Albertine Sarrazin
Albertine Sarrazin
Née à Alger en 1937 de père et de mère inconnus, Albertine Sarrazin est élevée par l'Assistance publique jusqu'à l'âge de quatre ans où elle est adoptée, puis emmenée en France. A la suite d'incidents provoqués par son « ardeur à vivre », elle est placée dans une maison d'éducation surveillée, d'où elle s'échappe au moment des épreuves du baccalauréat. Elle monte à Paris, y vit en hors-la-loi, est arrêtée et condamnée en 1955 à sept ans de réclusion après un hold-up. En 1957, elle s'évade, rencontre Julien Sarrazin qu'elle épouse plus tard en prison ; puis c'est la libération, deux arrestations encore... En 1964, une autre vie s'annonce pour elle après la parution de L'Astragale et de La Cavale en 1965 qui obtiennent un grand succès de librairie. La Traversière est publiée en 1966, et bien accueillie également. Albertine Sarrazin meurt le 10 juillet 1967 au cours d'une opération chirurgicale. Le prix des Quatre-Jurys a été décerné à ses deux premiers ouvrages, L'Astragale et La Cavale.
« Le ciel s'était éloigné d'au moins dix mètres. » Ce sont les premiers mots de ce livre culte, récit de la cavale d'une jeune fille qui, dans sa fuite, se brise un os nommé astragale. La route d'Anne croise celle de Julien, qui deviendra l'amour de sa vie. Tous les deux parlent le langage des prisons. De planque en planque, de rencontre en rencontre, la fugitive lutte pour sa fragile liberté. Quoi qu'il en coûte, chaque rayon de soleil est à prendre. Entre argot, trouvailles poétiques et humour, Albertine Sarrazin offre une oeuvre romanesque dont la vitalité littéraire défie le temps. Née en 1922 chez Fayard, remise à l'honneur aujourd'hui, la collection « Oeuvres libres » a accueilli les plus grands noms de la littérature française et étrangère.
"Je n'ai rien contre les voleurs, pas même les voleurs de gosses. J'admets très bien que l'adoption puisse faire le bonheur des petits et des grands, j'admets qu'on birfurque dans l'élevage lorsque le chemin de la maternité vous est barré, au risque que l'enfant volé ou acheté ou choisi gracieusement dans les parcs de l'A.P. ne s'avise rapidement de l'évidence de la triche, pour peu qu'il ait (comme c'était et c'est toujours mon cas) le caractère tocard et l'esprit tordu ; j'admets même que les parents remettent le gosse où ils l'ont pris lorsque le rôle de nounou a cessé de les arranger : vive l'adoption, vive a révocation, vive l'enfance, donc. L'expérérience la plus ratée et la plus navrante que je connaisse dans le genre - la mienne - ne m'autorise pas à en condamner les éléments : j'étais une enfant remarquable et ils étaient d'admirables parents ; seulement, qui maldonne perd sa donne. A ces souvenirs-là, je n'aime pas beaucoup penser ; j'en parle du bout des lèvres avec agacement ou ennui : le jour où je me suis avisée du monde réel et sans rêve qui m'entourait, mon enfance est devenue un paquet de lambeaux tristes. Oh et puis parlons-en quand même".
Ce volume se présente comme un parfait pendant à la biographie d'Albertine Sarrazin par Jacques Layani aux éditions de l'Archipel (21 septembre), qui fait plus d'une fois référence à ce corpus, donné ici à lire en son entier.