André Mach
André Mach
En juillet 2015, Tidjane Thiam devenait directeur général du Crédit Suisse. La nomination du dirigeant franco-ivoirien a eu un immense écho, un journal parlant même "d'effet Obama". Une telle nomination aurait été impensable il y a trente ans. Ce livre offre, pour la première fois, une synthèse portant sur l'évolution du profil sociologique des dirigeants économiques et leur organisation collective en Suisse au XXe siècle. Le goût prononcé de ces derniers pour la discrétion et l'opacité des entreprises ont longtemps entravé toute étude systématique. Deux périodes distinctes se dégagent. Jusqu'aux années 1980, malgré l'expansion internationale des grandes entreprises suisses, leur contrôle restait fermement entre les mains d'élites nationales, dont l'archétype était un homme de nationalité suisse, souvent lié à la famille fondatrice, officier, formé en droit ou en sciences de l'ingénieur, siégeant dans de nombreux conseils d'administration, membre d'organisations patronales et entretenant des liens étroits avec le monde politique. Depuis les années 1990, la composition et le fonctionnement de ces élites se sont profondément modifiés. L'arrivée de nouveaux dirigeants au parcours cosmopolite, en termes de formation ou de carrière, a diversifié le profil des élites suisses. Cette évolution se répercute sur l'organisation du patronat et ses rapports aux autorités politiques.
Qui règne sur les grandes villes suisses ? Les partis de gauche, les dirigeant ·e·s des principales banques, ou plutôt les anciennes familles patriciennes ? Cet ouvrage aborde ces questions dans une perspective longue en offrant de nouvelles et stimulantes perspectives sur l'histoire des élites. En ouvrant la voie à une histoire transnationale des élites locales, il explore aussi les ramifications de ces élites à diverses échelles spatiales. En raison de la décentralisation de son système politique et économique, combinée à l'internationalisation précoce de ses entreprises, la Suisse constitue un cas exemplaire pour penser les tensions entre l'ancrage local des élites urbaines, leur intégration nationale et leurs connexions transnationales. À partir d'une base de données recensant près de 10 000 élites académiques, culturelles, économiques et politiques à Bâle, à Genève et à Zurich de la fin du xixe siècle à nos jours, ce livre analyse l'évolution des réseaux de pouvoir des trois villes, le rôle central de certaines familles patriciennes ainsi que les lieux de résidence de ces élites. Il met également en lumière le rôle central de certaines institutions dans la cohésion de ce groupe social. Le livre retrace ainsi le passage d'une élite homogène et fermée à la fin du xixe siècle à une élite fragmentée et diversifiée au début du xxie siècle, au sein de laquelle les femmes, les étranger·ères et les élu·es de gauche ont pu trouver une place.