Annie Ibrahim
Annie Ibrahim
Comment rendre compte de la génération de la forme, lorsque le difforme et l'informe conjuguent avec elle leurs puissances dans le processus de formation des êtres vivants, des oeuvres d'art, des génies, des comportements éthiques et politiques, ainsi que des figures de style et d'écriture ? À l'écart des systèmes et des abstractions de la tradition philosophique antérieure, Diderot réévalue l'idée de forme et reconfigure l'idée de nature, selon l'inspiration matérialiste de sa philosophie. Il parvient ainsi à construire l'alliance féconde des savoirs positifs et de l'imagination naturante. Cette réappropriation matérialiste de l'idée de forme, permet d'en comprendre l'usage dans la philosophie naturelle, l'art, la littérature, l'éthique et la politique. Est ainsi mise en évidence l'aptitude heureuse de la forme à épouser le mouvement et la singularité, à penser la métamorphose, et à dire la génialité de la puissance inventive de la nature où prolifèrent les variétés inédites.
Les 17e et 18e siècle européens avaient été relativement accueillants à la philosophie et à la littérature orientales, à la science arabe, à l'Islam et au christianisme oriental. Au contraire, le 19e siècle européen, entre conquêtes et colonisations, a ouvert une ère d'incompréhension et de mépris dont nous portons encore aujourd'hui les stigmates. En s'inscrivant en faux contre ce fracas d'intolérance, il convient de redonner la parole aux penseurs des Lumières orientales de la Renaissance arabe ou Nahda du 19e siècle sans oublier leurs précurseurs du haut Moyen-Age.