Emmanuel Hiriart
Emmanuel Hiriart
Ce livre est un jardin : une manière d'habiter le monde au rythme des saisons. Comme les jardins classiques, il dialogue avec les paysages voisins et se souvient des saisons passées. C'est aussi, comme les anciens jardins basques, un lieu cerclé de pierres où l'on murmure les paroles de rites peu catholiques. Pour y pénétrer il faut suivre une ancienne piste de berger qui gagne le sommet de la colline en traversant la forêt. On peut aussi tourner les pages. Il veille sur le pays mouvant de la mer d'où viennent (Pierre de Lancre, démonologue illustre nous l'assure), avec les averses, la vielle Aphrodite et quelques Vierges marines, des sorcières effrontées (leurs soeurs ?) qui vont danser leurs métamorphoses dans les fougères. Naïves comme des poètes, elles pensent que leurs mots ont prise sur le monde. Pour l'instant, elles ignorent que Dieu les a chassées du jardin, où l'auteur prend plaisir à les retrouver.
La pluie danse sur le toit. Il n'y a plus personne, l'histoire est terminée : c'est ici que commence ce texte. La pluie danse, après la mort, seule, cynique, indifférente, nue. Ennuyeuse. Que faire ? Rien ; presque rien. Parler, sans espoir de rétablir un sens univoque. Essayer seulement de parler juste, comme on construirait un chant sans musique. D'où ce bref recueil, ce long poème en trois mouvements. Ce jeu d'échos ouvert, qui voudrait en dire autant sur la grâce que les pommes et les rouges-gorges. Lucidement.