Christian Jambet
Christian Jambet
Les descriptions de la fin des temps et de l'Apocalypse dans le Coran n'ont pas seulement nourri un messianisme temporel, annonçant les événements qui départagent les amis et les ennemis de Dieu. Le philosophe Christian Jambet présente ici une oeuvre du penseur shite Mull adr qui, au XVIIe siècle, « neutralise les conflits de la fin des temps en leur donnant un sens permanent et spirituel, qui en apaise l'urgence, en défait les prestiges temporels au profit du combat spirituel. » L'essai qui précède la traduction de L'épître du rassemblement dévoile ainsi une éthique de la résurrection. Il éclaire également les influences néoplatonicienne et soufie qui parcourent cette oeuvre, dont Christian Jambet restitue ici toute la puissance.
Délices du jardin ou feux de l'enfer, les promesses ou les menaces coraniques concernant l'au-delà sont sans doute les plus saisissantes parmi celles des monothéismes. Mais doivent-elles être prises au pied de la lettre ? Christian Jambet retrace ici le fil du scénario interprétatif que constitua Mullâ Sadrâ, penseur de l'islam shiite, dans l'Iran safavide du XVIIe siècle. Dans ce voyage vers les contrées des fins dernières, du retour à Dieu et de la résurrection, c'est en définitive à une ample réflexion que nous convie cet ouvrage, réflexion sur le sens que nous donnons aujourd'hui à la mort, et donc à la vie. La mort des modernes est indifférente, inoffensive, elle n'ouvre plus sur cette question qui était jadis essentielle : la destinée de l'âme après la mort, événement qui donnait précisément à la vie son importance. Mullâ Sadrâ, par la voix de Christian Jambet, se propose de nous en rappeler la portée.
« On dirait qu'une fois de plus dans l'histoire de la France, ce sont les populations victimes de l'exclusion qui initieront des innovations politiques dont tout le monde ressent le besoin. Face à une vie sociale et à un lien social en décomposition, les cités sont peut-être l'un des lieux importants où s'amorcent d'ores et déjà des solutions. Les exclus d'aujourd'hui seront peut-être ceux qui malgré eux et sans forcément le vouloir poseront les jalons d'une démocratie plus réelle, moins illusoire. » Événement majeur de la décennie 80, la première Marche contre le racisme et pour l'égalité, partie de Marseille en octobre 1983 pour déferler sur Paris deux mois plus tard, a été l'acte de naissance d'un mouvement social : l'entrée en politique des jeunes des banlieues issus de l'immigration. Ce nouvel acteur collectif questionnait de manière critique les rapports entre pouvoir, démocratie et citoyenneté. Puis, initiatives et expériences se multiplient, même si la plupart se font plus discrètes ou plus locales. Mais, en dépit de leur fragilité, elles contribuent à l'émergence de nouvelles formes de citoyenneté. En ce sens, la décennie 83-93 est un véritable laboratoire en matière d'innovation sociale. À partir d'entretiens menés auprès d'une vingtaine d'acteurs de la Marche des banlieues de 1983 et de l'après-marche, cet ouvrage tente de restituer une mémoire remarquable par sa richesse et sa diversité, celle d'une décennie de « passions citoyennes », et à partir de son analyse critique, de tracer des perspectives pour une transformation politique et sociale de la société française.
Revivez la soirée historique du 1er février 1988 au Théâtre National de Chaillot, où Alain Badiou, Jean-Claude Milner et Christian Jambet ont croisé leurs réflexions autour de L'être et l'événement.
Le Zen, selon l'enseignement des maîtres, est essentiellement une pratique, le zazen, la méditation assise dans la posture du lotus, celle du Bouddha lorsqu'il parvint à l'illumination. On fait zazen d'abord avec son corps. C'est seulement ainsi, grâce à un retour aux conditions normales d'équilibre, c'est-à-dire au fonctionnement réunifié de l'organisme et du psychisme, qu'on peut découvrir le trésor caché que recèle tout être humain. Après des années de pratique intensive, sous la conduite d'un des plus grands maîtres du Zen japonais, le Roshi Taisen Deshimaru, Jacques Brosse nous raconte ici très simplement ce qui lui est arrivé, ce qui peut fort bien arriver à chacun d'entre nous, qui sommes en quête.
L'ordre de l'être Providence et platonisme dans la philosophie iranienne Loin d'examiner seulement des problèmes de logique, d'éthique et de politique, la philosophie islamique a pour fin une religion philosophique, distincte des aspects exotériques et juridiques qui dominent l'essentiel de la pensée musulmane. Les philosophes, en particulier Mîr Dâmâd et Mullâ Sadrâ, ont l'ambition de concurrencer les théologiens en recherchant la juste définition de la divinité et celle de la souveraineté. Pour chacun d'eux, l'univers est soumis au gouvernement et à l'administration de multiples hiérarchies émanant de Dieu, assurant sa vie et sa permanence, modèle concret des hiérarchies humaines. Ce gouvernement exercé par des êtres invisibles aux sens est visible à l'oeil intérieur du philosophe. Chez Mîr Dâmâd, le fondateur de l'École philosophique d'Ispahan, l'ordre est avant tout un ordre politique, où l'administration du cosmos par les entités immatérielles instaurées par Dieu se réfléchit dans l'administration religieuse de la communauté humaine par les savants en religion, représentants de la famille du Prophète. Chez Mullâ Sadrâ, en revanche, la providence et la politique divine sont perçues comme les effets de l'amour divin, qui s'exprime à tous les degrés des êtres vivants. En soutenant que l'amour est la nature même de la divinité, Mullâ Sadrâ reprend à son compte les enseignements les plus audacieux du soufisme et de la spiritualité islamique. Selon lui, l'existence ne peut être qu'un bien parce qu'elle émane du bien suprême qui est l'amour essentiel de Dieu. La confrontation et la découverte d'un subtil mode de pensées, étranger à nos catégories.
Mullâ Sadrâ vécut à la charnière des XVIe et XVIIe siècles de notre ère. De celui qui fut surnommé "le tout premier des métaphysiciens", l'ayatollah Khomeiny n'eut de cesse de se réclamer lors de la révolution de 1979 en Iran. Mullâ Sadrâ, en effet, pose la question de la guidance de la communauté des croyants : revient-elle au plus pieux qui suit l'enseignement du Coran à la lettre ou au philosophe qui, à la suite des Grecs et de Platon en particulier, vise au perfectionnement de l'âme humaine jusqu'à atteindre le bonheur par la connaissance de la vérité ? L'ascension de l'âme savante vers l'lntellect débouche sur la vraie révélation coranique. Mais la religion philosophique se déploie cachée, ésotérique, face à l'exotérisme d'une orthodoxie bornée par la lettre de la Révélation. C'est le drame de l'islam contemporain. Quel qu'il soit, le guide ne peut ignorer les enseignements relatifs à la connaissance de Dieu, au message prophétique, aux êtres suprasensibles, à la connaissance de l'âme humaine. Sinon, sans le relai herméneutique que la philosophie offre aux enseignements des imâms, les théologiens et les juristes se substituent, par leur rationalité propre, à celui qu'ils entendent représenter. Le pouvoir spirituel se dégrade inéluctablement en une autorité limitée, juridique, policière. C'est le drame de l'Iran depuis 1979.
Mullâ Sadrâ vécut à la charnière des XVIe et XVIIe siècles de notre ère. De celui qui fut surnommé "le tout premier des métaphysiciens", l'ayatollah Khomeiny n'eut de cesse de se réclamer lors de la révolution de 1979 en Iran. Mullâ Sadrâ, en effet, pose la question de la guidance de la communauté des croyants : revient-elle au plus pieux qui suit l'enseignement du Coran à la lettre ou au philosophe qui, à la suite des Grecs et de Platon en particulier, vise au perfectionnement de l'âme humaine jusqu'à atteindre le bonheur par la connaissance de la vérité ? L'ascension de l'âme savante vers l'lntellect débouche sur la vraie révélation coranique. Mais la religion philosophique se déploie cachée, ésotérique, face à l'exotérisme d'une orthodoxie bornée par la lettre de la Révélation. C'est le drame de l'islam contemporain. Quel qu'il soit, le guide ne peut ignorer les enseignements relatifs à la connaissance de Dieu, au message prophétique, aux êtres suprasensibles, à la connaissance de l'âme humaine. Sinon, sans le relai herméneutique que la philosophie offre aux enseignements des imâms, les théologiens et les juristes se substituent, par leur rationalité propre, à celui qu'ils entendent représenter. Le pouvoir spirituel se dégrade inéluctablement en une autorité limitée, juridique, policière. C'est le drame de l'Iran depuis 1979.
Dieu est, selon un article de foi universellement reconnu en islam, le souverain de l'univers, parce qu'il est son créateur et il gouverne le monde terrestre par l'intermédiaire de ses prophètes dont le meilleur est Muhammad (Mahomet). C'est dans la théologie de Mullâ Sadrâ (m. 1640), le plus grand représentant du vaste courant philosophique et mystique contemporain de la dynastie des rois safavides, que Christian Jambet explore la souveraineté de Dieu. Il confronte cette théologie aux penseurs musulmans antérieurs, aux sources grecques et à leurs interprétations. Il examine les transformations par lesquelles une théologie intégrale de la souveraineté divine a conduit de nos jours à l'autorité du théologien juriste. L'autorité des prophètes et des imâms, fondée sur une compréhension spirituelle du Coran et des traditions islamiques, s'exerce au nom de Dieu selon une stricte hiérarchie : un niveau supérieur, celui de l'épanouissement de la vie spirituelle et un niveau inférieur, celui de l'activité judiciaire. À l'opposé de tout modèle de domination extérieure, la religion devient un exercice spirituel d'appropriation des sens cachés du Coran et un modèle de liberté intérieure. En un temps où les théologies islamiques les plus sommaires sèment la terreur, il est bon de connaître que les plus grands penseurs de l'islam, dont Mullâ Sadrâ, ont pensé les fondements de la foi islamique, les transformant en une quête impérieuse de la vie bienheureuse.
Préface de Jean Giono. C'est insensé. Ça ne ressemble plus à rien. Il faut gueuler pour s'entendre. Je m'entends scander la marche folle, brancard aux épaules, avec ces mots : Tu veux vivre... tu veux vivre... tu veux vivre... À chaque éclatement je me demande où et comment je vais être touché. Je ne veux pas traîner comme Georges, pas être aveugle surtout, pas au ventre et puis soudain les limites de l'angoisse dépassées, je me sens devenu indifférent à tout. Je ne pense plus à rien qu'à être digne devant la mort. Ça ne dure pas longtemps. Une rafale toute proche volatilise mon courage et je recommence... pas mourir... pas mourir... Vivre... Vivre... À chaque ébranlement, tout est à refaire. La vue de Damien qui marche à ma hauteur me réconforte soudain. Je l'aperçois à la lueur d'une fusée, derrière les pieds du blessé que nous portons. Son regard durci fouille la nuit. À sa bouche, je vois qu'il siffle. Et je me mets à chanter à tue-tête... De juillet 1914 à août 1915, Lucien Jacques a tenu son journal, témoignage de l'enfer quotidien de la guerre. Dans cet enfer, quels sentiments existent encore, et les mots ont-ils encore un sens?
Préface de Jean Giono. C'est insensé. Ça ne ressemble plus à rien. Il faut gueuler pour s'entendre. Je m'entends scander la marche folle, brancard aux épaules, avec ces mots : Tu veux vivre... tu veux vivre... tu veux vivre... À chaque éclatement je me demande où et comment je vais être touché. Je ne veux pas traîner comme Georges, pas être aveugle surtout, pas au ventre et puis soudain les limites de l'angoisse dépassées, je me sens devenu indifférent à tout. Je ne pense plus à rien qu'à être digne devant la mort. Ça ne dure pas longtemps. Une rafale toute proche volatilise mon courage et je recommence... pas mourir... pas mourir... Vivre... Vivre... À chaque ébranlement, tout est à refaire. La vue de Damien qui marche à ma hauteur me réconforte soudain. Je l'aperçois à la lueur d'une fusée, derrière les pieds du blessé que nous portons. Son regard durci fouille la nuit. À sa bouche, je vois qu'il siffle. Et je me mets à chanter à tue-tête... De juillet 1914 à août 1915, Lucien Jacques a tenu son journal, témoignage de l'enfer quotidien de la guerre. Dans cet enfer, quels sentiments existent encore, et les mots ont-ils encore un sens?
Majoritaires dans une région où se joue aujourd'hui la stabilité du monde, bien qu'ils soient minoritaires si l'on considère la totalité du monde musulman, les shî'ites restent mal connus. Confondus le plus souvent avec les intégristes sunnites, ou même avec les tenants du wahhabisme militant, leurs adversaires, ils subissent logiquement les effets dévastateurs de certaines images venues d'Iran ou d'ailleurs, images de l'oppression des femmes, d'intolérance religieuse, d'obscurantisme et de totalitarisme. Ecrit à l'intention du public cultivé, cet ouvrage rassemble et présente l'essentiel de ce qu'il faut connaître du shî'isme, non sans proposer une analyse des processus qui ont conduit une religion essentiellement ésotérique et mystique à se transmuer en théologie politique. En refermant ce livre, le lecteur n'ignorera plus rien des fondements doctrinaux du shî'isme, de la généalogie de ses maîtres (depuis Ali, le gendre de Mahomet), de ses sources (Coran et hadîth), de son évolution historique (des grandes scissions qu'il a connues, donc), de sa philosophie, enfin. Le tout écrit d'une plume acérée, portée par une érudition vraie.
Qu'est-ce que la conception politique du Monde ? Une façon de voir l'harmonie où règne la guerre, la jouissance où règne le malheur, la libération où se parfait l'ordre, le rebelle où se maintient le Maître. Le premier, Platon, connut les impasses de ce pari de rébellion qui est le nôtre et vécut dans le désespoir les accommodements du Politique. Il faut renoncer à considérer Platon comme l'erreur de l'Occident, mais revivre ce formidable sursaut d'horreur, qu'il suscita face à l'endurance du Maître. Là où Nietzsche voit triompher Morale et Politique, nous voyons la tragique aporie d'une critique de la conception politique du Monde. Là où il voit l'aveuglement sur la volonté de puissance, la première critique occidentale de la barbarie. Et par-dessus tout, l'enveloppe actuelle de tout discours qui veut se présenter au nom du pari de rébellion. Dire qu'il faut que l'Ange vienne, c'est faire l'expérience du platonisme. Il nous reste cette tâche d'une philosophie de l'avenir, il reste aujourd'hui qu'il faut aimer Platon. C.J.