Elizabeth Auclair
Elizabeth Auclair
Cet ouvrage collectif explore la question des relations entre institutions culturelles et territoires, et interroge les effets multidimensionnels des projets artistiques sur les sociétés et leurs espaces. Dans le prolongement d'un colloque venant clore une recherche-action consacrée à l'évaluation de l'empreinte civique de deux scènes nationales, il propose les contributions de praticiens, d'artistes et de chercheurs issus de disciplines variées (géographie, sociologie, gestion, information-communication, esthétique) qui observent, construisent et cherchent à évaluer les dynamiques sociospatiales associées aux lieux culturels. Il rend ainsi compte de la richesse des réflexions et des débats suscités par la recherche de nouveaux modèles culturels en réponse aux grands enjeux politiques, sociétaux et environnementaux contemporains.
Les textes réunis ici proposent de comprendre et d'analyser la représentation de l'étranger(gère) dans les bandes dessinées. Par-là, cet ouvrage aborde notre rapport à l'altérité, celle de la relation entre des bédéastes occidentaux et des personnages qu'ils dessinent et racontent. Imagine-t-on seulement les rapports entre la bande dessinée et la représentation des étrangers(gères) depuis l'ère coloniale lors de laquelle on la destinait aux jeunes publics, jusqu'à l'émancipation vers le lectorat adulte d'un art du dessin et de la narration, qui propose des milliers d'images des étrangers(gères) ? Ce second moment correspond à partir des années 60 à ce que l'on nomme la période postcoloniale, et il s'étend jusqu'à nos jours. La bande dessinée s'adresse maintenant aussi aux adultes, mais que dit-elle des étrangers(gères) ? Que fit-elle et que fait-elle de l'héritage de l'imaginaire colonial ? Des chercheurs(ses) de toutes disciplines se proposent de comprendre les enjeux de récits dont la narration se situe dans les « Mondes historiques coloniaux », les « Mondes contemporains postcoloniaux » et les « Mondes imaginaires » (fantastique et science-fiction) ; par là même ils(elles) s'interrogent sur les représentations des figures des étrangers(gères), ainsi que sur la relation de l'homme occidental avec la femme exotisée, mais aussi sur la question des marques de l'altérité, sur les stéréotypes tant sexistes que raciaux et les procédés critiques pour les éviter, sur le fait ou pas de réduire une culture plurielle à quelques traits spectaculaires qui amènent l'essentialisation. Cela interroge sur la transmission, la transformation ou la contestation de l'héritage colonial largement prescripteur de la relation aux étrangers(gères) depuis les points de vue des mondes occidentaux. Les explorateurs de bandes dessinées, auteurs des chapitres de l'ouvrage sont : Rodrigue Buffet, Daniele Comberiati, Iris Delhoum, Vinod Kumar, Alicia Lambert, Marion Lecorre-Carasco, Patrick Marcolini, Vincent Marie, Flavio Paredes-Cruz, Mélissa Rollinger, Éric Villagordo.
La fabrique patrimoniale urbaine est aujourd'hui de plus en plus conçue et pratiquée comme une co-construction qui réunit des acteurs porteurs de savoirs différents mais complémentaires. Les processus de sélection, conservation et valorisation d'objets désignés comme patrimoines intègrent des formes d'expertises variées et participatives, qu'elles soient initiées par des professionnels, des chercheurs, des institutions ou par d'autres acteurs, issus des sociétés urbaines (habitants, associations, minorités...) : les processus de patrimonialisation intègrent désormais du paradigme participatif dans l'action publique. C'est particulièrement remarquable lorsqu'il s'agit de porter attention aux démarches de patrimonialisation de catégories « invisibles », « sans voix » ou « peu légitimes » dans la ville. Les articles de chercheurs et les témoignages d'acteurs ici réunis enquêtent sur ce qui fait patrimoine pour certains groupes sociaux minoritaires ou marginalisés dans la ville ou pour les habitants d'espaces peu reconnus pour leur qualité patrimoniale (banlieues, friches, prisons, bidonvilles, bassin minier, quartiers d'habitat populaire...). Ces démarches qui tendent à construire du « commun » par le patrimoine reposent souvent sur la mise en place de dispositifs particuliers, de collaborations originales et de médiations innovantes ; elles permettent de réfléchir aux enjeux territoriaux, sociaux et politiques des processus de patrimonialisation urbains. Ces formes de coconstruction s'apparentent-elle à un dépassement de la conflictualité patrimoniale ? Leur étude conduit à se demander si la patrimonialisation peut être un moyen de valoriser des territoires en marge, de créer du lien social, d'intégrer des minorités socialement ou spatialement exclues, de bousculer des hiérarchies établies, voire de (ré)inventer du commun au-delà des fractures et des inégalités.
Les transformations qui affectent les villes sont sources de tensions, voire de conflits : ici mobilisation contre un projet d'aménagement, là confrontation entre habitants quant à l'usage des espaces publics. Ces tensions révèlent les forces profondes qui agitent les espaces urbains et conduisent à l'exacerbation de rapports de force entre des groupes aux intérêts divergents. A travers les exemples de micro-conflits affectant des villes situées dans des contextes variés, les auteurs mettent en lumière ce qui se joue par-delà l'effervescence momentanée : inégale légitimité des pratiques, exclusion de populations marginalisées, appel à une participation active aux projets urbains. Les conflits imposent des modes de régulation (concertation, arbitrage) qui ne conduisent que rarement à la victoire totale d'une des parties sur l'autre, mais davantage à des formes de réorganisation, arrangements momentanés susceptibles de s'inscrire dans la durée.