Anne Loesch
Anne Loesch
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Tunis, années 1960. Frédérique, 16 ans, refuse de se plier aux attentes de sa mère, qui rêve d’en faire une pianiste dodue.
Alger, 1962 : une jeune étudiante pied-noir se bat pour sa terre et son identité. La valise et le cercueil raconte son combat aux côtés de Jean Sarradet, entre espoir et désillusion, au cœur de la fin tragique de l’Algérie française.
Sarah, sans le savoir, avait son Ordre : la danse. Étoile à l'Opéra de Toulouse, elle dormait bien la nuit. La maladie vient interrompre le rituel et l'amène à vivre à Paris, pour consulter. Ce temps vide, sans barre, sans autre objet que de guérir, elle l'emplit d'une liaison peu compromettante. A la rentrée, elle dansera « Petrouchka ». Antoine, avocat doué pour l'ennui, a dix ans de plus, une épouse parfaite, un fils. Il habite le XVIe. Il écrit en se félicitant de n'avoir rien à dire, il joue aux échecs : sa drogue. Sarah lui offre une plaisante diversion, mais ne tarde pas à l'irriter. C'est une double aliénation que nous suivrons pas à pas. L'inoculation de l'esprit dit « parisien », scepticisme et mélancolie, bavardage et whisky, la grande peine à se lever, le matin - à quoi bon ? - sur un esprit vite dérouté par le sentiment de son infériorité. L'incubation d'une maladie qui devient réelle dès lors qu'on la soigne, redoutable parce qu'on la craint. L'obsession des crises, des diagnostics, des traitements, des calmants, des rechutes, le naufrage dans une mentalité de malade. « Et si tout cela était de ma faute ? »... Les méfaits de la médecine psycho-somatique. Amour, souffrance physique, rêves : « en septembre, Petrouchka », la fuite. Une danseuse qui perd pied en perdant sa passion, qui se retrouve encombrée de son temps, de son corps, privée de sens. Un égoïste qui se prend pour un dresseur de fauves. Un couple, un être qui partent à la dérive. Une histoire déprimante, comme sait en écrire la vie, mais contée avec le talent allègre, doux-amer, d'une romancière à qui la vie a appris à écrire.
Odessa, 1905. Sous les canons du cuirassé Potemkine, le jeune Julius Levson découvre sa vocation de peintre dans une ville déchirée par la révolution et les pogroms.
Au dernier acte de la tragédie algérienne, Anne Loesch publiait en 1963 La Valise et le Cercueil, « document historique de premier ordre » selon J.-R. Tournoux, qui nous fait découvrir « les petits frères de Camus égarés dans la lutte des clans et des gangs ». Échappée de cet univers cruel, Anne Loesch était déjà en puissance la romancière de vingt-deux ans que nous révèle aujourd'hui Le Tombeau de la Chrétienne. Dans l'exode algérien, la débandade des commandos O.A.S. s'inscrit comme un épisode où le burlesque se mêle au déchirant. Pour Catherine et pour André, frères et soeurs jetés en France, lui avec « ses hommes », elle la tête encore pleine de soleil et de mer, commence alors une sorte d'intégration à rebours. Jeune dieu fatigué, André se perd dans ce pays de brumes, se démène parmi ses nouveaux compatriotes. Catherine, de la Sorbonne au journalisme, de la passion méditerranéenne au libertinage incertain, découvre les frivolités de la vie française. Parfois ingénument féroce, parfois doux-amer, Le Tombeau de la Chrétienne est aussi le premier roman vécu du drame tragi-comique de l'exil des Français d'Algérie.
Pour Jacques Dombasle, gynécologue et amateur de peinture, toutes les femmes sont des bêtes à plaisir et « à chagrin ». Parce que c'est la sienne, Bernadette fait exception. Depuis quinze ans, tous les deux forment ce qu'on appelle un couple « moderne » (et modèle) libéré en apparence des tabous sexuels et des conventions sentimentales. Une « libération » qui ne sert, en réalité, que l'égoïsme de l'homme, son goût de l'aventure et du changement. Quelle femme saurait l'accepter, les yeux ouverts et le coeur fermé ? Si Bernadette profite de son indépendance, Jacques se réfugie dans la dépression. C'est un chassé-croisé de mauvais tours et de bonnes intentions, une ronde de couples dépareillés où chacun se poursuit, se désire et se repousse. Sur un ton de comédie, menée tambour battant, avec un sens étonnant du dialogue, tout en pointes cruelles ou cocasses, Anne Loesch nous donne une analyse - sans pitié - d'un certain malaise contemporain. Une « danse de mort » où l'amour cherche sa place.
- Tu vois comme elle est ! marmotta Fabrice. J'en ai marre, mon gars, j'en ai marre. Des sanglots lui coupèrent la voix. Il alla quérir son fusil, et redescendit sur la pointe des pieds. Il se posta derrière la porte de la cuisine, où sa mère rinçait la vaisselle, il visa soigneusement et appuya sur la détente. Qui est Fabrice ? Une promesse. Une bulle qui s'avance, le nez en l'air et l'oeil en coin, entre un père et une mère qui le croient indifférent à leurs défaites. A neuf ans, on porte des moustaches en chocolat et des chaussettes en tire-bouchon. On ment, on pleure, on brûle. On rêve. Le meilleur et le pire. Brigitte, qui ne parvient pas à rompre le cordon ombilical, Philippe qui se rassure en mettant son fils échec et mat, découvrent que Fabrice les observe. Les juge. Neuf ans, le crépuscule de l'enfance. La dernière chance du naturel avant le conformisme et la révolte. Anne Loesch réussit là un étonnant portrait d'enfant qui efface tous les "clichés" de la mode comme de la tradition. Frère du Petit Trott et de Poil de Carotte, Fabrice ne ressemble à personne. Il nous entraîne à travers les années-lumière du premier âge et nous parle d'un monde que nous avions perdu.