Daniel Fleury
Daniel Fleury
Daniel Fleury aimait citer ces phrases de Kafka : « je ne suis rien d'autre que littérature ». « Tout ce qui ne concerne pas la littérature, je le hais ». Or, la littérature, idole faillible, ne manque pas de faire sentir à son dévot qu'il est inexistant. Il la juge alors, à bon droit, plutôt désespérante. En 2015, ce sentiment de déréliction fut assez fort pour que l'écrivain cherche à en rendre compte par des Carnets. Daniel Fleury se tint à cette expérience intérieure, essayant des diverses manières de la pratiquer (réflexive, polémique, anecdotique, lapidaire, cocasse) en artiste impénitent. Il n'attendit pas que son seconde et dernier roman connaisse ce qu'il appelait « une existence typographique » pour aller reposer, on l'espère enfin en paix, dans le sein de sa divinité jalouse. Daniel Fleury, né à Villemomble en 1947. Inexistant selon ses propres termes, il a cependant publié un petit roman avant-gardiste (Prospectus, Flammarion, 1976) et deux romans chez Champ Vallon (La poursuite en péniche du lac migrateur, 2015, et Zoltan Zékator et Joseph Staline mangent des artichauts, 2024). Proche de Jean Lahougue, Benoît Peeters, Jean Ricardou, Maurice Roche, Harry Mathews... Il décède à l'hôpital en janvier 2023 avant la publication de ce dernier en 2023.
C'est à Kum-Bum, ville religieuse du Tibet, dans les années trente. Venu de Senlis, un couple se déchire. Lui, Grégoire, est un nain. Il est riche. À ses heures, il est également peintre. L'image d'une adolescente, Zulma, l'obsède. Elle, Adinolfa, ancienne femme légère, est devenue obèse. Elle est en mal d'enfant, et se trouve au Tibet pour prendre livraison d'un garçonnet dont elle a passé commande. Or, celui-ci, après une brève rencontre, disparaît. L'extravagante Adinolfa le retrouvera-t-elle ? Telle est l'affaire : elle est à rebondissements. Un voyage commence vers la Mongolie. Poursuite (mais qui est devant qui ?), bataille, enlèvement, évasion. Spécialités érotiques et jalousie éternelle. Un zeppelin, à l'équipage exclusivement féminin, surplombe le théâtre de ces intrigues : il arrive qu'il les dénoue, provisoirement. Le roman est échevelé, souvent burlesque, parfois inquiétant. Il est aussi lucide et ironique : un narrateur, fréquemment, nous fait part de ses doutes stylistiques, de ses opinions sur ses personnages et, même, de ses incertitudes sur leur devenir, lesquelles constituent, d'ailleurs, une manière d'ultime rebondissement. Daniel Fleury est l'auteur d'un ouvrage poético-romanesque Prospectus (Flammarion) et de La Poursuite en péniche du lac migrateur (Champ Vallon, 2019).
Voici un roman d'action écrit à la manière d'un Jules Verne qui serait très en verve. Ayant connaissance d'un mystère géographique - le lac Kob-Nor se déplace périodiquement dans le désert du Takla-Makane - le savant aventurier Evariste Combalescot décide qu'il le rattrapera. Non par le chemin des dunes mais en descendant à bord de la péniche le Hans-Lindenbrock les dangereux cours d'eau qui l'alimentent.Nous sommes en Chine dans les années trente.Parmi d'autres personnages extravagants, on rencontrera Olaf Erikkson, l'amant d'une momie; Marmaduke Blount, le voleur de montres; Gorlok, le baron hippopotame; Gracchus, le fox à poil dur; Adrar, le ténor mangeur de rats; le dénommé Oleg Ossendowski, gentil peintre devenu cruel et puis Zoé et Varvara, jeunes femmes échangistes.Il y aura des tempêtes d'eau et de sable, des scènes d'abordage, des traîtrises, des usurpations d'identité. On parlera de jalousie et de sexe sous des fourrures. Et ce sera toujours de façon hilarante au travers d'une étonnante performance stylistique que contestera parfois, mais en vain, un lecteur bougon. Daniel Fleury est l'auteur d'articles critiques publiés en diverses revues et d'un ouvrage poético-romanesque intitulé Prospectus (Flammarion, 1988).