Erwan Guibert
Erwan Guibert
Le cercueil était pour lui. Frank le savait déjà, confusément, les deux bourreaux poussaient le petit vers une grande bassine de métal et lui plongeaient la tête dans l'eau, la maintenant longtemps, longtemps, jusqu'à l'asphyxie... « Florence Bouhier fréquente les forêts magiques de l'enfance. Elle croit aux talismans qu'on fabrique à partir d'objets de tous les jours, elle pense que la sorcellerie peut jaillir d'une boîte de sardines ou d'un paquet de pop-corn. Et elle a bien raison ! Écoutez ce qu'elle a à vous dire. ses petites recettes pourraient bien un jour ou l'autre vous sauver la vie. Ainsi vous serez moins désarmés quand le moment sera tenu de faire parler les puissances des ténèbres ».
Vingt-neuf poèmes pour explorer la mélancolie et la beauté des choses éphémères. Au pays des fleurs fanées invite à une méditation poétique sur le temps, l’absence et la fragilité de l’instant, dans une langue à la fois sobre et évocatrice.
Un recueil de poèmes où la bruyère bretonne devient muse et miroir de l’âme. Erwan Guibert y mêle lyrisme et silence pour évoquer l’éphémère et l’infini, entre terre et ciel.
Mars 1994, les jeunes descendent dans la rue pour abattre le CIP. Nico, Esther, François et les autres en font partie. Ils ne connaissent pas les détails du décret ; d'ailleurs ils ne se sentent même pas concernés. Et pourtant, ils manifestent. Alors, pour dire quoi ? La bande d'amis de galère qui se réunissait dans une cave obscure va totalement exploser à partir des événements de Mars. Chaque jeune rencontrera son destin, se servira de cette vague de révolte pour crier leur manque d'amour et une haine farouche à l'égard d'une société dans laquelle ils n'espèrent quasiment plus s'intégrer. Nico et François aiment la même fille, Esther. Le premier de voyou reviendra vers la société alors que le second d'étudiant sombrera vers un voyourisme de bas étage. Certains, comme Rachid, se trouveront une âme altruiste, d'autres encore comme Gilbert se feront arrêter par la police. Et au milieu de ce ballet d'anges salis, l'inspecteur Germond, jetant un regard perplexe en direction des banlieues, se répétera encore : - Non, ce ne sont pas vraiment des jeunes comme les autres. - C'est tout de même terrible, il va falloir qu'on casse pour se faire entendre ! Merde, celle-là, je l'avais pas vue venir. Elle se tenait embusquée derrière une profession ronronnante, une société qui n'a plus rien à inventer. Et toc ! En pleine poire. Bordel, elle m'a sacrément secoué et je demeurai abasourdi un moment. Bien sûr, c'était une parole de crise, bien sûr... Mais elle ne s'explique pas entièrement à partir du manque de croissance, surtout pour le blondinet qui me toisait du haut de son mètre 90, les yeux presque en larmes pour m'avoir parlé aussi franchement. Ça venait du coeur, y'avait rien à redire. Eh oui, le chômage, le Sida, les drogues, l'exclusion, l'intégration devaient bien un jour ou l'autre me faire imploser. Tout se passe « de l'intérieur », tout et toujours. Et ça suffit pour découvrir, derrière les visages mal famés, des coeurs d'ange. De mon implosion peu importe ; de Nico, d'Esther, de François, de Rachid et des autres, beaucoup moins. Et je les remercie de m'avoir sorti de mon sommeil professoral. Didier Périgois