Chapuis-B
Chapuis-B
Ses amis l'appellent Paul Newman. Il a les oreilles décollées, un grand nez, de grosses lunettes et une légère claudication. Il va rentrer en terminale. Il aime le grec, le latin, la physique et les lettres anciennes. Il n'aime pas le shopping culturel, les espaces de communication, les carrefours de tendances et les 4x4. Il aime le short de Mara, la culotte de Claire, le cou d'Agnès et le derrière de Barberine. C'est l'été, à Paris. Avec Furtif le Loquace, Adham et Agnès, ses inséparables, il investit durant quelques jours l'appartement vide de ses parents, théâtre d'impromptus libertins. La découverte d'un coffre-fort caché derrière un tableau dans la chambre de sa mère provoque une enquête policière et le lance sur la trace des mystérieux habitants d'une station-service isolée au milieu d'un plateau, parmi les champs de lavande. Une jeune Asiatique et sa mère, un homme, qui lui rappelle son père disparu.
Depuis ta paralysie et ton silence, je te sens libéré de ce malaise, de ce vieux chien noir qui t'apportait le spleen autrefois, un luxe inutile, minuscule. A cause de toi je m'efforce de m'interdire ce qui est minuscule. En rentrant de chez Leonor, je feuillette mes agendas : rien qui vaille, des dates. Toi, tu veux que je raconte ce qui s'est passé depuis ce matin de juillet où Mina a annoncé la Fin du Monde. Nous l'aimons à deux, elle morte, nous l'aimons ensemble. La conversation entre deux diplomates ne signe pas une paix, elle annule deux solitudes. La voix de Mina, ses phrases, ses mains, sa nuque, le miel, l'ambre et le poivre de son chat. Il doit y avoir aussi de ça dans les lettres de moi que tu as trouvées. Ainsi, nous la revoyons enfin vivante. Bernard Chapuis est journaliste et écrivain. Il tient une chronique sur Canal Jimmy et travaille à l'agence Devarrieuxvillaret. L'année dernière est son troisième roman.