André Zysberg
André Zysberg
Voici l'aventure d'un trio improbable, parti de Marseille en 1707 chercher fortune dans les Indes occidentales. Sous la direction du capitaine-corsaire Jean-François Doublet, le Saint-Jean-Baptiste dit le Lévrier, armé par le négociant Jean-Baptiste Bruny, se lance à la conquête des richesses du Pacifique, avec, à son bord, le père Louis Feuillée, moine minime et astronome. Les archives, les mémoires, les livres de bord et de comptes permettent de reconstituer, comme jamais, ce périple de plus de trois ans, avec ses tempêtes, ses corsaires, l'escale sur le Rio de la Plata, le franchissement périlleux du cap Horn, le cabotage le long des lointaines côtes du Chili et du Pérou. Là, dentelles, rubans, chandelles, tissus, toute la « pacotille » se change en piastres et lingots d'argent. Avec cette épopée, l'histoire de France apparaît sous plusieurs facettes. Histoire économique, histoire sociale, histoire scientifique, mais aussi histoire locale, avec l'ouverture d'un port, Marseille, à l'économie-monde, et le destin collectif d'une ville. Plus qu'un livre, un roman.
Comment l'essor de la marine a joué un rôle moteur dans l'émergence de la France moderne. L'identité maritime de la France s'est façonnée au fur et à mesure que la monarchie capétienne portait ses limites vers le littoral de l'Atlantique et de la Méditerranée. Des provinces telles que la Bretagne ou la Provence ne sont pas intégrées à la France avant le XVIe siècle, voire le milieu du XVIIe siècle dans le cas de la Flandre et du Roussillon. Le long règne de Louis XIV (1643-1715) représente à cet égard une époque de mutation du vieux royaume terrien. C'est le siècle du développement de la marine royale qui tient tête aux puissances maritimes de l'Europe du Nord-Ouest, de l'essor des pêches lointaines vers les bancs de Terre-Neuve, des exploits réalisés par les corsaires de Saint-Malo et de Dunkerque, de l'expansion du commerce vers le Levant et les Antilles, des premiers voyages dans la mer du Sud (le Pacifique). Les portes de la mer s'ouvrent à coups de décisions politiques et de grands projets portuaires, comme à Lorient, Rochefort ou Sète, autant de ports qui sont fondés au cours des années 1670, tandis que Brest, Toulon, Dunkerque et Marseille sont remodelés par des architectes et des ingénieurs de talent, tels Vauban. Une grande synthèse qui offre aussi une histoire de la vie quotidienne des marins du Grand Siècle.
Nouvelle histoire de la France moderne1. Janine Garrisson, Royauté, Renaissance et Réforme (1483-1559)2. Janine Garrisson, Guerre civile et Compromis (1559-1598)3. Yves-Marie Bercé, La Naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1661)4. François Lebrun, La Puissance et la guerre (1661-1715)5. André Zysberg, La Monarchie des Lumières (1715-1786)
À l'apogée du règne de Louis XIV, vers 1690, Marseille abrita dans son port la plus puissance flotte de galères de guerre de la Méditerranée. Avec sa superficie de neuf hectares, son impressionnant ensemble de bâtiments, de magasins et d'ateliers, son canal intérieur, ses quelque quarante galères qui mouillaient dans la rade et sa population d'une dizaine de milliers d'hommes de chiourme, le quartier de l'arsenal était à lui seul une véritable ville dans la ville. Cette population, issue de toutes les villes de France, comprenait aussi bien des voleurs, des assassins, des vagabonds, que des déserteurs, des paysans révoltés de Normandie et des camisards des Cévennes... Ces forçats à casaque rouge firent alors partie du paysage marseillais. On les voyait sur les galères, le long du quoi où ils trafiquaient et débitaient leurs petites marchandises dans des baraques ; mais on les rencontrait aussi dans la ville où plusieurs milliers d'entre eux besognaient dans les ateliers et les fabriques, de l'échoppe du cordonnier à la savonnerie. Les pierres de l'arsenal ont aujourd'hui disparu mais, grâce à l'exploration de musées, de bibliothèques et à l'étude d'importants dépôts d'archives laissées par l'administration de Louis XIV qui avait "la religion du détail", André Zyberg, chercheur au C.N.R.S., restitue ici quelques-unes des pièces maîtresses du puzzle que constituait alors cette cité des galères...