Ernest Huant
Ernest Huant
Sept récits audacieux où Nietzsche côtoie la tentation luciférienne, et où la quête de sens défie le néant. Une exploration littéraire et philosophique qui bouscule les certitudes et invite à repenser l’humain, entre science et spiritualité.
La notion d'organisation évoque, dans le domaine industriel, un ensemble de techniques très diverses et, à leur place, irremplaçables, qui se réfèrent presque toujours à la mesure quantitative. Mais l'organisation ne peut être vivante, donc féconde, que si elle s'inspire de principes où la déduction et l'intuition demeurent reines. En termes plus simples, la vue des ensembles, aussi bien que celle des ressorts secrets de l'homme et de la société, sont seules susceptibles de donner tout leur sens et toute leur efficacité aux méthodes concrètes d'organisation. C'est un certain climat de méthodologie générale et de philosophie, que cette collection voudrait rendre sensible aux dirigeants de la production. Elle croit répondre ainsi à une nécessité chaque jour davantage ressentie.
Dans cette vaste satire philosophique de certains aspects du présent et des proches devenirs de l'époque, l'auteur a voulu, avant tout, poursuivre - sous une forme nouvelle par rapport à l'ensemble de son oeuvre - ses méditations sur le destin de l'homme en face des périls du conditionnement sociologique, de l'hypertechnie accapareuse et des planifications aux démesures outrancières... Mais il y a mis bien d'autres choses encore, qui ajoutent à l'immense intérêt de ce livre. C'est un Zadig, descendant du héros de Voltaire, qui sera le guide de l'Étranger, « Non-inscrit-généralisé » dans cette Assuro-Socyalie, où chacun doit être tant de fois inscrit sur tant de cartes. Ainsi va se découvrir le pays des Revendicants, dont l'incohérence semble être le génie multiplié, où l'État tire - de son impuissance même - sa raison d'existence, où l'absurde se corrige par les excès de l'absurde où les mots-tabous sont souverains, où une équivoque facilitée engendre la stérilité. Sur cette trame d'ensemble, nous suivrons la fantastique aventure de l'homme, accusé d'avoir vendu sa carte zéro, figure de la destinée écrasée promise à la personne humaine... Nous découvrirons l'extraordinaire machine Balthazar, le Grand Calculateur Électronique Récurrentiel d'Assuro-Socyalie, dont les verdicts sont souverains et légalisent un nouveau juridisme, répresseur en puissance cubique ! Nous saurons comment le Déficit Permanent Organisateur a supprimé toute médecine véritable, et nous rencontrerons la douce et latinisante Jalémone, dernier élément humain de l'immense Coupole, où s'entassent inutilement tous les dossiers du monde... La seconde partie de l'ouvrage forme une prodigieuse vision futuriste, qui décrit la montée de nos héros le long de la voie ascendante de la Planification des Plans, à la recherche de la Direction Générale. Et le lecteur comprendra très vite, que c'est toute l'époque qui, avec Zadig, Jalémone et le Non-inscrit-généralisé vient buter désespérément contre la Porte Omegalpha, avant de découvrir les Répartitrices Optionnelles, cupules tournantes, qui acceptent ou rejettent les dernières solutions proposées... C'était cela la Direction Générale ! À ce stade suprême de l'anéantissement de l'humain, l'auteur montre qu'une option personnelle peut encore s'imposer à travers les options aveugles des machines, pour sauvegarder l'essentiel de l'homme et le ramener au sens de Dieu. Ainsi se termine cet étrange et inquiétant voyage, pourtant si proche de l'actualité, dans cette Assuro-Socyalie qui était, autrefois, « l'ancien pays des Français » ! Ses descriptions - aussi bien que ses leçons - passionneront sans doute les philosophes et les sociologues, mais aussi, avec eux, tout le public cultivé, qui saura y reconnaître le présent, autant que le futur, des problèmes majeurs de notre civilisation.