Claude Gruson
Claude Gruson
Tendues vers la croissance économique, les sociétés occidentales ont-elles chance de maîtriser les risques de désorganisation qui les menacent et de développer encore leur prospérité matérielle ? C'est possible. Le principal danger est autre. Il est de les voir évoluer, en s'organisant, vers un avenir d'injustice et de violence croissantes. Un avenir dans lequel les grandes orientations de l'activité seront définies par les minorités dominantes de l'économie ; dans lequel les modes de vie, soumis à d'inacceptables contraintes technologiques, ne seront pas librement choisis ; dans lequel subsisteront et s'aggraveront les diverses formes d'injustice. Une telle évolution n'est cependant pas fatale. Des institutions ordonnatrices d'un développement social maîtrisé et choisi pourraient en écarter la menace. De ces institutions, les embryons existent déjà et l'étude critique du VIe Plan français montre par quels progrès elles pourraient faire face aux risques de désordre que courent toutes les économies en évolution rapide. Mais réaliser de tels progrès, c'est modifier profondément la structure du pouvoir, c'est inclure des objectifs politiques explicites dans le champ de la planification, c'est ouvrir la voie à une réforme profonde de la société. Plus profondément, pareils progrès supposent un accord profond entre un projet social et une idée de l'homme. D'où la méditation par laquelle s'achève ce livre : de quelle espérance l'homme a-t-il été capable, au fil de sa longue histoire ?
La guerre de 1870 exerça une grande influence sur la situation de nombre de familles parisiennes, et elle apporta de notables changements dans les conditions d'être des particuliers.Une gêne presque générale se fit sentir, et, tout en la subissant, chacun se traçait pour l'avenir des plans de réforme, qui devaient être oubliés dès que la vie ordinaire aurait repris son cours.La famille Morinie, composée du père, de la mère et d'une fille qui avait vingt ans révolus le jour même où l'on apprit à Paris le désastre de Sedan, avait été profondément affectée par les événements ; une petite maison de campagne qu'elle possédait près Garches avait été détruite par les obus prussiens, des pertes d'argent avaient accompagné celle de cette maison, et il était résulté de cet état de choses un vif désir, chez les époux Morinie, de se mettre autant que possible, pour l'avenir, en garde contre de nouveaux coups du sort imprévus.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Et si l’économie pouvait devenir un levier de fraternité ? Programmer l’espérance propose un dialogue audacieux entre un économiste visionnaire et un théologien.
Le système soviétique s'effondre ; le capitalisme libéral subsiste seul mais, hors quelques rares pays, il ne conduit qu'à des désordres. Une autre voie doit être tracée, dans laquelle les hommes seraient libres de refuser l'ingouvernabilité du monde, l'incapacité dont il souffre d'orienter son dynamisme technologique dans le sens d'un projet délibéré : est inacceptable en effet toute résignation aux misères, aux sociétés duales, aux désespoirs généralisés, aujourd'hui partout présents. C'est dans cette voie que Paul Ladrière et Claude Gruson, l'un sociologue, l'autre économiste, ont mené leur réflexion. Ils traitent des rapports entre éthique et économie en passant par une interprétation sociologique de la modernité, celle de Max Weber d'abord, celle de Jürgen Habermas ensuite. Dans l'analyse qu'ils font de la crise radicale vers laquelle les sociétés actuelles sont entraînées, l'appel à une exigence éthique transformatrice est maintenue malgré tout, comme sensée et possible. Mais, ils démontrent que cette exigence éthique ne s'inscrira dans l'action qu'au prix d'un progrès révolutionnaire des techniques qui permettent de comprendre l'évolution économique et sociale, et d'en déceler les développements virtuels. Ce progrès implique l'affirmation d'une volonté politique et le renouvellement du débat démocratique. Les acteurs, constatant la multiplicité et l'étendue des liens d'interdépendance qui les enserrent, doivent se regarder comme solidaires dans la recherche de l'intelligibilité, laquelle n'est accessible que dans un cadre dépassant la nation, en tout cas un cadre européen. Telle pourrait être la clé du renouvellement, tant attendu aujourd'hui, de la pensée politique.