Claude Romano
Claude Romano
Combien de temps faudra-t-il supporter cela, ces souvenirs, me supporter, moi traversé de part en part, transpercé par ces souvenirs, moi qui ne suis plus que la traversée de ces souvenirs dans mon corps transpercé, traversé, combien de temps faudra-t-il donc la supporter, cette traversée du souvenir ? Je ne sais pas, ça passe, ça fuse, nous étions comme deux obus lancés à toute vitesse vers l'explosion, vers la désintégration, vers la catastrophe finale. Ça passe, ça fuse, ça doit être ça trépasser, ou bien non, ça serait trop facile, trop facile de finir ainsi. Combien de temps, je ne sais pas, mais ça ne va pas finir tout de suite, ce serait trop facile, peut-être même que ça ne finira pas, le risque en est réel. »
La phénoménologie a profondément redessiné le paysage de la philosophie contemporaine. Il est impossible de comprendre les enjeux et les lignes de force de ce mouvement intellectuel sans le replacer dans le contexte d'autres grands mouvements du XXe siècle. C'est ce à quoi s'emploie Claude Romano dans cet essai, où il confronte l'héritage de Husserl aux néokantismes, au Cercle de Vienne, à la philosophie grammaticale de Wittgenstein, à l'essentialisme de Kripke ou encore à la critique du "mythe du donné" par Sellars. Ce faisant, il réévalue l'apport de la phénoménologie et la pertinence de sa méthode, cherchant à dire ce qu'elle peut être, davantage encore que ce qu'elle a été. Husserl et ses héritiers ont en effet avancé une nouvelle conception de la raison, envisagée dans ses rapports avec le langage et l'expérience, une raison qui déborde les règles de la logique et les conventions linguistiques et est assez généreuse pour accueillir le monde phénoménal avec les lois structurales qui le régissent. De là l'idée d'un logos du monde sensible qu'elle a placée au coeur de son questionnement, et qui conserve aujourd'hui toute son actualité.
La phénoménologie a profondément redessiné le paysage de la philosophie contemporaine. Il est impossible de comprendre les enjeux et les lignes de force de ce mouvement intellectuel sans le replacer dans le contexte d'autres grands mouvements du XXe siècle. C'est ce à quoi s'emploie Claude Romano dans cet essai, où il confronte l'héritage de Husserl aux néokantismes, au Cercle de Vienne, à la philosophie grammaticale de Wittgenstein, à l'essentialisme de Kripke ou encore à la critique du "mythe du donné" par Sellars. Ce faisant, il réévalue l'apport de la phénoménologie et la pertinence de sa méthode, cherchant à dire ce qu'elle peut être, davantage encore que ce qu'elle a été. Husserl et ses héritiers ont en effet avancé une nouvelle conception de la raison, envisagée dans ses rapports avec le langage et l'expérience, une raison qui déborde les règles de la logique et les conventions linguistiques et est assez généreuse pour accueillir le monde phénoménal avec les lois structurales qui le régissent. De là l'idée d'un logos du monde sensible qu'elle a placée au coeur de son questionnement, et qui conserve aujourd'hui toute son actualité.
Les couleurs existent-elles dans les choses ou n'ont-elles de réalité que dans notre regard ? Sont-elles matière ou idée ? Entretiennent-elles les unes avec les autres des rapports nécessaires ou sont-elles seulement connues de manière empirique ? Y a-t-il une logique de notre monde chromatique ? Pour répondre à ces questions, Claude Romano convoque l'optique, la physique, les neurosciences, la philosophie et la peinture. En retraversant certaines étapes décisives de la réflexion sur ces problèmes (de Descartes à Newton, de Goethe à Wittgenstein, de Schopenhauer à Merleau-Ponty), il développe une conception réaliste qui replace le phénomène de la couleur dans le monde de la vie et le conçoit comme mettant en jeu notre rapport à l'être en totalité : perceptif, émotionnel et esthétique. L'auteur fait ainsi dialoguer la réflexion théorique et la pratique artistique. C'est parce que la couleur touche à l'être même des choses, en révèle l'épaisseur sensible, que la peinture, qui fait d'elle son élément, est une opération de dévoilement.
Les couleurs existent-elles dans les choses ou n'ont-elles de réalité que dans notre regard ? Sont-elles matière ou idée ? Entretiennent-elles les unes avec les autres des rapports nécessaires ou sont-elles seulement connues de manière empirique ? Y a-t-il une logique de notre monde chromatique ? Pour répondre à ces questions, Claude Romano convoque l'optique, la physique, les neurosciences, la philosophie et la peinture. En retraversant certaines étapes décisives de la réflexion sur ces problèmes (de Descartes à Newton, de Goethe à Wittgenstein, de Schopenhauer à Merleau-Ponty), il développe une conception réaliste qui replace le phénomène de la couleur dans le monde de la vie et le conçoit comme mettant en jeu notre rapport à l'être en totalité : perceptif, émotionnel et esthétique. L'auteur fait ainsi dialoguer la réflexion théorique et la pratique artistique. C'est parce que la couleur touche à l'être même des choses, en révèle l'épaisseur sensible, que la peinture, qui fait d'elle son élément, est une opération de dévoilement.
La cause est entendue : l'homme n'est pas son corps, il est un esprit ou un moi qui n'est lié que subsidiairement à celui-ci ; il appartient à un ordre de réalités plus élevé. Il est un étranger dans le monde et n'y traîne qu'une existence diminuée. La révolution scientifique du xviie siècle nous a enseigné une fois pour toutes que seules existent les particules de la physique et que le monde des sens se réduit à une apparence. Désormais, les promoteurs de l'IA et du transhumanisme nous promettent un avenir radieux où nous serions délivrés d'une partie de cette enveloppe de notre système nerveux central, dépourvue de valeur, car ne véhiculant aucune information exploitable sous forme d'algorithmes qui pourrait augmenter nos capacités par l'interface avec la machine. Ce livre nous invite à rompre avec ces évidences. Il cherche à lever les obstacles théoriques qui semblent nous interdire de considérer notre corps comme étant nous-mêmes et la perception comme une saisie directe des choses dans leur réalité, indépendante de notre esprit. Déployant une réflexion sur les principes, il voudrait nous faire prendre conscience de ce que nous sommes à la fois dans le monde et du monde, en sorte que notre destin est inexorablement lié avec le sien. Aujourd'hui plus que jamais, la tâche de la philosophie n'est pas de nous permettre de transcender notre environnement sensible mais de nous ramener à lui et de nous aider à y reprendre place en méditant « notre condition merveilleusement corporelle », comme dit Montaigne.Claude Romano enseigne à Sorbonne-Université et à ACU Melbourne. Il a reçu le grand prix de philosophie de l'Académie française en 2020 pour l'ensemble de son oeuvre. Il a récemment publié Être soi-même (Gallimard, 2019) et L'Identité humaine en dialogue (Seuil, 2022).
L'Odyssée, le plus ancien poème de la culture occidentale, met en scène la métamorphose qui change Ulysse en lui-même sous les yeux dessillés de ceux qui échouaient jusque-là à le reconnaître. Ulysse constitue ainsi la première d'une longue série de figures donnant corps à cette opération mystérieuse : le passage de l'existence en régime d'obscurité à l'existence "en personne", dans une forme de vérité. Que signifie un tel passage ? Comment s'opère cette transition ? Quelles formes cette idée d'existence en personne a-t-elle pu revêtir dans la pensée occidentale ? Claude Romano interroge les sources, y compris lointaines, de cette idée d'"existence en vérité" telle qu'elle sous-tend notamment l'idéal moderne d'authenticité personnelle, en retraçant la généalogie de cet idéal et en exhumant certaines de ses formes plus anciennes. Chemin faisant, le lecteur découvre différents types et régimes de discours, philosophique, mais aussi théologique, spirituel, rhétorique, littéraire, esthétique. Romano esquisse ainsi une histoire de la philosophie occidentale aux contours bien différents de ceux qu'on lui prête généralement : à l'écart des grandes métaphysiques du moi et de la subjectivité, il emprunte les chemins de traverse d'une enquête sur les formes de vie et les modes d'existence.
L'Odyssée, le plus ancien poème de la culture occidentale, met en scène la métamorphose qui change Ulysse en lui-même sous les yeux dessillés de ceux qui échouaient jusque-là à le reconnaître. Ulysse constitue ainsi la première d'une longue série de figures donnant corps à cette opération mystérieuse : le passage de l'existence en régime d'obscurité à l'existence "en personne", dans une forme de vérité. Que signifie un tel passage ? Comment s'opère cette transition ? Quelles formes cette idée d'existence en personne a-t-elle pu revêtir dans la pensée occidentale ? Claude Romano interroge les sources, y compris lointaines, de cette idée d'"existence en vérité" telle qu'elle sous-tend notamment l'idéal moderne d'authenticité personnelle, en retraçant la généalogie de cet idéal et en exhumant certaines de ses formes plus anciennes. Chemin faisant, le lecteur découvre différents types et régimes de discours, philosophique, mais aussi théologique, spirituel, rhétorique, littéraire, esthétique. Romano esquisse ainsi une histoire de la philosophie occidentale aux contours bien différents de ceux qu'on lui prête généralement : à l'écart des grandes métaphysiques du moi et de la subjectivité, il emprunte les chemins de traverse d'une enquête sur les formes de vie et les modes d'existence.
Si les contes et nouvelles de sa jeunesse frappent par leur fantaisie, les textes rassemblés dans ce volume, parus entre 1875 et 1899, font de Zola, à l'égal d'un Maupassant, l'un des maîtres de la nouvelle naturaliste, et l'un des maîtres de la nouvelle tout court. Tantôt librement inspirées de faits divers rapportés dans la presse d'alors (L'Inondation), tantôt proches de l'étude sociale (Comment on meurt) ou de la satire pittoresque - Les Coquillages de Monsieur Chabre est un petit chef-d'oeuvre d'amoralité sur le thème de l'adultère -, ces narrations donnent à voir le romancier en vacances, libéré du poids des théories, tout entier livré au plaisir d'écrire. Le résultat est souvent étonnant : explorant la veine fantastique, Zola conte dans Angeline l'histoire d'une maison hantée ; dans La Mort d'Olivier Bécaille, ce sont ses propres obsessions qu'il dévoile, à travers l'angoissante aventure d'un homme enterré vivant... Qu'ils soient célèbres, comme L'Attaque du moulin qui figura en tête du recueil naturaliste des Soirées de Médan, ou injustement tombés dans l'oubli, ces récits constituent une lecture indispensable pour tous ceux qui croient connaître l'auteur des Rougon-Macquart.
Depuis le milieu du xxe siècle, l’identité a envahi les sciences humaines et sociales – du discours public et journalistique, elle est devenue un mot de passe de notre époque dont l’extension toujours accrue dissimule mal le vague, et parfois l’absence complète de signification. Claude Romano développe un examen logique et philosophique de cette notion qui en exhume l’arrière-plan historique, notamment celui des égologies modernes, et propose une réorientation complète de l’enquête. L’identité, qui possède un enjeu véritable dans nos vies, n’est pas celle qui a servi de fil conducteur à la philosophie récente, celle qui fournit une réponse à la question de l’identification (qui ?) – à la manière dont nous identifient nos papiers d’identité. C’est au contraire une identité à l’égard de laquelle nous exerçons une responsabilité inaliénable, dans la mesure où nous jouissons d’une certaine autorité pour nous définir. Une identité « en dialogue » qui ne saurait être dissociée de nos interactions avec autrui et est sociale de part en part ; une identité qui n’est plus celle du moi cartésien ou lockien, mais est liée à l’être humain que nous sommes. Celle que les totalitarismes ont cherché à détruire et qui demeure l’emblème de notre fragile humanité. Claude Romano enseigne à Sorbonne-Université et à l’Australian Catholic University. Il a été récemment titulaire de la chaire Gadamer à Boston College (2019-2020) et de la chaire Perelman à l’Université libre de Bruxelles (2021-2022). Ses travaux portent principalement sur la phénoménologie, l’herméneutique et l’histoire de la philosophie, en particulier dans Être soi-même (Gallimard, 2019).
Claude Romano repense à nouveaux frais la méthode phénoménologique en la mettant en dialogue avec d'autres courants de la philosophie contemporaine, et notamment la philosophie analytique. Sa réflexion s'ordonne autour de trois axes. Tout d'abord, la question des rapports entre langage et expérience, dans le sillage des recherches empiriques en linguistique : le langage n'exige-t-il pas, pour pouvoir être compris, que l'on interroge ses liens avec des significations pré-linguistiques qui fondent notre expérience même du monde ? Ensuite, la question du réalisme : la phénoménologie entretient-elle une affinité nécessaire avec l'idéalisme, comme l'ont cru un certain nombre de disciples de Husserl, ou ne nous met-elle pas plutôt sur la voie d'un réalisme qui demanderait à être reformulé ? Enfin, comment une phénoménologie réaliste et soucieuse d'une articulation plus fine entre expérience et langage permet-elle d'approcher de manière renouvelée des phénomènes « classiques » comme le corps, les émotions ou l'habitude ?
Si le « néant n'a pas de propriétés », selon la formule de Malebranche, a-t-il cependant une histoire ? C'est à cette paradoxale question que le présent livre s'attache en cherchant à déployer les différentes significations de ce qui n'est pas, du radicalement non-étant parménidien jusqu'à l'être selon Heidegger qui, n'étant rien d'étant, est le Rien (Nichts) rendant possible la manifestation de l'étant. On le voit, l'histoire dont il s'agit ici est celle de la métaphysique, traversée par la tension entre un rejet pur et simple du néant, réduit à n'être qu'un mot (pour saint Augustin, Bergson et Carnap notamment), et, au contraire, l'affirmation d'une certaine positivité de ce qui ne relève pas directement d'une logique de l'être (pour Platon, Proclus, Scot Érigène, Maître Eckhart ou Schelling, par exemple). Loin d'impliquer nécessairement la disparition, l'absence ou la mort, le néant permet de penser l'altérité, la matière, le devenir, la liberté humaine ou la suréminence du Premier Principe. Certains des textes de ce volume étaient inédits en français, la plupart ont été retraduits en étant attentif au vocabulaire du néant qui cherche à en saisir la nature fuyante.
Paru pour la première fois en deux volumes il y a une vingtaine d'années et réédité plusieurs fois entre-temps, L'événement et le monde retrouve sa forme originelle, celle d'une seul et unique ouvrage dont l'édition a été entièrement révisée par l'auteur. Cet essai philosophique visant à comprendre l'homme comme « advenant », c'est-à-dire comme ce vivant auquel il peut arriver quelque chose, seul « capable » d'événements au sens fort du terme - de bouleversements complets de son existence -, pourra être ainsi redécouvert dans son intégralité. Cette phénoménologie de l'événement noue un dialogue étroit avec l'ontologie fondamentale de Heidegger dont elle souligne l'incapacité à intégrer la dimension « événementiale », et singulièrement le phénomène de la naissance, dans sa compréhension de l'existence humaine.
Ni collection d'études, ni recueil, cet ouvrage réunit trois essais qui possèdent des liens organiques puisqu'ils s'efforcent de répondre à une seule et unique question : que peut devenir la phénoménologie une fois abandonnée la perspective transcendantale ?Ainsi, les deux premiers essais interrogent la manière dont une phénoménologie de l'événement peut offrir une alternative aux approches traditionnelles de l'ego ou du temps. Le dernier s'attaque à la racine même du paradigme « transcendantal » pour en mettre au jour les présupposés et les critiquer. Elle dessine les contours d'un holisme de l'expérience que l'auteur a présenté dans Au coeur de la raison : la phénoménologie (2010).