Dominique Barthélemy
Dominique Barthélemy
Quels liens unissent commerce, énergie, migration et développement en Afrique de l’Ouest et au Maghreb ? Varia rassemble des études inédites sur l’emploi féminin, l’accès à l’énergie, la microfinance et les transferts intergouvernementaux.
Ce numéro contient : Les institutions influencent-elles la relation entre le développement financier et la croissance économique ? / Corruption et accès à l'électricité dans les pays de l'Afrique Subsaharienne / L`intensité en emploi de la croissance en Côte d'Ivoire en période d'expansion et en période de contraction / Perception des agriculteurs sur les chocs climatiques et efficience de la production agricole au Burkina Faso / The effect of climate change on the production of irrigated and non-irrigated plants: A short and long term ARDL modelling for the case of Tunisia / L'urbanisation accroît-elle l'assiette fiscale locale dans un contexte de décentralisation en Afrique subsaharienne ? / Tax mimicking in French counties / Transferts de fonds et effet boomerang : le cas du Liban (1990-2016)
Un épisode fondateur de la nation France et du roman national : la victoire des chevaliers de Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines.La bataille de Bouvines, remportée le 27 juillet 1214 par Philippe Auguste, près de Lille, sur un empereur allemand, un comte de Flandre et d'autres coalisés que finançait tous le roi d'Angleterre, a été l'un des événements les plus célébrés de l'histoire de France. Du XIIIe au XXe siècle, elle a été considérée comme un succès décisif, obtenu au terme de combats difficiles qui avaient mis à l'épreuve le roi, sa chevalerie et ses communes. Elle couronnait ainsi l'un des règnes les plus constructifs de notre histoire, et son " souvenir ", mêlant l'histoire aux légendes, pouvait à la fois galvaniser la France dans ses guerres nationales et alimenter le débat politique sur la royauté, la noblesse, l'armée populaire. Dominique Barthélemy approfondit et réoriente la critique historique au terme d'enquêtes serrées sur les chevaliers présents au front et sur l'élaboration et la réécriture des récits de Bouvines. Il commence par raconter la bataille en l'inscrivant dans son contexte féodal et en suggérant qu'elle a été dramatisée à dessein par la propagande capétienne. Il entraîne ensuite son lecteur, avec vivacité, dans un tourbillon de récits sélectifs et d'affabulations médiévales et modernes dont il tente à chaque fois de lui expliquer les enjeux. L'ouvrage de référence.
La France de l'an mil est celle des chevaliers et des miracles. Les seigneurs et les princes ont un peu éclipsé les rois, et il semble parfois que les saints, grands faiseurs de miracles, portent ombrage à Dieu lui-même. Les uns et les autres, violents et vindicatifs, s'opposent, nouent et dénouent des alliances, occupent enfin tout l'espace social. Mais leur idéologie et leurs ambitions sont-elles si divergentes ? Faut-il croire qu'à des chevaliers mal dégrossis et prompts à régler leurs querelles par l'épée, l'Église aurait appris peu à peu la civilisation des moeurs, la canalisation des pulsions, la paix et la charité ? À lire les récits du temps, les chroniques et les hagiographies, ces histoires de batailles, de miracles, d'exorcismes et d'anathèmes qui forment tout l'horizon culturel des hommes de l'époque, il semble que les seigneurs et les saints aient en fait combattu côte à côte, pour assurer et maintenir leur domination sur la population paysanne. Si le système féodal a pu durer, c'est parce qu'il était chrétien et que la religion a prêté son concours à un ordre politique très peu respectueux des commandements divins. Les deux grands recueils de miracles de l'an Mil, ceux de saint Benoît de Fleury et ceux de sainte Foy de Conques illustrent cette réalité. En dépit de traits communs, ils présentent de vraies différences : davantage de châtiments, de combats contre les démons dans le cas de saint Benoît, davantage d'aides et de faveurs aux chevaliers en difficulté, voire de jeux, dans le cas de sainte Foy.
Retour sur l'un des épisodes fondateurs de la nation France et du roman national : la victoire des chevaliers de Philippe Auguste lors de la batailles de Bouvines
Une petite ville de province, deux ou trois jours avant l'été. L'étranger qui vient d'y débarquer n'a pour tout bagage que son spleen et ses fantasmes. La nuit est ici plus clémente que le jour pour les losers tels que lui ; elle permet les errances et l'ivresse. Elle permet les rencontres fugaces. Sandra, l'adolescente qui va croiser sa route, est la fille du jeune directeur d'une usine en faillite, Philippe Darcourt, et de Marthe, une nymphomane alcoolique. Un couple déchiré qui comprendra trop tard son erreur. Le jour même de sa puberté, Sandra a fui le domicile de ses parents si gravement absents. Et c'est la rencontre avec l'étranger aux yeux masqués, à la voix brûlée par le tabac et l'alcool, au cynisme fragile : un Humphrey Bogart qui sortirait d'un roman de Raymond Chandler. Sandra veut voir la mer ; l'étranger, lui, veut voir un jour nouveau s'arracher à sa nuit, à toutes ses nuits de désespérance. Ils partent ensemble pour une brève et terrible randonnée, tandis que les parents de Sandra prennent enfin conscience de leur responsabilité, de leurs échecs, de leur gâchis. Sombre et lyrique, ce premier roman d'un jeune auteur très doué évite le piège de l'autobiographie et nous présente un univers fascinant qui rejette toute coquetterie, toute complaisance. La petite musique qui court tout au long du livre, comme un blues lancinant, donne à ce texte un charme et un accent inoubliables.
D'Hugues Capet à Philippe Auguste, les premiers monarques capétiens jetèrent les bases d'un gouvernement monarchique absolu qui allait durer jusqu'à la Révolution française. Si, après l'élection d'Hugues Capet, en 987, la dynastie s'enlise au milieu des châteaux et des guerres de voisinage, au tournant de l'an 1100, les monarques capétiens entreprennent d'exploiter, accélérer ou simplement accompagner les profonds bouleversements qui agitent la société féodale pour donner naissance à un mode de gouvernement inédit jusque-là. En effet, les mutations sociales qui s'amorcent au début du deuxième millénaire sont riches de potentialités dans tous les domaines : socio-économique, culturel, religieux. Dominique Barthélemy choisit donc d'allier dans son propos une étude de cette société qui se transforme à une exploration du processus monarchique pour mieux mettre en lumière l'avènement de cette hégémonie inédite qui sera définitivement en place avec le règne de Philippe Auguste. En s'appuyant sur les chroniques de l'époque et et sur les récentes découvertes de l'anthropologie sociale, il met au jour le fonctionnement d'un système de canalisation des conflits et dévoile le caractère structurel et dynamique du système féodal pour donner un nouveau sens à la fameuse " mutation " de l'an 1100, si décisive dans l'établissement de la monarchie française et de la transformation de la France en nation.
La chevalerie au Moyen Âge repose sur l'estime et les ménagements qu'ont entre eux des guerriers nobles, alors même qu'ils s'affrontent. Certes, elle s'accompagne aussi de proclamations et de discours sur la protection des églises, des pauvres ou des femmes, de la Gaule et de la Germanie antiques jusqu'à la France du XIIe siècle. En étudiant des chroniques et des récits de toutes sortes à la lumière de l'anthropologie, Dominique Barthélemy s'attache particulièrement aux défis en combat singulier, aux accords entre vainqueurs et captifs, aux rites d'adoubement, aux jeux et aux parades et à toute la communication politique des rois et des seigneurs, car ce sont eux qui font l'essence de la chevalerie. Les guerriers « barbares » de l'Antiquité classique et tardive, les Gaulois et les Francs, acquièrent ainsi une dimension « préchevaleresque ». Mais c'est à l'époque de Charlemagne que son statut et son équipement font du guerrier noble un vrai chevalier. Et c'est au milieu du XIe siècle que le comportement chevaleresque se développe par une mutation décisive : on l'observe ensuite dans les guerres de princes, les tournois et même au cours des croisades, mais toujours avec des limites. Nulle part cependant il ne s'épanouit davantage que dans les romans arthuriens du XIIe siècle.
La mariée de Hong Kong, Kelly Hunter« J'ai besoin d'une épouse. Juste pour une semaine. Je vous offre cinq mille livres pour tenir le rôle. »Interloquée, Hallie Bennett dévisagea l'homme qui venait d'entrer dans sa boutique : ee playboy qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam ne pouvait être sérieux ! Pourtant, tout dans son attitude trahissait son assurance arrogante : il ne semblait pas douter un seul instant qu'elle accepterait de le suivre à Hong Kong et de s'y faire passer pour sa femme. Tout en elle lui criait de refuser. Mais, criblée de dettes comme elle l'était, pouvait-elle se le permettre ?L'appel de la passion, Mary Lynn BaxterChaque fois que Grant Wilcox posait son regard brûlant sur elle, Kelly frémissait de désir. Il y avait chez cet homme des grands espaces quelque chose de captivant. Une beauté brute. Une sensualité qui la frappait au plus profond de son être. Pourtant, elle le savait, si elle ne voulait pas avoir le coeur brisé, elle allait devoir résister à cette incroyable attirance. Car elle n'était que de passage dans cette petite ville, et lorsqu'elle repartirait, il n'y avait aucune chance que cet homme si profondément attaché à sa terre la suive...
La France de l'an mil est celle des chevaliers et des miracles. Les seigneurs de châteaux, les princes de petites régions ont un peu éclipsé les rois, et il semble par moments que les saints, grands faiseurs de miracles, portent ombrage à Dieu lui-même. Les uns et les autres, violents et vindicatifs, s'opposent, nouent et dénouent des alliances, occupent enfin tout l'espace social.Leur idéologie, leurs ambitions, sont-elles si divergentes ? Faut-il croire, comme on nous l'a enseigné, qu'à des chevaliers mal dégrossis et prompts à régler leurs querelles par l'épée, l'Église aurait appris peu à peu la civilisation des moeurs, la canalisation des pulsions, la paix et la charité ?À lire les récits du temps, les chroniques et les hagiographies, ces histoires de batailles, de miracles, d'exorcismes et d'anathèmes qui forment tout l'horizon culturel des hommes de l'époque, il semble plutôt que les seigneurs et les saints, avec ou sans la bénédiction divine, aient en fait combattu côte à côte, pour assurer et maintenir la domination d'une certaine caste, la même, la leur, sur la population paysanne. En somme, si le système féodal a pu durer, c'est parce qu'il était chrétien, c'est parce que la religion, dans ses pompes et ses oeuvres, est venue prêter son concours à un ordre politique très peu respectueux des commandements divins.Dominique Barthélemy a été l'élève de Georges Duby et de Pierre Toubert. Il est revenu sur la question de la mutation de l'an mil, à partir de sa thèse sur La société dans le comté de Vendôme, de l'an mil au XIVe siècle (Fayard, 1993). Il enseigne comme directeur d'études à l'École Pratique des Hautes-Études (IVe section) depuis 1994 et comme professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) depuis 2000. Les essais réunis ici prolongent deux ouvrages publiés chez Fayard : La mutation de l'an mil a-t-elle eu lieu ? (1997) et L'an mil et la paix de Dieu (1999). La chevalerie du Xe siècle, vue de Reims. Comment faire la guerre féodale. Les mésaventures de l'honneur. Saint Géraud, sainte Foy et la chevalerie d'Aquitaine. L'ordre seigneurial autour d'Aurillac. D'Odon de Cluny a la paix de Dieu. Sainte Foy de Conques et les violences de l'an mil. Les faveurs de la sainte aux chevaliers. Saint Benoît entre les chevaliers et les serfs. Un saint moralisateur et conformiste. Adrevald et les distinctions sociales. Les moines de l'an mil et leurs adversaires nobles. Noblesse et servage en l'an mil. Raoul Tortaire et la voix des serfs. Saint Arnoul face aux démons de la vengeance. Le travail social d'un saint homme. Une campagne de pacification en Flandre (1083). Épilogue - trente ans après. Le bon usage des jugements de Dieu. Pour l'histoire d'une vraie mutation. Une documentation exceptionnelle. Les débats du XIe siècle. Après 1100, le recul des jugements de Dieu. Les vengeances du roi. Louis VI et son mythe. Les campagnes de Louis VI. Louis VI, Suger et les trois ordres.
Nombre d'historiens (et parmi eux quelques illustres) demeurent soumis à un modèle _ la " société féodale ". Comme tout modèle rigide, il les pousse à forcer le trait, à transformer les évolutions en ruptures (par exemple la France de l'an mil), à interpréter toute variation dans le style ou le volume de la documentation comme l'indicateur de bouleversements sociaux. La coupe est pleine quand on fait ressurgir le mythe des terreurs de l'an mil! Contre la " révolution " prétendument survenue en ces temps, il faut revenir à la chronologie traditionnelle. La servitude antique a changé de visage dès le IXe siècle et la classe dominante a très longtemps conservé les mêmes valeurs, la chevalerie n'ayant pas surgi ex nihilo à l'aube du XIe siècle (Charlemagne n'était-il pas déjà " chevalier "?). L'histoire des sociétés médiévales marche d'un pas lent, et les évolutions l'emportent sur les mutations brusques. Mais l'auteur ne se borne pas à s'en prendre aux idées à la mode; il multiplie les études de cas, s'attachant aux rites d'entrée et de sortie dans la servitude et la chevalerie, à leurs fonctions pratiques et aux idées qui les sous-tendent. Il montre aussi que coexistent une noblesse héritée et une énergie proprement chevaleresque; on retrouve en Charlemagne l'éclat d'une chevalerie royale et dans les récits de la paix de Dieu (989-1054) l'emprise des modèles de l'Ancien Testament. Professeur d'histoire médiévale à l'université de Paris-XII, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE), Dominique Barthélemy a publié, entre autres ouvrages, La Société dans le comté de Vendôme, de l'an mil au XIVe siècle (Fayard, 1993).