Edouard-émile Alyac
Edouard-émile Alyac
« Ce livre est truffé de lieux communs, soit ! Lieus jaunes ; lieus noirs ; d'idées toutes faites, de truismes ; c'est une affaire entendue ! Mais ce livre est interactif : vous pouvez l'annoter, en déchirer des pages, le découper, le colorier - ``Si, du côté de je ne sais plus où ; un peu plus haut ; cherchez !'' - rajouter ou retrancher des passages et lui faire tout ce qu'il vous plaira, le rendre ludique en somme, ou lubrique - il est dressé pour ça - le détruire et le racheter pour tout recommencer, ou même, pourquoi pas, l'offrir (...). » Édouard-Émile Alyac scelle d'emblée un pacte avec son lecteur, par lequel plutôt que de faire voeu de sincérité, il annonce clairement son intention de laisser aller sa logorrhée où bon lui semble. En érudit plein d'humour, il invente des néologismes, s'amuse de l'hermétisme de certaines tournures langagières, égrène les références et jeux de mots. Dans cet ouvrage volontairement alambiqué, l'auteur traite à la fois de questions sociétales et de théologie, sans pour autant se prendre au sérieux et tout en raillant sa propre prétention à écrire.
« La télévision, qui parfois sait faire des efforts pédagogiques pour tenter de booster notre connaissance en toutes choses, préférait cependant montrer ses capacités dans le domaine de la futilité, pour ne pas dire carrément celui de l'imbécillité. Ah, cette télé et sa pléthore de publicités, hachant menu les rares longs métrages qui me faisaient coucher à point d'heure et amputaient souvent de moitié la zone du sommeil profond, réparateur du corps physique, laquelle ne court en effet que de vingt-trois heures à une du matin, sans tenir compte des changements administratifs d'heures d'hiver ou d'été ! Atteignaient-elles seulement leur but, tant, la plupart du temps, on ne les écoutait pas ! » Le divertissant Jeannot, alter ego en fibre de papier de l'auteur, possède un savoir incommensurable. Enrichi par les connaissances virtuelles de Wikipédia et réelles de la bibliothèque personnelle de Jean-Louis Cayla, cet être prodigieux nous distrait et nous éduque singulièrement en disséquant les actualités en tous genres. Un questionnement sur une diversité de sujets abordés sous un angle étonnant.
«?Percevoir une chose et en conclure qu'elle existe effectivement ne serait pas aussi scientifique que de tenter d'abord d'expliquer pourquoi je la perçois telle, n'est-ce pas ? Les nouveaux scientifiques, qui l'ont bien compris, incluent l'observateur dans les équations de leurs découvertes. Car tout dépendrait de l'esprit et la physique quantique n'étant saisissable que dans le présent, chose Dieu sait combien fugace, suppose, pour être comprise, une conscience permanente des phénomènes. Par exemple nous croyons communément qu'il y a un univers commun à tous et que nous sommes plusieurs esprits à le percevoir. Et s'il n'y avait plutôt qu'un seul Esprit ayant conscience d'une multitude d'univers individuels ??» L'auteur ne cache pas que Jeannot, protagoniste volubile à l'esprit curieux, est un double de lui-même. Dans cet ouvrage foisonnant, Édouard-Émile Alyac donne également accès aux pensées de Dieu en personne sur sa création. Il aborde une grande diversité de sujets, allant du réchauffement climatique à l'astronomie, en passant par la guerre ou encore les dérives de la modernité. Il livre une analyse passionnée du paysage politique contemporain, en France et ailleurs, en décortiquant les prises de position des principaux partis. Mais il questionne surtout les différences entre les cultures et les religions, qui révèlent les tentatives souvent vaines entreprises par l'homme pour trouver un sens à son existence, malgré le caractère inéluctable de sa propre finitude.
« Quand j'ai gagné ce voyage en chronique de première classe, que j'ai fait avec vous plutôt que de vous le raconter, je ne pensais pas que ce serait un Voyage en Absurdie, car il faut la notoriété d'un Stéphane de Groodt pour oser le proposer à la vente. J'étais persuadé voyager sur Air-Vérité. Hélas, j'ignorais que c'était à bord de la machine à détraquer le temps ; que toute vérité n'est pas bonne à dire, d'autant qu'il en existe toujours une meilleure, mais surtout que nous stopperions, contraints et forcés, avant l'arrivée au but : le début de la fin. C'était évidemment afin de surtout ne pas le provoquer ! Dieu, qui en a le droit, permet en effet tant de choses ! Est-ce bon ? Est-ce mauvais ? Il a tant de noms pour habiller ses humeurs. C'est le temps qui l'a mutilé : il le fallait pour que naisse l'amour. » Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Édouard-Émile Alyac, en fin observateur de notre monde, le sait bien. Dans ce nouveau volume inclassable, jonglant entre le témoignage et l'essai, notre fidèle chroniqueur poursuit de sa plume inimitable son délicieux brassage de fantaisie et de gravité : une recette douce-amère qui nous ravit, nous dérange, nous interpelle.
« Je n'ai en tout cas pas été long pour me lancer à bras-le-corps sur une nouvelle piste : accepter de réintégrer la métropole, dussé-je y dépérir de froid ! Au moins là-haut, on trouve du linge adapté à ces températures indécentes. Et si l'on est malade, parfois les médecins vous guérissent. Certes, ils ont fort à faire avec toutes ces nouvelles maladies ! La politique en est une possible étiologie : comme les institutions avaient découvert que les comptes de campagne de l'UMP étaient faux, et qu'un cacique dudit mouvement sollicitait la générosité des électeurs de ce parti pour trouver les onze millions d'euros manquants, Sarkozy passait pour le sire qu'on se paie ! Soyons plus circonspects et moins paranoïaques, au lieu de traiter de gauchiste un Conseil constitutionnel qui refusait hier à François Hollande le droit de revoir ses émoluments à la baisse. » Édouard-Émile Alyac abandonne ses doubles imaginaires mis en scène dans ses précédentes « Métamorphoses » pour reprendre la parole et l'histoire là où elle s'était arrêtée. Alors qu'il s'apprête à quitter la Réunion, notre philosophe insolent passe une nouvelle fois le monde au crible, avec autant de fantaisie que d'acidité. Chronique moderne menée à train d'enfer, son dernier opus n'épargne rien ni personne.