Claude Soloy
Claude Soloy
Dans un Rouen bombardé durant la dernière guerre naît un marmot, un têtard, qui raconte avec ses mots disloqués : sa famille, sa vie dans son quartier peuplé de clowns de son âge et de personnages singuliers... Élargir le fleuve impassible jusqu'à l'horizon pour que s'y engouffre l'océan couleur de catafalque, eau désormais infranchissable pour l'ennemi, se précipiter dans les abris et tant pis si on galope à schlague abattue sur la piste défoncée pour gagner l'autre bord et se terrer, on se bouscule, on saute, on s'éclabousse de soi sans pudeur lorsqu'une balle perdue trouve son maître ou sa maîtresse, la blessure est déjà d'encre, corrompue par la poudre, on se déchire par fragments d'intimité, et c'est ce puzzle de chairs poisseuses, de paletots et de leggins en charpie que charrie l'eau secouée de spasmes. Des chevaux arrachés aux quais y hennissent encore et leurs attelages les tirent par la queue vers les bas-fonds, les poissons se font fritures pour les temps difficiles. Nuit frémissante du fleuve sombre s'étirant jusqu'au delta, cet ultime système veineux incapable de filtrer ses eaux et d'en retenir la substantifique moelle. Mon innocence n'était qu'une tétine de biberon voguant sur les pleurs de Chose Mère qui ne comprenait rien à la guerre, ou faisait semblant, je ne sais pas. Pourquoi, disait-elle, on n'était pas trop malheureux avant, et maintenant, avec toutes ces privations c'est encore pire. Dans ce voyage au pays l'enfance, Claude Soloy nous donne son roman le plus personnel. Il évoque tous les sortilèges et les peurs engendrés par des lieux ordinaires, les passions et les haines suscitées par des personnages hauts en couleur et surtout l'immense amour qu'il éprouve à l'égard de ses proches. Le tout est magnifié dans le style propre à l'auteur, fait de références et de poésie, où le fantastique le dispute à la fantaisie. L'amoureux de la langue s'y exprime avec une alacrité magnifique. Claude Soloy est un littérateur bêtement ignoré du monde de l'édition. Ska est fier de vous offrir l'occasion de plonger dans son monde imaginaire assis, en l'occurrence, sur les réminiscences extirpées de l'amnésie de son enfance.
Ulve, la rouge, entre dans la mer émeraude, la magie opère... « Vingt printemps jetés à l'eau, c'est l'ultime fête de la jolie Névé, la mort de sa nudité entre deux galets ; pupilles de sel et le coeur rouge à lèvres, magistralement dessiné, pointe vers l'entre jambes, qui ourle son sexe épilé, impeccablement... Accident, suicide, meurtre... ou autre chose, d'innommable... Ne plus compter les saisons, dialoguer au présent avec tout ce qui a cessé, trinquer à l'absence autour d'un fond d'alcool avec son ami Jérôme, convoquer les vieux potes, ces naufragés de la mort, c'est le quotidien de Ulve la Rouge, mère de Névé, trop d'algues vertes dans le souvenir, dans le ventre... Aimer la mère puisque Névé n'est plus, s'enrouler de ses foulards et de ses embruns, c'est l'attente de Petit Louis, le travailleur des docks qui refuse de grandir... Ainsi va le monde et ses poissons, pourrait dire le Capt'ain' du Do'fin. » « Rouge mer » est le dernier volet de la Trilogie des algues. On y retrouve tout le talent vibrionnant de Soloy, ses obsessions et son style pétri de poésie ainsi que des éclats d'un sulfureux pouvoir d'évocation érotique.
L'homme est jeune et partage sa vie entre son boulot de manoeuvre et des visites coquines à l'accorte et peu farouche Geneviève. Cette très, très jeune fille distrait les consommateurs du bistrot de ses parents adoptifs en les laissant se glisser sous le comptoir pour se rincer l'oeil et plus si affinités... Tout irait donc pour le mieux dans le plus glauque des mondes si l'homme précision indispensable borgne ne tombait amoureux de l'apprentie péripatéticienne ; si son oeil crevé ne le tourmentait plus que de raison ; si deux souteneurs venus de la capitale n'espéraient enrôler Geneviève à son corps plus ou moins défendant ; si une infirmière plus portée sur les câlins que sur les pansements n'entrait dans la danse ; si sa soeur... Bref, dans la drôle de tête de l'homme, tout s'embrouille, tout s'enchevêtre. Et c'est sous l'oeil unique, eh oui ! de sa poule de compagnie, qu'il se laisse emporter par ses démons. Un curieux enquêteur s'ingénie à démêler les noeuds de ce maelstrm de sang, de fureur, de sexe et de désespoir... Claude Soloy nous offre ici un roman âpre, le ton y est souvent cru, parfois désespéré. Les personnages de cette tragique, et parfois mortelle, comédie humaine séduisent, amusent, choquent. Leur humanité, en revanche, émeut et convainc.
Un grand poème baroque et sulfureux qui fait suite à L'estran d'Ella... Névé, belle à damner le diable, tourne en rond sur son île. Elle compte les fourmis et se branlote entre deux vagues... toujours en quête d'un père. Illustre inconnu à l'état civil de la planète, elle décide néanmoins de le tuer. Quoi de plus normal pour la fille d'Ella la Rouge, adepte de Sigmund Freud. Mais peut-elle passer à l'acte, y compris symbolique, sans savoir qui est son véritable géniteur ? Aussi une incursion sur le continent s'impose-t-elle pour y mener enquête et y célébrer officiellement les noces de sa mère et de son amant. Sur un modeste banc de béton fouetté par les embruns, quelque part sur le plancher des algues. Tant pis pour l'excès de sel et ses conséquences néfastes sur l'organisme... Âmes maritimes, à lire de toute urgence. Le deuxième volet de la Trilogie des algues ouvre sur l'insondable ; le style, poétique et âpre à la fois de Soloy, fait mouche. Affrontez la phobie de l'engloutissement dans les sables à marée basse, perdez-vous dans ces pages magnifiques.
Aveugle et très belle, elle séduit et parle comme on peint, à fleur de peau et de sexe. Malgré son handicap de voyant, il y avait eu de la première fois dans ce baiser noir, aucune bouche de manta, heureusement. Il n'avait pas su qui de leur duo avait regardé l'autre le premier, de la main, du bras et de l'étreinte. Xi était contre lui, c'était une nuit infiniment veloutée qui épousait son corps, étoffe contre étoffe, et la peau qui ne se dérobait pas, prise dans le plissé du tissu, c'était une eau sans eau, limitée au seul contact de deux êtres se rencontrant, sans heurt, aimantation lente, irréversible. Aucune image à décrire, aucune lumière, c'était une nuit aveugle se perdant dans les mots qui étaient dans l'incapacité de la définir. Claude Soloy nous propose, dans ce texte d'une merveilleuse légèreté, une promenade de nuit dans les couleurs de la poésie amoureuse.
Le parfum vénéneux de ces fleurs du mâle emprisonne la bête à deux dos... LA TRES CHERE était nue, et, connaissant mon coeur... Que fous-je à poil en ce baldaquin branlant, où est mon kimono de catin, se disait la Belle ravie, et pas même un bout de chandelle pour m'astiquer la rondelle ! Fantasmagorie littéraire, feux d'artifice, conte oriental et commentaire d'un poème de Baudelaire comme vous n'en avez jamais lu, tel est le festival auquel nous convie Claude Soloy dans une brillance stylistique inclassable, mêlant l'art de l'image raffinée à l'expression de caniveau la plus basse. Un régal absolu !
« Il », le tueur arc en ciel, arpente le plancher des algues attendant la venue de sa victime au gout de sel, d'iode et de vent... Comme si le désir du passage à l'acte n'était que l'assassinat programmé de soi ! Arpentant le plancher des algues, le tueur s'est donné pour projet d'éliminer certaines femmes associées à une couleur. Voici Manon la Verte, princesse des joncs et des reinettes, la Putachatte du canal qui course les chevreuils et que les chacals broutent ; voici la Noire, la Putachiasse gonflée de sucre et ointe de chocolat jusqu'à l'intime ; ainsi Ella, la Putacape rouge, des cuisses à la perruque... « Il », le tueur, avec la complicité de sa mère trompée par un époux indélicat, langue longue dégainée, ne dégomme jamais la couleur ; il en ranime la flamme jusqu'à perdre l'âme dans cet arc en ciel dédié aux gens qui s'aiment ou qui sont en quête de reconnaissance, c'est à dire au genre parfois inhumain. L'écriture flamboyante de Claude Soloy s'autorisant toutes les audaces stylistiques nous offre ce polar érotique inclassable où toutes les couleurs se mêlent et nous montrent la merveilleuse beauté tapie dans l'inconcevable, l'irrecevable, l'abject... dans un bouquet final ahurissant...
Les rapports mortels entre un peintre et son modèle. CONTEMPLER SON PORTRAIT ACCROCHE AU MUR, c'est sympathique, à moins qu'on y reconnaisse sa propre peau. Un artiste fou, adepte de la peinture au couteau, est à l'oeuvre pour extraire les sucs et la lumière si chère aux Impressionnistes. Deux étages à gravir et la toile prend vie, le temps que Karène H, la cinquantaine lumineuse et les yeux joliment bridés, vêtue d'un kimono rouge fourré d'astrakan, tienne la pose... Au fil des jours s'afficheront les visages des passants musardant dans le quartier des Brocantueurs où s'activent Marie-Antoinette, généreusement prostituée, et d'autres malfrats de petite envergure. Des têtes fraîchement coupées y trônent aux vitrines, entre deux chandeliers Napoléon III, tandis que Claude Monet et Marcel Proust conversent au sujet des saisons qui passent et de la neige qui tombe. Avec sa riche palette littéraire, Claude Soloy brosse le portrait obsessionnel d'un peintre en mal d'inspiration. Mortel !
Tarzane, fille de la jungle, orpheline recueillie par les bonobos, pousse son cri de plaisir... Tarzane est agenouillée sur le bord du marigot, elle lape tranquillement quand Chita ti-bonobeau la bellanuse par surprise, donc, elle s'en réjouit, car c'est toujours ça de pris en milieu hostile, piqûres de fourmis volantes qui se baladent le long des rivières, et autres bestioles qui vous flanquent des fièvres grelottantes, des maladies innommables avec diarrhées vomitives, maux de ventre, perforations stomacales et courbatures du cortex, délires, grêles de serpents venimeux, morsures de soleil... mais l'apprenti amant est atteint de défécation précoce, et quand il bonobaise, il chie dans la seconde, et c'est extrêmement désagréable pour les voisins, Tarzane n'apprécie pas qu'il souille le tapis forestier, l'âge tendre du prétendant ne constitue pas une excuse... Mais qui est Tarzane, d'où vient-elle, que fout-elle là à se bronzer le plaisir ? Voilà bien un sujet qui pouvait débrider, si cela est encore possible, l'imagination de Claude Soloy. Dans son style tantôt savant, poétique, inventif, tantôt canaille, il nous narre les aventures de cette belle sauvageonne, bonobelle d'adoption revenant à la civilisation (sic) dans les bras de Jane. Chita fait partie du récit évidemment. Une re (ré) création au féminin du héros de Burroughs avec des attributs, devant, derrière à faire damner les bonobeaux que nous sommes. Tout se termine en apothéose dans une mise en scène à la Spielberg !
La fille qu'il appelle "Scarabée" a perdu sa langue, difficile de communiquer son désir...
« Galet froissé vaut queue de jade ». Proverbe chinois. Sur l'estran, il s'en passe de belle...
Un cancre retrouve son institutrice et décolle en sa compagnie. Souvenirs, souvenirs...
Et si notre univers n'était qu'un décor où chanteraient encore les fontaines d'un pays oublié ? « QUELLE EST CETTE CITIE faussement libertine où l'on dépose les morts le long d'un rail infranchissable au-delà duquel s'étend le Monde Vide ? Quels sont ces lieux mystérieux d'où émergent, ça et là, des frontons de temples enfouis sous les sables? Et si cet univers n'était que décor, lui-même décor d'un pays oublié où chanteraient encore les fontaines d'un Pon'Péi inachevé? Quelle est cette Loi qui impose aux mâles nouveaux-nés d'être soumis à l'apprentissage de la station debout, jambes écartées, prêts à pisser ? Blaq Bouz est orphelin, né sous le signe du Graratt. Compagnon de soeurs jumelles qu'ils nomment « ma Llione », épris de vérité, il se joue des superstitions, chausse-trappes et pièges en tout genre, et mène son enquête aux côtés de son vieil ami Av Poupa détenteur de secrets redoutables... »
A deux c'est mieux, les gueules ont plus de crocs. Leur appétit est féroce, la chair fraîche les rend fous !
Les amours enfantines se déguisent d'une peau de zèbre de parkigne