Alain Boulaire
Alain Boulaire
Qui était le découvreur îles Kerguelen en 1752 ? Officier, géographe, membre de l'Académie de Marine, corsaire, l'énigme Kerguelen dévoilée. Issu de la noblesse bretonne, Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec est né en 1734 dans l'actuel Finistère et mort en 1797 à Paris. Officier de marine et navigateur célèbre du XVIIIe siècle, il découvre les îles de la Désolation, dans le sud de l'océan Indien, auxquelles l'explorateur anglais James Cook donnera ensuite le nom d'archipel des Kerguelen. Celui-ci fait toujours partie de la France aujourd'hui, au sein des Taaf, les Terres australes et antarctiques françaises. La vie de Kerguelen est un véritable roman et l'historien Alain Boulaire le raconte ici avec une rigoureuse une verve incomparable : le contexte familial, qui le conduit à une formation d'officier de marine et au commandement de nombreux vaisseaux au cours de sa longue carrière. Puis, après une solide expérience des batailles navales contre les Britanniques (guerre de Sept ans), ses campagnes dans l'Atlantique-Nord, sa passion des cartes et des relevés hydrographiques donnent l'occasion à ce marin d'exception de se distinguer aux yeux de l'Académie de Marine, qu'il intègre en 1763. Comme souvent en son temps, il est aussi un savant curieux des sciences et des arts et composera plusieurs ouvrages de référence durant sa vie. Mais ce sont les deux expéditions montées pour prendre possession d'un hypothétique continent austral inconnu qui feront sa réputation. Lapérouse rapporte que Kerguelen « fut reçu en France comme un nouveau Christophe Colomb » en 1772. Mais les choses ne tourneront pas comme il le pensait et c'est le Conseil de guerre et 6 ans de forteresse qui l'attendront à son second retour à Paris en 1775. Il faut dire que Kerguelen est aussi un aventurier et un opportuniste, qui s'enrichit par la traite des esclaves, embarque sa maîtresse déguisée en mousse, commet des frasques... Libéré, il se fera corsaire, participera à la guerre d'indépendance américaine et réintégrera la Marine révolutionnaire après la chute de l'Ancien Régime.
Des 1038 Compagnons de la Libération, une des plus prestigieuses décorations françaises, près d'une centaine sont bretons. Dont le plus jeune de tous, 14 ans, mais aussi la ville de Nantes, l'île de Sein...
Si l'archipel des Kerguelen est connu, sait-on que ce nom fut donné par le célèbre navigateur anglais Cook, en hommage à l'un de ses confrères breton qui, en 1773, avait découvert ces îles australes ? Yves-Joseph de Kerguelen-Trémarec est un officier de Marine savant et érudit, un parfait représentant du siècle des Lumières, servant dans une arme dont la haute technicité nous étonne encore aujourd'hui. La navigation, au XVIIIe siècle, se fait à bord de voiliers remarquables, conçus par les ingénieurs-constructeurs et bâtis dans des arsenaux comme celui de Brest, pour la Marine du roi. L'hydrographie et la cartographie sont de plus en plus rigoureuses, grâce à des officiers comme Kerguelen. Mais ce qui frappe le plus chez ce gentilhomme breton, c'est sa soif de vivre, son goût pour l'aventure, et son amour de la Marine et de la patrie. De Landudal, où il est né, il commence à servir à Brest, après des études solides à Quimper. Il va alors de Dunkerque à Rochefort - en passant par Port-Louis - de Saint-Domingue à l'Île Maurice - en passant par Bergen - mener une vie passionnante et féconde. Il atteint le sommet de la gloire lorsque Louis XV le récompense pour avoir donné au royaume la France australe. Mais la roche Tarpéienne est proche du Capitole et, après un second voyage au cours duquel il brave tous les interdits, Yves-Joseph de Kerguelen-Trémarec est jugé par un Conseil de guerre, qui le chasse de la Marine. Réintégré lors de la guerre d'Indépendance, mais hors de la Marine du roi, il va alors connaître tour à tour nouveaux départs et échecs immérités comme si, désormais, la fortune se refusait à lui. Cependant, sans jamais baisser les bras, il continue à oeuvrer pour la France et pour sa Marine pendant la difficile période de la Révolution et, tel le fabuleux phénix, il semble toujours renaître de ses cendres. Cette vie est donc un roman fantastique, que le plus imaginatif des auteurs aurait eu scrupule à écrire, tant il est plein de rebondissements, d'ombres et de lumières.