Anny Cordie
Anny Cordie
De sa place d'analyste, Anny Cordié a écouté les adultes qui s'occupent d'enfants et d'adolescents. Chacun détient un savoir qu'il voudrait transmettre. Chacun rencontre des difficultés. Sur quels obstacles et sur quelles limites butent-ils ? « Copyright Electre »
Arrivée en fin de vie - 90 ans -, Anny Cordié veut revisiter son passé d'analyste. À la relecture de ses livres et de ses écrits, conférences, articles, etc., elle a souhaité leur donner un nouveau départ. Elle a retenu, par exemple, plusieurs analyses d'enfants, de leur petite enfance à leur adolescence, fait un long trajet sur les pulsions, Eros et Thanatos, et posé un nouveau regard sur la madeleine de Proust et le monde des arts avec Picasso.
Lorsque ses parents la conduisent pour la première fois chez l'analyste, Sylvie à trois ans. L'angoisse, la terreur l'habitent : elle ne tolère aucun contact ; il est quasiment impossible de la laver, de la coiffer, tant elle hurle. Ses parents ont déjà consulté de nombreux spécialistes, et l'enfant a subi de multiples examens neurologiques, qui n'ont permis de détecter aucune anomalie ; les tests psychologiques se sont par contre révélés tous « catastrophiques ». Le corps médical est unanime : il s'agit d'un grave retard de développement, qui nécessite une prise en charge à vie dans un hôpital psychiatrique. En désespoir de cause, les parents décident de consulter une célèbre psychanalyste parisienne, qui s'occupe avec succès d'enfants gravement atteints. Plutôt pessimiste, elle les adresse cependant à Anny Cordié pour que leur enfant commence une psychanalyse. Un enfant devient psychotique est le récit de cette cure, qui durera huit ans. C'est aussi la tentative de définir, à partir de l'enseignement de Jacques Lacan, l'origine, la structure et le traitement possible de la psychose.
L'auteur nous parle de son enfance à Saint-Céré dans les années trente. Née dans une famille de petits commerçants aux origines paysannes, elle évoque un temps à la fois proche et très lointain. Une communauté ancrée sur cette terre du Haut-Quercy depuis des siècles reprend vie sous sa plume avec ses coutumes, sa solidarité obligée, ses préjugés, sa morale collective, ses personnages pittoresques et ses inquiétudes à l'aube de la modernité. Son récit porte essentiellement sur les dix premières années de sa vie dont elle garde un souvenir très vif. A travers ce récit on devine l'origine de sa " vocation " de médecin et de psychothérapeute. Il y a chez cette petite fille une curiosité insatiable à comprendre le fonctionnement des corps et de la pensée : qu'y a-t-il dans le corps des animaux morts ? que veut cette mère au comportement déroutant ? comment déchiffrer les mystères de deux langues souvent mêlées, le patois et le français ? L'école est heureusement là pour donner du sens, dire les règles, répondre aux interrogations et soutenir le désir de savoir. L'enfant a jamais perdu que l'on garde en soi est porteur du destin de toute une vie. Lever une part de cette " amnésie infantile " libère l'imaginaire et conduit à une nouvelle approche des êtres et des choses. Ce livre veut aussi être une invite au lecteur à revisiter sa propre enfance.