Eugene Mannoni
Eugene Mannoni
Entre Péguy (avec sa France qui est une "princesse") et Machiavel (avec ses hommes "qui sont ce qu'ils sont") se dresse Charles de Gaulle, qui "s'enveloppe de mélancolie" comme Chateaubriand, et parle, comme Céline, "volapük". En lui, le collégien, le saint-cyrien, le lieutenant, le capitaine, le commandant, le colonel, et d'abord l'écrivain, ont mis cinquante ans pour élaborer, dans le secret d'une démarche que les remous du monde n'ont pas faite moins intérieure, ce monument historique que l'on appelle, et que l'intéressé lui-même appelle, "le Général de Gaulle". Ce monument, isolé mais intact, on le visite, ici, de l'intérieur. Par le truchement du livre, du micro, de la télévision, on cherche, et on apprend par bribes et par éclairs, ce qu'il sait, lui, "depuis mille ans".
De grands aras tout feu tout flammes ; un squelette qui crie, mâchoires décrochées ; des arbres tropicaux qui, avec leurs lianes, vous prennent au lasso, et de la neige rouge lorsque tombent en flocons les fleurs des flamboyants : en kaléidoscope, au vent des rêves, la terre tourne. Journaliste au long cours, se laissant divaguer, Eugène Mannoni n'aura cessé d'en faire le tour. L'actualité aura été son lot : longues guerres de l'Algérie et du Viêt Nam, trois des quatre conflits israélo-arabes, la prise des Cortes où il était mêlé, en 1981, aux députés d'Espagne. Mais au-delà de l'actualité, il a, dans l'éphémère, cherché l'éternité. Grand reporter ne ressemblant à aucun autre, il écoute chanter les mendiants d'Orient et, dans le ciel de l'Inde, il entre dans la ronde que font les oiseaux noirs. Des cormorans qui plongent : et c'est pour lui un reportage. Rêve et réalité, avec lui, ne font qu'un. Quel autre journaliste aurait pu, à Hué, rencontrer le fantôme de l'empereur d'Annam ?