Bernard Clavel
Bernard Clavel
Ce livre pourrait aussi s'intituler : Réponses à tous ceux qui m'ont écrit Chaque jour, en effet, apporte à Bernard Clavel des lettres par dizaines. Venues de parents, d'enfants, d'étudiants, d'enseignants. Venues de Paris, Prague, Berlin, Québec. Et chargées de questions sur l'homme, sur l'oeuvre... Pour leur répondre, il faudrait à Clavel des jours et des jours. Or, il est tout à ses romans, en proie aux personnages, aux phrases, aux mots mêmes. Adeline Rivard s'est voulue comme un relais entre l'écrivain et ses lecteurs : "Je lui ai posé toutes les questions que vous lui aviez déjà posées... que vous avez envie de lui poser." Et d'ajouter : "Je crois pouvoir affirmer... qu'au terme de cette lecture vous connaîtrez mieux Bernard Clavel que la plupart de ses intimes." Voici donc la vie et l'oeuvre d'un homme livrées tout entières.
"De la Vallière et du Solvan, minuscules ruisseaux de mon enfance, à l'immense Saint-Laurent de l'an dernier en passant par la Seille, l'Ain, la Loue et surtout le Doubs de mon adolescence, par le Rhône et la Saône de mes vingt ans, j'ai sans relâche descendu ou remonté le cours des rivières et des fleuves..." Ainsi s'exprime Bernard Clavel dans le prélude de ce livre qui est en même temps témoignage et célébration poétique du Jura. De cette province chère à son coeur mais d'autres pays aussi, il parle avec la force et la sensibilité qui sont siennes. Et, se soumettant aux questions de Georges Renoy, son interviewer et ami, il répond aux multiples questions que lui posent écoliers, étudiants et lecteurs fidèles. Ils trouveront ici les sources, les lieux, le "pourquoi" même de ces romans qui ont noms Malataverne, Le Seigneur du Fleuve, Marie Bon Pain, de tant d'autres encore qu'ils ont aimés.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Une cane veille, obstinée, sous la lune : si la feuille qu’elle protège tombe, son rêve de laitues géantes s’envolera.
Deux légendes vietnamiennes revisitées par un maître de la nouvelle littéraire : Vong buom explore la magie des contes traditionnels et la profondeur des mythes, entre poésie et réalité sociale.
De la fenêtre de leur petite maison, Isabelle et Gérard regardent le gros érable mort. Le vieux Vincendon leur a promis : les arbres ne meurent jamais et l'érable chantera. Une nuit d'orage, dans les Laurentides, un chien-loup trouve refuge auprès d'une petite fille, Céline. Dans un langage qu'ils sont les seuls à comprendre, ils décident de ne plus jamais se quitter. On dit que le père Simon est un vieux fou. Pourtant, avec lui, Christine et Roger vont apprendre à connaître les animaux et vivre les plus belles vacances de leur vie.
Charles Lambert est une force de la nature. Il a l'âme et le cœur vaillants, et comme les chênes de sa forêt natale du Jura, il ne plie jamais. À l’aube du XXe siècle, cet orphelin n’a pour trésor que les souvenirs de sa grand-mère, et pour avenir son engagement dans l’armée de métier. C’est là, au milieu de ses compagnons de mauvaise fortune, au travers des conflits effroyables qui jalonnent cette époque, qu’il sera totalement lui-même : courageux jusqu’à l’aveuglement, opiniâtre jusqu’à la mort, impitoyable pour tous et pour lui-même afin d’exorciser ses terreurs d’enfant. Figure anonyme et pourtant emblématique du petit peuple de France, il a la noblesse et la générosité de ceux qui, sans faire de bruit, défendent des valeurs immémoriales. Il fallait le talent puissant et singulier de Bernard Clavel pour chanter cette gloire des humbles qu’il a fréquentés de si près. Clavel le passionné, l’insoumis et l’homme decœur qui, sous ce Soleil des morts, nous fait crier aux horreurs de la guerre, respirer l’air pur des rives de la Loue, sourire au bonheur simple de l’amour comme de l’amitié, et traverser cinquante ans de notre histoire avec un authentique et fraternel compagnon. Un livre d’homme, tout entier illuminé par un merveilleux visage de femme : celui de Pauline, la compagne d’une longue existence que Bernard Clavel, en faisant revivre le souvenir intime, vibrant et en même temps universel, de celui qui fut son oncle, a rendue inoubliable.
Le républicain espagnol qui arrive, en ce printemps 1939, dans une ferme du vignoble jurassien, a tout perdu en raison d'une guerre qu'il fuit. Le destin n'épargne pas la famille qui l'embauche. Le fils est sur la ligne Maginot, le père, brûlé par l'alcool, va mourir. Seul homme valide sur la propriété, Pablo se charge de tout ce petit monde : une patronne dure à la peine, une gamine simple d'esprit, un vieux journalier qui lui enseigne le métier et un cheval de travail, la Noire. En marge du conflit qui embrase le monde, Pablo entame une oeuvre de paix : cultiver la vigne et prendre sous son aile cette famille. Ainsi, en s'attachant au rôle tenu, dans ses premières années de formation, par Jacinto Perez, l'Espagnol, le vrai, Bernard Clavel entame-t-il, avec son quatrième roman, ce parcours qui transfigurera toute son oeuvre, toute sa vie et qui se résume en une phrase : « C'est un immigré, réfugié de la guerre d'Espagne, qui va m'apprendre à aimer ma terre. Roman emblématique de l'oeuvre de Bernard Clavel, L'Espagnol, qui donna naissance à un des chefs-d'oeuvre de la télévision française, est enfin réédité.
Je dois être fait pour que les fleuves, les arbres, le ciel me coulent dans le sang. Les pays que j'imagine aussi bien que ceux où j'ai habité. Durant des années, j'ai peint de mémoire. De loin en loin vient me tarauder l'envie de me pencher davantage sur mon enfance. Mais bien plus impérieux le besoin de créer une terre nouvelle où il me soit donné de m'enfoncer en toute liberté : un lac immense dans une forêt sans limites ; une île dans les glaces où débarquent des chercheurs d'or ; une ville née de trois baraques ; avec ses mineurs, ses prêtres, ses prostituées. Fortunes qui se font et se défont... Pour être un homme des vieux pays, jamais je n'avais pensé qu'un monde pouvait surgir aussi rapidement pour disparaître aussitôt. Ce monde des aventuriers qui vont arracher son or à la terre n'est pas fait pour des enfants de Marie. Il est dur, impitoyable et j'ai frémi en le dé crivant. Voici bientôt six ans que j'y passe le plus clair de mon temps. Et mes personnages, comme leurs modèles, ont souvent payé de leur vie ces lingots dont on sait aujourd'hui qu'ils contribuent à la destruction du monde."
Nul mieux que Bernard Clavel ne sait communiquer les grands mouvements de la nature, ses splendeurs et ses secrets. Nul mieux que lui n'exprime les émotions des âmes simples. Ses personnages nous bouleversent à force de tendresse et de générosité. Bernard Clavel sait faire parler les coeurs. Il semblait né pour nous conter ce Grand Nord où la vie de chaque jour est encore une aventure, où l'histoire de chaque famille est une vraie saga, ce pays qui renouvelle totalement son inspiration. Avec Harricana commence une grande épopée qui vous envoûtera dès ses premiers frémissements.
Chaque fois qu'on m'a invité à raconter mon enfance et que j'ai tenté l'aventure, le romancier qui est en moi m'a barré la route. Mais quand la soif d'enfance devient trop forte, que faut-il faire ? S'en raconter une autre, plus conforme peut-être à celle de nos rêves, plus imprégnée sans doute d'imaginaire que de réel. Et qui, pourtant, fera revivre des êtres endormis sous la dalle glacée des années mortes. Suis-je Léa ou Henri, ou l'un des garnements dont le rire va illuminer l'été ? Sans doute, comme toujours, les uns et les autres à la fois. J'avais envie d'un moment d'écriture bonheur après tant d'années, d'écriture drame et malheur. Même s'il m'est arrivé de verser une petite larme, je me suis bien amusé avec ces deux vieux souvent plus enfants que la marmaille qui vient troubler leur sieste. Après la morsure des hivers, le soleil des vacances finit toujours par revenir, même si c'est pour annoncer d'autres saisons de nuit, de tourmente et de solitude.
Le temps et les hommes passent sur le Royaume du Nord... À Val Cadieu, le long de la rivière Harricana, tous sont morts ou partis. Koliare, l'Ukrainien, les Garneau ... Il ne reste plus que le vieux Cyrille Labrèche. Seul avec son cheval. Tel un forcené, il travaille. Avec fièvre. Jusqu'au bout de ses forces. Il songe aux autres. À ceux qui ont fui. Il les maudit mais sait qu'après la terrible crise dont il se fait le prophète, ils reviendront. En attendant, il garde leurs terres, avec une intégrité de bête sauvage. Il en défriche de nouvelles. Encore. Et toujours. Jusqu'au délire. Et dans la nuit qui hurle, il voudra, dernière folie, sonner l'angélus pour ce peuple de fantômes qui a déserté l'église, navire perdu dans une tempête qui l'engloutira. Dans ce tête-à-tête pathétique d'un homme et d'un cheval, Bernard Clavel retrouve la force des grands récits épiques, la vérité profonde des mythes les plus simples : la terre, la mort, le dernier homme, l'infracassable nature, le courage et par-dessus tout, l'espoir. Il nous prend comme une mer que rien n'arrête.
Le Grand Nord est enfoui très loin dans nos coeurs. Dans ces trois courts romans, Bernard Clavel nous y mène avec des mots simples, âpres, généreux, envoûtants, qui nous possèdent longtemps après avoir soufflé. Ces mots qui font lever les vents du Labrador et de l'aventure jusqu'au fond du bistrot lyonnais où Freddy Jacquier, l'étranger de passage, veut tirer Nelly la Rousse de sa rue sans joie et l'emmener jusqu'aux aveuglantes neiges de là-bas. Ils font claquer fouets et fusils à la poursuite du marin allemand qui a tué et fuit jusqu'aux terres de l'Iroquoise. Ils font céder le destin tragique de Jeanne qui doit être pendue à Québec en 1700. Trois destins prenants qui n'appartiennent qu'à Clavel. « Entre le Nord vécu et historique de La Bourrelle et de L'iroquoise et le Nord rêvé de L'Homme du Labrador, il n'y a pour moi que très peu de distance, confie Bernard Clavel. La fascination qu'ont toujours exercée sur moi ces terres immenses ne me lâche pas. Le rêve de cet homme et ce qu'il raconte, l'amour de l'Allemand pour la petite Indienne font partie de ma vie. Rien n'est vrai et tout est vrai. Il n'y a là que transposition. »
Bernard Clavel demeure le gardien secret des plus belles histoires et des plus folles espérances avec une foi inébranlable dans l'homme. Son immense stature se profile sur Miséréré, roman plein, prenant, riche, tout à la fois origine et aboutissement de la grande marche au Royaume du Nord qu'il avait entreprise avec Harricana. Dans une nature grandiose, terre inhumaine où s'aiguise la faux du "Nordet" il nous mène au "bout du bout" avec ces pionniers fabuleux qui entrent dans notre vie pour ne plus en sortir tant ils sont émouvants, généreux, authentiques. Leur histoire devient la nôtre. Nous partageons leurs souffrances, leurs peines, leurs amitiés, leurs amours. Nous croyons avec eux à ce Royaume qu'ils finiront par bâtir à force de courage et d'aventures après avoir fui la grande crise des cités et couru vers ces quelques arpents de glace qu'on leur avait faussement présentés comme un paradis terrestre. Mais l'espoir se cache toujours au bout du désespoir : quand on n'a plus rien à perdre, la seule chose qu'on ait à gagner, c'est la vie. Un très grand Clavel.
Mes parents sont morts alors que je m'éloignais à peine de mon adolescence. En même temps qu'eux, s'éteignait une certaine forme de bonheur qu'il ne m'a jamais été donné de retrouver. Et si je décide aujourd'hui de feuilleter ces souvenirs, c'est dans l'espoir égoïste probablement, un peu vain - d'en respirer le parfum fané en me racontant ces petits bonheurs de rien du tout dont je ne savais pas, à l'époque, qu'ils allaient imprimer en moi une marque indélébile. Durant des années, j'ai un peu voulu les oublier. Comme si j'avais redouté que leur modestie ne me suive à la trace. Or, j'ai découvert depuis longtemps que ce que je prenais pour de la pauvreté est une immense richesse. C'est ce bien infiniment précieux que j'éprouve aujourd'hui Ie besoin de retrouver pour le partager
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Comment et pourquoi devient-on écrivain ? Dix-huit écrivains répondent : autant de portraits à vif tracés dans la vie d'écrivain de chacun, avec ses manies d'écriture, ses problèmes techniques, sa position par rapport à ses confrères ou les écoles littéraires, ou même ses regrets éventuels... Une analyse vivante de la littérature d'aujourd'hui.
Un jeune mousse ramène sur son cargo une chienne errante et affamée. Même s'il est un bon bougre, le capitaine annonce au garçon qu'il faudra la débarquer avant le départ. Mais le mousse en décide autrement et cache la chienne dans la cale. En pleine traversée, elle se met à hurler à la mort. Elle sent venir la tempête.
Il y a quelque temps, un dimanche d'hiver à Lausanne, Bernard Clavel rencontrait « l'homme qui sauve les enfants », celui qui est l'esprit, le coeur et l'âme du mouvement Terre des Hommes - qui ne sera jamais nommé ici, car il refuse que son nom soit prononcé. La rencontre de cet homme, la découverte, à travers lui, des abîmes de souffrance où la misère et la guerre jettent les enfants au Viêt-Nam, en Afrique, aux Indes, en France et ailleurs, ont décidé Clavel à pousser un cri d'alarme, un cri qui tenterait de secouer notre indifférence : ce livre. « Je voudrais, tout simplement, dit-il, que chacun prenne conscience de ce qui se passe dans le monde, et de cette vérité que nous pouvons toujours, quelle que soit notre situation, accomplir un geste pour porter secours à des innocents. »
Admis au sein d'une équipe de coureurs et de mécaniciens, Bernard Clavel raconte la plus célèbre course du monde, non pas en spécialiste mais en homme qui a découvert là un univers exaltant, un métier de rigueur et de passion, une camaraderie née des joies et des angoisses partagées. Mais tandis que, sur la piste, les pilotes foncent à plus de 200 km/h vers la gloire ou l'échec - et parfois la mort -, tandis que, dans les stands, des mécaniciens anonymes réalisent d'extraordinaires prouesses techniques, Le Mans est aussi un grand rassemblement de « fans » et de curieux, une fête de couleurs, de jeux et de chansons, dont l'éclat va briller sans trêve, de nuit et de jour, durant vingt-quatre heures. Au roman, Bernard Clavel a préféré ici le témoignage, le récit en prise directe sur une réalité complexe et chargée d'émotions, intensément contemporaine.
En ces temps lointains, le chacal n'avait pas encore été emmené en Afrique par l'un des terribles vents du Léman. Satan avait jeté son dévolu sur la belle Geneviève du Lichtenstein, promise à un autre, et les nuées de la dent d'Ouche rappelaient son châtiment... Ainsi, de manière tantôt merveilleuse , tantôt réaliste mais toujours avec humour, Bernard Clavel raconte-t-il l'histoire du Léman et de ses habitants...
Roman sur la vieillesse, la solitude, et hommage aux parents de l'auteur, Les Fruits de l'hiver a été couronné par le prix Goncourt en 1968. " Les Fruits de l'hiver est à la fois un témoignage passionné de l'amour maternel et l'expression d'un remords. " Michel RagonLes années terribles de la guerre prennent fin, à Lons-le-Saunier dans le Jura. Heureusement ces temps oppressants poussent le voisinage à plus d'entraide, à une vraie solidarité Mais les privations quotidiennes, le travail incessant des jours, l'occupation allemande, leur vie en vase-clos pèsent sur le vieux couple Dubois. Sans baisser les bras, Paul part chaque jour dans son petit jardin, y puiser ce qu'il peut en tirer ; sa femme fait aussi de son mieux... Et les Dubois se tracassent également pour leurs deux enfants : l'attente du retour de Julien, qui a déserté on ne sait où, pour échapper au STO et Paul, l'épicier, qui fricote de très près avec la milice... Une histoire de vie bouleversante.
Nous sommes en septembre 44 dans un petit village du Doubs. Ferdinand est une force de la nature, mais aussi un doux. Il aime son pays, sa forêt et les parties de pêches. Quand les Allemands battent en retraite, détruisant tout ce qu'ils peuvent sur leur passage, le village entier les regarde passer derrière les volets clos. Ferdinand et sa femme Maria sont de ceux-là. Jusqu'au moment où un jeune officier SS, encore arrogant, tente de lui voler son vélo. Une ultime agression que Ferdinand, qui a rongé son frein pendant ces longues années de guerre, ne supporte pas. Et le colosse qui ne contrôle plus sa force, se jette sur l'allemand, le ligote dans la cave et ne sait plus qu'en faire. Son meilleur ami et sa femme non plus. Comment assumer cet acte de Résistance qui n'est plus de mise, comment se débarrasser d'un officier ennemi qui gesticule, qui hurle même s'il a encore l'air d'un enfant, alors que les convois allemands menacent continuellement de fusiller tous ceux qui s'opposeraient à leur passage ? Le choix de Ferdinand sera déchirant. A travers l'affrontement de trois caractères différents, Bernard Clavel décrit avec une minutie extrême la montée de la peur, la panique et le choix final qui hantera le héros toute sa vie.
« Sadko, le cavalier du Baïkal qui galope sur son tarpan des steppes, est né d'un tourbillon de lumière et de vent. Je ne sais plus s'il se fondait aux brumes montant des eaux ou si c'étaient les sabots de son cheval qui soulevaient les nuées dont monture et cavalier s'enveloppaient, mais son image ne cessait de surgir des brouillards de mon rêve. S'il s'est laissé entraîner jusqu'aux abords impétueux du Rhône, c'est qu'il fallait que ce Barbare découvre un monde où la barbarie prend des dimensions qu'aucun homme de sa race n'aurait su imaginer. Durant des lunes et des lunes, nous avons chevauché ensemble pour atteindre les Gaules où Jules César menait sa guerre. En lançant Sadko dans la mêlée, j'ai cru en finir avec lui. Mais on ne distance pas un cavalier de sa trempe. À présent, c'est lui qui m'entraîne. Pareil à un fétu de paille, je flotte dans son sillage où dansent les étoiles. »B. C.
Loin des étendues glacées du " Royaume du Nord" qu'il a si souvent arpentées dans son oeuvre, Bernard Clavel nous ramène à une "Histoire française" qui peut se lire aussi comme une traversée du siècle. Celle d'une vie et celle d'un voyage, un dernier voyage, un voyage d'hiver, bouleversant, pathétique, nostalgique, plein d'émotions et de regrets à travers une France grise tailladée par la guerre, hérissée de "croix de bois" Au terme d'une vie d'aventures et d'affaires qui ont fait sa fortune jusque dans le commerce des armes, un grand bourgeois, condamné par la maladie, décide de remonter le fil des jours pour aller jusqu'à la tombe de son fils fauché par la guerre en 1940. C'est par la voix de son fidèle chauffeur qui aura ressorti pour l'occasion la vieille Hotchkiss que nous vivrons ce pèlerinage et les temps forts d'une existence tourmentée au coeur d'une autre époque merveilleusement reconstituée. Avec la maîtrise et la retenue d'un très grand auteur, Bernard Clavel retrouve la vérité complexe de ces deux personnages qui forment un couple indissociable de maître et serviteur définitivement liés. Il nous dit sans effets, sans grandiloquence, cette histoire sombre et tragique à laquelle on prend cependant le plaisir secret des histoires simples et vraies.
Quel roman ! Fort, cruel, sauvage, tendre, authentique, généreux, mené au canon d'un fleuve de colère dont les eaux noires engloutiront tout de cette révolte aux mains nues, cette révolte à deux sous au pays des canuts et de la soie. Inoubliable Pataro ! Dresseur d'animaux, contrefait, les membres brisés et recollés à l'envers, cerné de chats, d'oiseaux et de rats, il court la ville de la Colline qui prie à la Colline qui travaille, du quartier où vivent ceux qui se nourrissent et s'enrichissent de la sueur des autres, à celui, puant de misère, de crasse et de malheur, où les hommes et les bêtes vivent dans une même fange. Entremetteur sublime et rusé, il tient tous les fils d'une histoire formidablement romantique qui charrie, au milieu des cris et des tumultes, des personnages spectaculaires, des foules déchaînées sous un décor impressionnant. Jamais l'intérêt ne cède. Toujours en mouvement, ce roman nous livre sans grandiloquence mais avec force et beauté les secrets d'un peuple et d'un lieu portés à blanc. Ce livre a une âme. Un très grand Clavel.
« Je suis un vieil homme habité par la guerre. Chaque fois que j'ai cru pouvoir m'éloigner d'elle, un événement est survenu qui l'a lancée à mes trousses. Vieux chien hargneux, elle s'accroche à moi et refuse de me lâcher. Mais je ne sens rien de féroce dans sa ténacité. Son grognement est presque un murmure d'amitié. Alors je le caresse. Il ouvre sa gueule et, sans hâte, il me précède. Je le suis. Je sais très bien qu'il me conduit sur le sentier des guerres que nul ne saurait vraiment oublier. Des sentiers où m'ont précédé nombre de mes camarades aujourd'hui disparus. Et si j'éprouve ce soir le besoin de me remémorer ce temps, c'est moins pour le plaisir d'en retrouver le parfum fané que par besoin de revivre certaines heures avec des êtres dont le souvenir continue de me hanter. Des visages et des voix sont là qui s'accrochent à moi et refusent de me laisser poursuivre ma route en paix. Avec ces vivants, j'ai partagé des années lumineuses mais aussi des jours sombres. Avec eux, j'ai souffert et été heureux. Quel qu'en soit le prix, je dois revivre ces heures. Je le dois à tous ceux qui sont morts alors que la vie s'ouvrait devant eux, lumineuse et sereine. » Bernard Clavel
Arrivé au terme de sa longue traversée du Royaume du Nord, Bernard Clavel, la nostalgie au coeur, reprend son chemin, une dernière fois dans ces immensités blanches où hurle un vent à nul autre pareil. Le « Nordet » souffle sur ses pages qui chantent en forme d'apothéose et de chute, l'esprit des indiens Wabamahigans, leur résistance face aux bâtisseurs de la Baie James et leur lente agonie sur la terre où les avait menés la légendaire Tiska à la poursuite d'un loup blanc. Seule la mort évitera au chef Mestakoshi de voir, de sa tente traditionnelle, son fils et son arrière-petit-fils parmi les Indiens alignés devant le magasin général déchirant à longueur de jour des billets de bingo. Bernard Clavel nous dévoile l'envers d'une épopée. Avec passion, sans manichéisme. Il nous montre du point de vue de ceux qu'on appelait « les maudits sauvages » un des drames les plus poignants des temps modernes : la disparition d'un monde, d'un peuple sous les coups de boutoir de la civilisation. Jamais il ne fut plus inspiré, plus attachant, plus fort.
Roman drame. Huis clos. Une fille et des hommes costauds face à des soldats de l'Empire et à des policiers du Royaume. Tout se passe en une nuit terrible sur un Rhône en crue. La Table du Roi, c'est ce rocher à fleur d'eau, au milieu du fleuve : là où patron Mathias a amarré sa barge alors que Napoléon vient de débarquer à Golfe-Juan et monte vers la capitale. Quelques heures seulement qui décideront du sort de ces bateliers aux prises avec l'Histoire.
Halée par une vingtaine d'hommes, une lourde barge remonte le Rhône. À son bord, un prisonnier : Brutus, farouche taureau camarguais. Ils vont monter jusqu'à Lugdunum. Orgueilleuse cité romaine, capitale des Gaules. Là où l'on torture les Chrétiens. Vitalis, le patron de la barge, Blandine la jeune esclave, seront parmi les premiers jetés dans l'arène. Mais Brutus refuse d'être complice du mal. Avec le mousse qui porte en lui l'innocence et le courage, avec les compagnons du naute martyrisé, il va venger les Chrétiens victimes de la barbarie. Hommage au dieu-Rhône et au Dieu des Chrétiens, mélange de violence, de tolérance et d'amour, ce Brutus, magnifique et puissant, est tout entier baigné d'une foi exemplaire : celle de ceux qui ne se renient pas.
Depuis le jardin de mon enfance où je naviguais dans les branches d'un chêne, la mer m'a toujours fasciné. Qu'elle devienne le dépotoir du monde moderne me révolte. Aimant la mer, j'aime aussi les marins. Que certains d'entre eux soient victimes de quelques trafiquants criminels associés à des industriels sans scrupules me serre le coeur. Tous mes romans sont nés d'un choc, d'une émotion. A l'origine de Cargo pour l'enfer, il y a le drame vécu par l'équipage des bateaux chargés de déchets dont nul port ne voulait. Mais il s'agit d'un roman, c'est-à-dire d'une histoire que j'ai imaginée et située dans un univers où vivent des personnages également imaginaires. Reste cependant que m'habite une angoisse venue des menaces bien réelles qui pèsent sur notre monde.
Si ce roman a jailli de moi d'un trait, c'est à la manière du sang qui coule d'une blessure. La dernière ligne écrite, j'étais comme vidé de vie, avoue Bernard Clavel qui atteint là une force tragique, une puissance et une maîtrise uniques. L'intensité du drame est à la mesure de sa brièveté. Des mots simples et forts nous mènent dans ce pays aussi mythique que vrai, où les hommes, isolés de tout, perdus dans les brouillards d'une montagne toujours noire, enfermés dans leurs secrets, se dressent, rudes, fiers et sauvages.