Anne Augereau
Anne Augereau
Depuis quelques années, les femmes préhistoriques suscitent un intérêt inédit de la part du grand public et des médias. Cet intérêt résonne avec les débats contemporains sur la place des femmes, sur le chemin parcouru et celui qui reste à accomplir pour atteindre l'égalité des sexes. Pour la préhistoire, l'enjeu est d'identifier quand et comment le patriarcat a émergé, de repérer les éventuels points de bascule et, ce faisant, de connaître notre passé pour mieux agir sur le présent. Préoccupation politique et progrès de la connaissance se rejoignent ici et s'enrichissent mutuellement. Dès lors, une question s'impose avec acuité : la domination masculine existait-elle à la préhistoire ? Si oui, depuis quand et sous quelles formes ? Des données permettent aujourd'hui de documenter différents aspects de la vie des individus préhistoriques (unions, maternité, santé, alimentation, activités, affichage du statut et du pouvoir, apprentissage du genre, phénomènes de violence...), avec des degrés de précision variables selon les effectifs disponibles et les régions du monde.En s'appuyant sur l'ensemble des ressources archéologiques accessibles pour une vaste zone - de l'océan Atlantique à l'Oural et du bassin arctique jusqu'à la Méditerranée -, cet ouvrage met en lumière les dynamiques fondamentales des relations entre hommes et femmes du Paléolithique moyen au Néolithique.De manière inédite à une telle échelle, ce livre dresse un état des connaissances sur la condition des femmes préhistoriques, à travers une démarche résolument ancrée dans une réflexion sur le genre.
La domination masculine est un fait quasi universel : plus de 80 % des groupes humains sont patrilinéaires et à fort pouvoir masculin. Le Néolithique, qui voit l'émergence de l'agriculture et de l'élevage, est sans doute une des périodes parmi les plus importantes pour comprendre comment et pourquoi nos sociétés sont encore aujourd'hui ainsi configurées. Examiner comment se constituent et interagissent les deux catégories sociales fondamentales que sont celles des femmes et des hommes lors du passage au statut d'agriculteurs-éleveurs sédentaires représente un enjeu majeur dans la recherche des origines des inégalités. Les rapports de genre au Néolithique ont été encore peu explorés. Il faut néanmoins se montrer prudent, et fonder les conclusions sur ce que disent les données mobilisées. Or, le genre n'a d'existence que s'il s'accomplit, s'il est visible. Il se matérialise par des attributs, des postures et des gestes, par des habitudes, par la manière de conduire des activités. Cette matérialité bénéficie à la discipline archéologique dont le support principal est l'analyse des productions matérielles des humains sous toutes leurs formes : parures, costumes et outillages, modes alimentaires, activités de subsistance, etc. L'une des premières cultures néolithiques européennes, le Rubané, se prête parfaitement à une telle approche : de nombreux caractères de cette société sont connus et peuvent être mobilisés pour faire ressortir les premières informations qu'il est possible d'énoncer sur les conditions des femmes au Néolithique.