François Godicheau
François Godicheau
Entre l'Ancien Régime et le xxe siècle émerge et s'affirme un pouvoir formidable, que nous connaissons sous le nom d'administration. Ce processus se développe notamment dans le contexte des empires européens des époques moderne et contemporaine : le sens du mot administrer évolue alors que s'affirme la nécessité de gouverner des espaces multiples et hétérogènes, proches et lointains. Ce livre propose de remonter aux sources puis de suivre la trace de cette raison administrative et de son affirmation au cours d'une chronologie habituellement associée à l'histoire de l'État, ici au second plan. Historiens et historiens du droit réfléchissent ici à l'administration à partir de l'étude de cas concrets, inscrits dans des contextes chronologiques et spatiaux différents, ainsi que dans des cultures politiques et juridiques fortement diversifiées. Ce dialogue entre plusieurs horizons historiographiques constitue dès lors une tentative de saisie des logiques administratives à bonne distance des téléologies traditionnelles, depuis l'analyse des institutions étatiques et des dynamiques centres-périphéries, vers les redéfinitions de la podestas et l'exercice du commandement à l'échelle locale.
Espagne, juillet 1936. Un putsch tente d'abattre la République. L'assassinat de la démocratie par des militaires, des monarchistes et des fascistes était prémédité de longue date. L'intensité de la réaction populaire et de la résistance du régime, moins attendue, transforme ce conflit en une guerre sanglante de presque trois ans. Une guerre à la fois politique et sociale, civile et internationale: Mussolini et Hitler soutiennent les troupes du général Franco, l'URSS s'engage du côté républicain alors que les démocraties libérales s'abstiennent. Le monde regarde l'Espagne et se mobilise pour cette guerre qui fait plus de 500 000 morts et autant d'exilés. Aujourd'hui, de nombreuses recherches et archives, mais aussi des témoignages, permettent d'écrire une nouvelle histoire de la guerre d'Espagne. Cette histoire dévoile le long travail de sape de la démocratie par les forces réactionnaires et l'extrême droite espagnole, bien avant 1936. Elle montre les mécanismes profonds de la dictature franquiste et se penche enfin sur l'expérience au jour le jour des acteurs de cet épisode majeur du XXe siècle européen.
Que partagent une femme d'origine philippine devenue propriétaire de palmeraies à Colima (Mexique) au XVIIesiècle, un colon s'installant dans l'arrière-pays algérois au mitan du XIXesiècle et une artiste dont la carrière est marquée par les vicissitudes de l'Union soviétique ?... Que partagent une femme d'origine philippine devenue propriétaire de palmeraies à Colima (Mexique) au XVIIesiècle, un colon s'installant dans l'arrière-pays algérois au mitan du XIXesiècle et une artiste dont la carrière est marquée par les vicissitudes de l'Union soviétique ? L'expérience d'une impérialité banale et quotidienne. Dans le sillage d'une histoire attentive aux trajectoires individuelles et aux corps, mais aussi aux imbrications des échelles, ce livre a pris forme autour de quatorze portraits d'hommes et de femmes qui ont été enserrés dans le tissu complexe d'un empire. Chacune de ces personnes a appris à manoeuvrer au sein d'un enchâssement de réseaux de sociabilité et de pouvoir. Une correspondance, un testament, un rapport administratif, les pièces d'un procès ont été autant de fenêtres ouvertes sur les manières d'évoluer dans ces systèmes hiérarchisés, aux rouages plus fragiles qu'il n'y paraît. Serviteurs ou entrepreneurs, ces hommes et ces femmes révèlent par leurs trajectoires toujours singulières les dynamiques comme les tensions qui traversent ces ensembles hétérogènes que sont les empires.