Christophe Jaccoud
Christophe Jaccoud
La montagne est-elle « moderne » ou mieux est-elle un territoire du moderne ? Se plonger dans l'histoire amène à répondre de façon très contrastée, voire contradictoire. D'un côté, elle est massivement condamnée à raison de son inertie dès lors qu'elle est comparée à d'autres communautés. Lieu d'isolement, de repli, de retard, d'ignorance et de conservatisme, base d'exode, elle ne ferait qu'accumuler les handicaps propres à la laisser loin derrière les progrès réalisés dans le monde d'en bas. La rendre abordable, fréquentable et pour tout dire aimable passe donc par l'imposition de normes venues d'ailleurs. D'un autre côté, elle s'affirme précurseur, par ses contraintes et ses ressources propres, notamment dans l'expérimentation et la mise en oeuvre de formes de démocratie, et l'on pense ici à des modalités inédites de gestion collective des biens communs et à des pratiques de gouvernance anticipant des évocations qui, pour paraphraser Thomas Mann, la rendent à bien des égards « magique ». L'émergence des sanatoria et des sports d'hiver répond aussi, comme en écho, à cette valorisation des espaces montagneux et à la recomposition du regard porté sur ces derniers. La revue Les Sports modernes entend explorer ces questions et ces dynamiques avec son numéro dédié à « la montagne : territoire du moderne », un numéro inaugural où l'ascension de l'Everest jouxte une contribution sur les noms des sommets, des découvertes en Engadine, ou encore un entretien avec le romancier et enseignant Jérôme Meizoz.
La notion de « chef·fe » interroge des dimensions importantes de la sphère sportive, notamment celles de l'autorité, du charisme et du prestige. Celles-ci se construisent à la fois dans les enceintes du sport, dans le cadre de la légitimité que confère la performance corporelle (le Roi Pelé, la Reine des glaces Sonja Henie, le Kaiser Franz Beckenbauer, le Tsar Aleksander Popov), au travers de la possession et de l'exercice de différents statuts distinctifs (arbitre, capitaine d'équipe, médaillé·e·s, etc.), mais également hors des terrains proprement dits, dans les cénacles politiques et administratifs de la puissance sportive. Une certitude : penser la carrière des « chef·fe·s » revient d'abord à appréhender le sport comme une double fabrique de l'autorité et du prestige, mais aussi à interroger comment ces trajectoires à succès empruntent aux modèles et aux ressources des sphères politiques, économiques et culturelles. Pour mieux saisir parfois ce qui distingue un·e grand·e d'un·e petit·e chef·fe ou encore un·e bon·ne d'un·e mauvais·e chef·fe. Assumant pour ce numéro un « biographical turn », attentif néanmoins à pondérer les séductions et le caractère édifiant et (auto)hagiographique de bien des récits d'un genre qui aime à considérer les champions, les championnes, les dirigeant·e·s ou encore les entraîneurs en simples entrepreneurs d'eux-mêmes, ce deuxième volume de la revue Les Sports Modernes entend offrir un large espace à des contributions centrées sur les trajectoires d'individus ou de collectifs, à les mettre en résonance avec l'ambiance et les cadres d'une époque, en particulier avec les nombreuses sphères de l'espace social et les cadres institutionnels à finalité structurante (famille, travail, école, armée, politique...). C'est à ce prix, pensons-nous, que les attributs de la chefferie - autorité, charisme, prestige - peuvent être révélés et fonctionner comme autant de fenêtres ouvertes sur les dynamiques de la modernité sportive depuis le XIXe siècle.
Quels rapports entre des hommes et des femmes qui chantent dans une chorale, les tableaux de Ferdinand Hodler et d'Auguste Baud-Bovy, des personnes qui font l'expérience d'une grave maladie ou encore des ouvriers confrontés à la discipline du travail ? C'est le corps et la manière dont il est utilisé, fabriqué, entretenu, montré, réparé et mobilisé. Cet ouvrage collectif propose une série d'éclairages propres à tracer les contours d'un faire corps - soit la manière dont les individus et la société tentent d'intervenir sur le corps - dans des situations et des contextes variés. Sont mis en lumière le rôle joué par les pensionnats dans l'adoption des pratiques sportives, des femmes migrantes engagées dans des activités de soin auprès de personnes âgées, des personnages de romans d'Alice Rivaz, des footballeurs de la Nati, des pratiquantes de pole dance, l'intérêt porté par les médecins aux XVIIe et XVIIIe siècles à la notion de Heimweh, le témoignage d'une himalayiste ou encore des stratégies de conservation corporelle développées par un homme ordinaire au cours d'une vie sportive. Des correspondances entre des temps, des lieux et des gens sont proposées à travers quatorze contributions issues de l'histoire de l'éducation, de l'art et du sport, de l'anthropologie médicale, de la sociologie, de la littérature, de la géographie ou encore à partir de la restitution autobiographique. Tous les articles qui constituent ce volume ont pour ancrage la Suisse sur une période qui court de la fin du XVIIe siècle à aujourd'hui.
Gianni Infantino, président de la FIFA, ou son prédécesseur, Joseph Blatter, sont des figures incontournables du sport international. Comme d'autres avant eux, ils incarnent l'action importante des dirigeants sportifs suisses dans l'internationalisation des sports. Cet ouvrage propose d'analyser la genèse et les développements de ce processus en mettant l'accent sur les actions, individuelles et collectives, de plusieurs dirigeants qui occupent de hautes fonctions dans les fédérations sportives internationales entre la première décennie du siècle dernier et les années 1970. Cette période est en effet charnière car elle correspond à l'affirmation d'un internationalisme sportif : marqués par de nombreuses tensions politiques et confrontés à la médiatisation et à la démocratisation croissante des sports, les dirigeants sportifs internationaux cherchent à créer une communauté originale, dont les échanges transcendent parfois le contexte géopolitique. Beaucoup de ces figures sont de nationalité suisse. Plus largement, le pays se profile comme une terre d'accueil particulièrement favorable à l'organisation de nombreuses compétitions internationales et à l'établissement des organisations sportives internationales, ainsi qu'un espace dans lequel se forgent de nombreuses pratiques sportives. Il s'agit dès lors, en convoquant des sources diverses et inexploitées, de s'interroger sur cette situation originale, car elle est avant tout promue par des acteurs privés dont les objectifs recoupent plus ou moins les actions diplomatiques étatiques de la Confédération helvétique, mais sans toutefois que l'état ne développe une politique en la matière.