Benjamin Lemoine
Benjamin Lemoine
Un avion du président de la République du Congo maintenu au sol dans un aéroport français. Une frégate de l'armée argentine immobilisée au Ghana. Les comptes bancaires de l'ambassade d'Argentine à Paris gelés. La Federal Reserve de New York perturbée dans ses activités... Ces coups d'éclat judiciaires, délibérément humiliants pour les États-souverains, répondent à une stratégie orchestrée par des financiers cherchant à recouvrir leurs créances. À chaque fois, il s'agit d'affronter ces souverains grâce à des moyens juridiques afin de les forcer à payer leurs dettes. Mais d'où vient ce pouvoir des financiers privés de traduire en justice des États et de saisir leurs biens ? Ce livre est le fruit d'une enquête exceptionnelle sur les professionnels de la poursuite de la souveraineté - juges, avocats, enquêteurs et chasseurs d'actifs, mais aussi hauts fonctionnaires -, dont le foyer d'action est situé dans les tribunaux de New York. L'auteur raconte comment il est devenu possible d'engager des procès contre les États qui, émancipés du joug colonial, nationalisaient leur appareil productif et expropriaient les investisseurs états-uniens. La diplomatie économique des États-Unis, main dans la main avec les marchés de capitaux, a veillé à défaire les alternatives promues par les pays du Sud global et à construire le droit de New York comme l'étalon mondial des deals et litiges financiers. Cette alliance entre le droit agressif et la finance radicale a contraint les pays à rentrer dans le rang du capitalisme mondialisé. Aujourd'hui, alors que le réchauffement climatique impose de grands changements politiques, les chasseurs d'États, s'ils ne sont pas désarmés, pourraient entraver les capacités de régulation économique, sociale, sanitaire ou environnementale des États.
Comment la dette de l'État s'est-elle installée au centre de la scène politique, au point d'y devenir omniprésente ? Ce livre original constitue la première enquête historique et sociologique sur les modalités concrètes qui ont peu à peu arrimé les comptes de la puissance publique aux intérêts privés de la finance. Une histoire de la dette méconnue et passionnante, qui offre une clé de lecture incomparable pour comprendre notre présent, tant français qu'européen.
La dette est devenue un outil de gouvernement de la démocratie. Si la crise sanitaire a ouvert une brèche dans les politiques qui lui sont liées, celle-ci risque vite de se refermer. Il est donc indispensable de s'armer pour bien argumenter face à ceux qui ne rêvent que de revenir à l'austérité.Les institutions publiques de la dette et de la monnaie (Trésor et Banque centrale) opèrent aujourd'hui comme une usine à garantie de l'industrie financière privée. Mais émettre une dette qui puisse satisfaire l'appétit des investisseurs mondiaux n'est pas sans risque pour la démocratie et s'accompagne de contreparties sociales, économiques et politiques qui sont négociées, à l'ombre de la vie politique, sur les scènes marchandes d'attestation du crédit.Le débat public se limite à une pédagogie rudimentaire : il faut payer la facture de la pandémie et, pour rembourser la dette, consentir à des sacrifices : travailler plus, augmenter les impôts sur la consommation (et non sur la fortune), renoncer à des services publics et des droits sociaux.Pour les pouvoirs publics, il faut " cantonner " le potentiel subversif de cette crise sans précédent. Réduite à un événement exceptionnel et exogène au capitalisme financier, la pandémie serait une parenthèse circonscrite qu'il conviendrait de refermer au plus vite sans tirer aucune leçon structurelle, avant de " retourner à la normale " d'un marché qui sert de garde-fou aux États sociaux et discipline les peuples dépensiers.