Arlette Pellé
Arlette Pellé
Au-delà d'une évolution évidente des pratiques depuis vingt-cinq ans, le Placement Familial d'enfants rencontre l'incertitude actuelle concernant l'enracinement de l'être humain : filiation, procréation, naissance et mort. À la lumière de l'évolution des représentations de l'enfant, de la famille, de la santé mentale, les praticiens et les institutions de placement se doivent de réfléchir à la place et au devenir de l'enfant en famille d'accueil - en accordant toute leur importance aux notions de bien-être, de réussite, d'accès à la parentalité -, de questionner avec rigueur lois, décrets et statuts de l'enfant, et ainsi de penser les champs des responsabilités, des pouvoirs et de l'autorité. Au risque d'aller à l'encontre des formules antérieures, « placer un enfant » n'est pas une opération de placement - même si c'est un investissement à long terme - mais une opération de déplacement. On propose à l'enfant de passer d'un espace privé, sa famille, à un espace public, la famille d'accueil devenue l'objet de tous les regards, de tous les contrôles, de toutes les évaluations et en même temps de beaucoup de solitude. Or, offrir à l'enfant en état de souffrance une place dans une autre famille, cela doit rester pour lui un véritable espoir de devenir « commun », c'est-à-dire un enfant ordinaire, parmi d'autres. Ainsi les acteurs de cette opération - psychiatres, psychologues, éducateurs, assistants sociaux, assistantes maternelles - ont à réfléchir à leurs fonctions respectives et à l'articulation des places qu'ils peuvent occuper conjointement. Loin d'être « comme un », de faire tous la même chose comme cela a pu être la tendance, la mise en scène des conflits donnera à l'enfant l'occasion d'être, comme tout un chacun, multiple et imprévisible, un peu plus capable de savoir d'où il vient et où il va.
Cet ouvrage questionne les remaniements du sujet et du lien social à partir des ruptures majeures dans l'Histoire. Les représentations du monde se transforment, la raison grecque, le monothéisme, la science classique correspondent à des mutations de pensée. La philosophie, la théologie, la psychanalyse constituent respectivement le savoir qui répond de ces nouvelles visions du monde. La psychanalyse resterait-elle aujourd'hui la seule ligne de résistance ?
D'un côté, les neurosciences et le cerveau, et, de l'autre, la psychanalyse et le sujet. Deux disciplines, habituellement fermées l'une à l'autre, voire antagonistes, deux logiques qui s'affrontent, celle de la rationalité scientifique et celle des lois du langage, et deux visions de l'humain ? Les réserves émises par les neuroscientifiques eux-mêmes quant à leurs avancées et leur reconnaissance de la complexité du cerveau passent inaperçues car les effets d'annonce largement médiatisés de ces travaux font émerger la figure d'un humain « neuro-enchanté ». Ce scientisme exerce une telle fascination que l'inconscient freudien passe alors pour un obscurantisme. Pourtant la science du cerveau (neurosciences) et la science du sujet (psychanalyse) ne peuvent pas s'ignorer. De Kandel à Damasio, de Edelman et Tononi à Naccache, la reconnaissance de l'oeuvre freudienne est unanime. Les savoirs et les technologies peuvent-ils fabriquer un nouvel humain, ni homme ni machine, hybride de systèmes électroniques et de corps biologique ? L'expérience subjective, les faits psychiques sont-ils rapportables à l'activité cérébrale, à la vie de la matière ? Cet ouvrage montre que la psychanalyse joue le rôle de limite à la tentative d'objectivation de l'humain mais que des chemins s'ouvrent pour trouver des connexions entre la science du cerveau et la science du sujet sans que l'un ou l'autre champ de savoir y perde sa spécificité.
Le placement familial, figure de l'échec parental est aussi la figure la plus ancienne de la parentalité moderne. Neuf ans après la loi de 1992 qui marque la professionnalisation des assistant(e)s maternel(le)s et la reconnaissance de la dimension thérapeutique de cet accompagnement, quelle analyse, quelle critique, quels enseignements permettent de repenser les pratiques qui doivent aujourd'hui s'inventer pour répondre de façon diversifiée à des situations familiales de plus en plus complexes, et à l'accueil d'enfants en très grande souffrance ?