, on sent croître l'emprise des réseaux numériques, l'intelligence artificielle décide pour nous et les transhumanistes promettent déjà les noces de la biologie et des algorithmes. La terreur nous saisit, de même que l'impossibilité d'agir. Si ce livre nous fait voir la catastrophe qui vient, il ne nous laisse pas pour autant dans le désespoir. Devant cette nouvelle situation mondiale, il enseigne l'art de n'être ni sourd ni aveugle. Il ouvre une brèche où la plénitude devient accessible, car le sauf n'est pas hors d'atteinte. Et par là, surmonte le nihilisme de notre temps. » Portant un regard neuf sur les trois derniers siècles qui ont accouché du nôtre, Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz dégagent les forces à l'oeuvre dans l'Histoire. Une Histoire qui, sous son aspect strictement profane, laisse entrevoir une trajectoire cachée, une certaine « courbure du temps » qui trouve son origine dans les deux maisons d'Israël, l'Église et la Synagogue.
Depuis que j'existe, je me suis tenu en dehors des normes admises. J'ai vu des gens, très divers ; mais le plus souvent dans un café, sans contrainte. Je n'ai jamais intégré aucun groupe social, ni fait partie de la moindre collectivité. Mieux : en quarante-huit ans d'exercice sur terre, je ne me suis jamais soumis à la loi du travail. Défense, une fois pour toutes, de prendre place dans la ruche ; et tant pis pour les gages, honoraires et autres rétributions. Ma vie a toujours contrevenu à toute règle générale, et revêt aujourd'hui encore un aspect de contrebande. Je n'ai même pas eu à prendre ce pli, qu'on jugera sans doute mauvais : il s'est imposé à moi comme une nécessité, car vivre d'une autre manière m'eût été impossible.
Depuis que j'existe, je me suis tenu en dehors des normes admises. J'ai vu des gens, très divers ; mais le plus souvent dans un café, sans contrainte. Je n'ai jamais intégré aucun groupe social, ni fait partie de la moindre collectivité. Mieux : en quarante-huit ans d'exercice sur terre, je ne me suis jamais soumis à la loi du travail. Défense, une fois pour toutes, de prendre place dans la ruche ; et tant pis pour les gages, honoraires et autres rétributions. Ma vie a toujours contrevenu à toute règle générale, et revêt aujourd'hui encore un aspect de contrebande. Je n'ai même pas eu à prendre ce pli, qu'on jugera sans doute mauvais : il s'est imposé à moi comme une nécessité, car vivre d'une autre manière m'eût été impossible.
Cela commence devant la statue de Balzac, au carrefour Vavin. Une étrange expérience ébranle le narrateur, Simon Malve. Une force le saisit, réduisant en miettes tous les cadres. De là une initiation à la liberté la plus absolue, qui comporte à un moment une visite au pays des ombres. Séjour chez les spectres, dans les profondeurs de Paris. La visée de ce voyage : traverser sa propre mort pour rejoindre ce qu'il y a de plus vif en soi. Cette expérience dantesque, chacun peut la faire. "Il faut que tu saches que cela se déroule maintenant. Rien ne te sépare de ce qui arrive", dit le texte. Pourquoi lire, en effet, sinon pour se confronter simultanément à une capture et à une délivrance?
Cela commence devant la statue de Balzac, au carrefour Vavin. Une étrange expérience ébranle le narrateur, Simon Malve. Une force le saisit, réduisant en miettes tous les cadres. De là une initiation à la liberté la plus absolue, qui comporte à un moment une visite au pays des ombres. Séjour chez les spectres, dans les profondeurs de Paris. La visée de ce voyage : traverser sa propre mort pour rejoindre ce qu'il y a de plus vif en soi. Cette expérience dantesque, chacun peut la faire. "Il faut que tu saches que cela se déroule maintenant. Rien ne te sépare de ce qui arrive", dit le texte. Pourquoi lire, en effet, sinon pour se confronter simultanément à une capture et à une délivrance?
Un essai qui fera date tant il vise au coeur même d'un système - le capitalisme intégré - qui mène le monde en effaçant à mesure la figure de l'homme.