Bernard Guenée
Bernard Guenée
Les Publications de la Sorbonne ont ouvert leur série de réimpressions avec un volume consacré aux articles d'Édouard Perroy : l'auteur était mort, ses articles dispersés dans des revues dont certaines sont devenues introuvables... Bernard Guenée est bien vivant, son oeuvre est loin d'être achevée, ses articles sont presque toujours parus dans des revues de premier plan. Ces articles, publiés entre 1956 et 1981, mis au bout à bout font ressortir avec clarté la nécessité du chemin qui mène de l'histoire de l'État à celle de l'opinion et donc à celle de la culture historique : chemin exemplaire qui nous mène de l'histoire institutionnelle à l'histoire sociale et à l'histoire des mentalités, non pour céder aux engouements de la mode, mais pour obéir à la nécessité d'une recherche rigoureuse.
En 1275, Primat, moine de Saint-Denis, achève la rédaction de la première grande histoire de France écrite en français, suscitée par Saint Louis et commandée par son abbé, l'illustre Mathieu de Vendôme. C'est le Roman des roys, appelé plus tard Grandes Chroniques de France, récit de la monarchie qui inscrit les rois contemporains dans la glorieuse lignée des rois francs, considérés dès l'origine comme "¿français¿". ¿Jusqu'à l'époque moderne, ce texte majeur est demeuré au fondement de notre tradition nationale. Primat n'a pas seulement procédé à une compilation, genre littéraire noble à l'époque, de versions latines antérieures. Parfaitement maître de son vocabulaire, le moine de Saint-Denis, heureux de vivre en son temps dans le beau royaume de France, a choisi les mots propres ¿à représenter à ses contemporains l'histoire de leur pays, et délibérément projeté dans le passé le modèle qu'il lui paraissait souhaitable de suivre dans le présent. L'auteur montre ainsi de façon magistrale que Primat n'était pas un simple thuriféraire de la grandeur des rois de France, mais bien un véritable historien, conscient des enjeux de son métier. La mort a empêché Bernard Guenée de mettre la dernière ¿main à son manuscrit. Jean-Marie Moeglin, professeur d'histoire ¿du Moyen Âge à l'Université Paris-Sorbonne et directeur d'études à l'École pratique des hautes études, s'est chargé d'en établir ¿la publication.