Brenda Dunn-lardeau
Brenda Dunn-lardeau
Le Québec possède un trésor méconnu: un ensemble de 24 livres d'Heures augmentés de 50 pièces connexes (feuillets de livres démembrés, enluminures découpées, etc.) et répartis dans les fonds anciens de divers musées, bibliothèques et archives de la province. Les livres d'Heures, ces ouvrages de dévotion privée nés au XIIIe siècle, ont été en Europe les plus populaires des livres de piété destinés aux laïcs. Véritables best-sellers jusqu'au XVIe siècle, ces oeuvres ont traversé la res christiana en se moulant aux variantes régionales de cultes, de langues et de styles artistiques. Les plus anciennes nous sont parvenues au temps de la Nouvelle-France. À partir du XIXe siècle, le Moyen Âge et la Renaissance ont fortement intéressé des connaisseurs éclairés qui ont créé des collections substantielles d'ouvrages de ces périodes au Québec. Les années 1920 ont même vu un début de projet de musée du livre à l'Université McGill qui a influencé la politique d'achat des livres anciens de la bibliothèque de cette université. Ce catalogue raisonné dévoile ce précieux patrimoine européen, couvrant la période allant de 1225 à 1583 et conservé en Amérique du Nord. Les livres d'Heures, presque tous manuscrits, sont remarquables par leur diversité textuelle et iconographique. Une attention particulière est portée à leur histoire complexe et à l'identification des artistes responsables des enluminures, car ces miniatures élèvent les livres d'Heures au rang d'oeuvres d'art uniques et de grande qualité.
Les éloges collectifs de femmes, qui regroupent les recueils de femmes illustres et les apologies du sexe féminin, ont souvent été versés au compte de la « Querelle des femmes » vue comme un ensemble discursif stable, partageant et réitérant une topique commune. Cependant, les contextes variés dans lesquels ces textes s'inscrivent suggèrent d'en réexaminer les spécificités et d'en préciser les enjeux ; plus spécifiquement, ils invitent à se pencher sur les publics qui, au cours des siècles, en ont renouvelé la lecture et l'interprétation. Croisant les ressources méthodologiques de la rhétorique et de l'histoire du livre, les articles de ce numéro explorent le processus de publication et la construction de publics contrastés dans des éloges collectifs de femmes composés ou traduits en français à la fin du Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, de façon à évaluer la singularité des invitations à l'appropriation qui s'y tissent.