Claude Diouri
Claude Diouri
L'auteur ne mentionne ni le pays ni l'époque de son récit. On reconnaît cependant aisément les traits d'une Afrique du Nord coloniale en plein bouleversement. Une romance fera ici scandale, tout comme un mariage forcé suivi d'un exil en France... C'est avec authenticité que se dévoilent, au fil des pages, le poids des traditions, la pression familiale et la violence du patriarcat. Diouri compose un récit initiatique qui fleure bon le vécu, dépeignant avec justesse une société sclérosée où les espoirs se tournent vers un ailleurs au parfum de liberté. On ne lit pas ce texte d'un dévoreur des plaisirs, des joies et des souffrances de la vie, on le visionne sur un écran virtuel. Images et sons, en déferlant, créent d'emblée l'empathie. L'intensité de ce récit tient à un style sans fioritures permettant de créer un fond d'émotions intemporelles et universelles. Diouri est avant tout un conteur et si elles n'ont jamais été envoyées au père, ses lettres toucheront en profondeur chaque parent et chaque enfant d'ici et d'ailleurs.
Fils d'Ahmed Ben Mohamed, un analphabète mais néanmoins homme d'affaires averti, et de sa cinquième épouse, l'auteur nous raconte son enfance dans un Maroc traditionnel. Les épisodes de la vie quotidienne jalonnent la vie d'une famille soumise au patriarche. Pour respecter les us et coutumes locaux et familiaux, les gestes s'imprègnent d'une certaine solennité... Le récit de cette vie marocaine est décrit avec une telle vivacité qu'il rend proche et attachant chaque membre d'une famille au sein de laquelle on aimerait parfois être convié pour rire et pleurer avec elle. On accompagne avec plaisir ce jeune Marocain qui s'éveille à la vie dans le Maroc des années 40.