Elena Musiani
Elena Musiani
Cet ouvrage s'inscrit dans le programme de recherche intitulé « Les nations et l'Europe : deux mémoires en parallèle ». Ce programme développé au sein du Labex de l'université Paris Nanterre, Les passés dans le présent, a pour objectif l'analyse des relations entre le sentiment national et l'idée européenne depuis la fin du XVIIIe siècle. De l'Europe des révolutions qui ouvre le XIXe siècle, à celle de Maastricht, un dialogue à la fois conflictuel et complémentaire a été poursuivi entre les tenants d'une identité nationale privilégiée et ceux qui ont plaidé en faveur d'un destin commun des peuples de l'Europe. Ce livre s'est donné pour objectif d'identifier les forces politiques, les milieux économiques, les groupes de pensée, les personnalités, les milieux culturels qui ont été à la source de ces débats et d'isoler les tournants, les moments de stabilisation, les crises, les conflits qui ont redéfini profondément le jeu de miroir qui s'est progressivement établi entre les nations et l'Europe. Ceux et celles qui ont participé à cet ouvrage ont voulu comprendre comment se sont construites par étapes, une mémoire des nations et une mémoire de l'Europe, comment se sont différenciées, au sein même des nations et de l'Europe, des mémoires concurrentes des régions ; comment encore, ces mémoires ont été convoquées sur la scène politique. Cette recherche a eu enfin pour ambition d'alimenter un débat d'actualité sur la place occupée par le sentiment national et l'idée européenne dans un paysage de crise où les deux identités sont à l'épreuve.
Il est une question qui demeure récurrente : celle de l'identité de la nation italienne, dont l'unité semble inachevée. À la différence de la France forgée au fil des siècles par un puissant État, qu'il fût monarchique ou jacobin, l'Italie est restée confrontée à des forces centrifuges qui ont fait de son histoire contemporaine une longue quête de son unité, ce combat à la fois politique et culturel qu'il est convenu d'appeler le Risorgimento (la "résurrection"). L'héritage de Rome, de l'humanisme de la Renaissance, d'une péninsule qui, à l'orée du XVIe siècle, s'est imposée à l'Europe, par sa culture artistique, mais aussi par sa culture matérielle, ses marchands, ses réseaux commerciaux et l'habileté de ses hommes d'affaires, constitue, à l'orée du XIXe siècle, autant d'obstacles à la formation d'un État moderne, capable de diffuser une langue commune et d'associer les villes et les campagnes dans un même mouvement de modernisation. Achevée en 1870, l'unité n'est alors qu'une enveloppe ; il reste à faire des Italiens et à leur donner une identité capable de réduire autant de différences entre les régions, les villes et les individus. Elena Musiani inscrit le Risorgimento dans la durée : il devient un processus historique dans lequel les événements qui l'ont créé, transformés en mythe, héroïsés par les générations suivantes, ont constitué jusqu'à nos jours une véritable pédagogie, "la fabrique des Italiens".
Il est une question qui demeure récurrente : celle de l'identité de la nation italienne, dont l'unité semble inachevée. À la différence de la France forgée au fil des siècles par un puissant État, qu'il fût monarchique ou jacobin, l'Italie est restée confrontée à des forces centrifuges qui ont fait de son histoire contemporaine une longue quête de son unité, ce combat à la fois politique et culturel qu'il est convenu d'appeler le Risorgimento (la "résurrection"). L'héritage de Rome, de l'humanisme de la Renaissance, d'une péninsule qui, à l'orée du XVIe siècle, s'est imposée à l'Europe, par sa culture artistique, mais aussi par sa culture matérielle, ses marchands, ses réseaux commerciaux et l'habileté de ses hommes d'affaires, constitue, à l'orée du XIXe siècle, autant d'obstacles à la formation d'un État moderne, capable de diffuser une langue commune et d'associer les villes et les campagnes dans un même mouvement de modernisation. Achevée en 1870, l'unité n'est alors qu'une enveloppe ; il reste à faire des Italiens et à leur donner une identité capable de réduire autant de différences entre les régions, les villes et les individus. Elena Musiani inscrit le Risorgimento dans la durée : il devient un processus historique dans lequel les événements qui l'ont créé, transformés en mythe, héroïsés par les générations suivantes, ont constitué jusqu'à nos jours une véritable pédagogie, "la fabrique des Italiens".