Dominique Château
Dominique Château
Le film d'Hirokazu Kore-eda, Une affaire de famille, Palme d'or au Festival de Cannes en 2018, comporte de nombreuses scènes du quotidien, ce qui l'inscrit dans une tradition du cinéma japonais qui, illustrée par de prestigieux cinéastes, tel Yasujirô Ozu, perdure dans le cinéma contemporain. Il s'agit non seulement de montrer le quotidien, mais d'en afficher la japonité. On s'interroge ici sur cette constante cinématographique, sur les particularités culturelles qui la définissent et les modes de son apparition dans divers films majeurs. Adoptant une optique plus large, cette exploration s'étend de la représentation filmique du quotidien à de possibles résonances avec d'autres cinémas, en particulier les cinémas français et antillais-péyi. Implicites ou explicites, historiques, plastiques ou conceptuelles, ces analogies ouvrent la perspective d'une fructueuse comparaison interculturelle.
À rebours des annonces prophétiques d'une mort de l'art, la lente période de son agonie aux ères modernes et postmodernes a surtout consacré sa métamorphose qu'attestent au premier chef la série ininterrompue, jusqu'à ce jour, de nouvelles formes d'oeuvre, toute étranges, provocatrices ou fades qu'elles apparaissent. Simultanément, les conditions de l'avènement de ces oeuvres (ou de ce qui en tient lieu) et les consignes dictant la pratique de leur réception se sont considérablement diversifiées. D'où l'incessant élargissement de la palette des attitudes du spectateur et/ou visiteur : invité à sortir des frontières institutionnelles, à parcourir de vastes dispositifs qui sont l'oeuvre même, à marcher dans des oeuvres censément résilientes, à profiter d'espaces ludiques, etc. L'autrement qu'art s'est ainsi introduit dans l'art par l'octroi de toutes sortes de permissions nouvelles qui l'ont régénéré.
George Floyd est décédé dans une rue de Minneapolis le 25 mai 2020, maintenu au sol et étranglé par le genou d'un policier. Au lieu de l'éclair visuel de l'assassinat de JFK, 26 s en super-huit, que Pasolini éleva au rang de théorie du plan-séquence, les 9 min 29 s de l'assassinat de George Floyd, captées par le smartphone de Darnella Frazier, offrent à nos sens dans la durée audiovisuelle une scandaleuse agonie filmée live. Mobile et connecté, le smartphone crée des conditions nouvelles qui changent notre rapport sensible au film et au filmé. Il semble qu'on puisse ainsi filmer la sensation. Dans cet ouvrage, l'émotion suscitée par la vidéo de Darnella Frazier se prolonge dans un questionnement sur la possibilité de graver la sensation dans le film et de la transmettre au spectateur. Cette réflexion concerne le pouvoir à la fois sensoriel et intermédial du cinéma et de la vidéo.
On craint la rigidité des frontières des disciplines parce qu'elles ferment la porte aux envolées imaginatives, comme on craint les règles que la discipline nous impose parce qu'elles nous paraissent arbitraires. Au milieu de ce paradoxe, la pensée est aussi hésitante que la morale. D'une certaine façon, l'épistémologie et l'esthétique l'attentent chacune à sa façon. Elles établissent une sorte de surplomb vis-à-vis de leur objet, d'où elles observent des fluctuations qui penchent tantôt du côté de l'ordre tantôt du côté du désordre. Abordant successivement les domaines des arts et des sciences, ce livre soulève des questions d'unité, de différence, de cloisonnement et de collaboration. S'agissant d'esthétique et d'épistémologie, la frontière est un repère de la progression de la culture.
Midge et Flea sont comme deux soeurs. Elles ont grandi dans le Montana, élevées par leurs pères, Taz et Rudy, deux amis. La mère de Midge est morte en couches. Celle de Flea est partie peu après sa naissance. Alors que ses études éloignent Midge du cocon familial, Flea ressent de plus en plus vivement l'absence de sa mère, dont son père refuse de lui parler sérieusement. Tourmentée par la question de ses origines, elle retrouve sa trace non de loin de là, au Canada. Flea décide de partir à la rencontre de cette femme. Entre doutes et curiosité, elle devine qu'elle s'apprête à aborder un moment décisif de son existence : celui de son passage à l'âge adulte. Des paysages sauvages du Montana aux lacs de l'Ouest Canadien, un roman éblouissant de justesse peuplé de personnages aussi émouvants qu'attachants. Traduit de l'américain par Juliane Nivelt
Plongez dans L'Été Diabolik, un roman graphique haletant où espionnage, mystère et adolescence s'entremêlent sur fond des années 1960.
Chaque année, 100 000 japonais organisent leur disparition. Un reportage en texte et en photos sur un phénomène unique au monde.
Intrigant, excitant, contrasté : tel apparaît le Japon au regard étranger. Telle est aussi son esthétique. Elle s'étend entre le kitsch et le zen, le grotesque et le minimal, et décline toutes sortes de formes et de valeurs. La peinture à l'encre ravit par ses taches évanescentes, le kawaii par sa joyeuse provocation. Le monde est conquis, au-delà du succès des mangas. Récemment, au Petit Palais, les oiseaux de Jakuchû ont impressionné, et le mot kawaii est entré au Petit Robert. Ce livre à la fois personnel, historique et philosophique propose une méditation sur l'esthétique japonaise en « mode flottant », conçue comme un jeu complexe et nuancé entre tradition résistante et désir d'invention.
Hitchcock dit à propos de Psychose : « Je faisais de la direction de spectateur. » Cette boutade qu'on peut rapprocher du « calcul du spectateur » cher à Eisenstein, est une invitation à repenser les rapports entre création et réception au cinéma. Ce recueil de textes issus d'un colloque propose en particulier de trouver la réception dans les films (plutôt que dans l'observation sociologique). De quelle manière la réception s'inscrit-elle dans le film même, dans son texte ou sa texture ? On cherche les adresses au récepteur, les signes ou les configurations qui prescrivent des attitudes aux spectateurs. On examine ces marques dans des films précis (Hitchcock, Oshima, Gus van Sant, cinéma expérimental, etc.). On pose aussi la question générale de l'interaction de la création avec la réception, y compris pour les images 3D les plus récentes.Ouvrage dirigé par Dominique Chateau. Textes de Dominique Chateau, Ian Christie, Laurent Jullier, Kenji Kitayama, Simon Lefebvre, Cyril Lepot, José Moure, Benoît Rivière, Céline Scemama, Karl Sierek, Frédéric Sojcher, Katerina Thomadaki, Bruno Trentini et Hélène Vally.
Réflexion sur les relations entre philosophie et cinéma, abordant trois aspects : la représentation du philosophe à l'écran, l'adaptation cinématographique de textes philosophiques et l'ouverture philosophique possible d'un film. L'étude explicite les liens qui unissent cinéma et philosophie dans un contexte historique et se clôt sur une théorie esthétique du cinéma.
Jean-Luc Godard soulignait que, tandis qu'on lève les yeux vers l'écran de cinéma, on baisse les yeux vers la télévision, considérée comme inférieure. Toutefois, le statut des émissions télévisées a évolué, notamment avec l'essor des séries diffusées en streaming. Dans cet essai, Dominique Chateau explore comment, tout en restant ancrées dans la culture populaire, ces séries intègrent désormais des références à des disciplines intellectuelles, telles que la sémiotique, la philosophie et les sciences « dures », influencées par des scénaristes et consultants formés à l'université. À travers des séries comme Les Experts : Las Vegas, The Big Bang Theory, The Good Place, Community, et Jane the Virgin, le remake américain d'une télénovela vénézuélienne, l'auteur analyse cette évolution.À PROPOS DE L'AUTRICEDominique Chateau, Professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Directeur de rédaction de la Nouvelle revue d'esthétique, est une figure de proue dans les domaines de l'esthétique et des études cinématographiques. Auteur de nombreux oeuvres et articles, il a récemment publié "L'art autrement qu'art"et coédité "Post-cinema - Cinema in the Post-art Era" avec José Moure. Son dernier ouvrage, "L'Idée cinématographique", explore les enjeux philosophiques du cinéma.
À la fin de l'été, je passais chaque jour devant l'église des Carmes, à Paris. Un matin, j'y suis entré.En ces mêmes lieux, le dimanche 2 septembre 1792, cent soixante prisonniers entassés là depuis trois semaines ont trouvé la mort dans le jardin attenant. On appelle cet épisode les « Massacres de Septembre ».Ces hommes ont leur nom sur un mur de l'église. Sans crier gare, pendant que j'explorais les tableaux, voilàqu'ils se tenaient dans mon dos. Assis, allongés, à genoux, ils attendaient je retenais mon souffle.Tout a commencé avec l'émotion de ce jour. Soudain, en plein Paris, l'Histoire n'apparaissait plus comme unechose faite, mais elle cherchait à nouveau son chemin, dans l'indécision du présent, le tremblé de l'heure.J'ai voulu redonner vie à l'un de ces noms.Voici l'histoire du jeune abbé Gabriel Fougère, assassiné à 20 ans pour avoir préféré Dieu.Connu comme auteur de nouvelles et d'essais, dont le dernier, paru en 2017, a été consacré à Guernica,Christophe Langlois signe, avec Dieu en automne, son premier roman.