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Saucisse ouvre sa gueule
Découvrez les chroniques mordantes de Saucisse, le chien reporter le plus célèbre de Marseille, qui décrypte avec humour et impertinence les primaires socialistes et les travers de la politique française.
Les Chroniques du célèbre chien reporter
UN PARI PRIMAIRE
Nous, les chiens, pour choisir entre deux trous du cul, nous n'avons qu'à les renifler... Pour vous, les hommes, tout est toujours plus compliqué, et le choix d'un chef de meute est rapidement une affaire d'État ! Car avant même de gouverner un jour sans partage sur la gent bipède, il faut déjà être élu parmi les siens, un peu comme si bassets, caniches ou chiens courants, devaient d'abord se choisir chacun un porte-ouah afin d'espérer en récolter davantage... et devenir peut-être le chef de tous les chiens. Ça s'appelle des primaires, une élection avant une élection...
La meute des socialistes, après celle des écologistes, va bientôt procéder à sa primaire : ça se passera en octobre et ce sera l'occasion d'un pari risqué ! En effet, et voilà une première, la primaire socialiste sera ouverte à tous les Français, bien au-delà de ses seuls militants..., voire même de ses sympathisants ! Car pour un euro, un investissement minime dans l'avenir de ce grand pays, chacun pourra glisser une enveloppe dans l'urne. On se demande alors ce qui pourrait empêcher les autres partis de faire de l'entrisme et de s'emparer des rênes de cette primaire ? A leur place, je me gênerais, qué!...
Rien dans le principe ni dans les faits n'interdit en effet à L'U.M.P ou au F.N, par exemple, de saboter cette élection pittoresque, en influençant les suffrages de façon telle que ce soient ceux qui auraient à l'affronter dès le premier tour qui choisissent en réalité le candidat socialiste. Lui interdisant même l'accès au second... Il suffirait à l'ennemi de décider de jeter ses légions dans les urnes pour fausser la bataille et en sceller le sort à son avantage !... Ce n'est pas le choix qui manque des outsiders, selon que l'on préfère se colleter avec l'extrême droite ou l'extrême gauche de la baleine rose. Déboulonner les statues de commandeur, projeter un candidat socialiste de seconde zone à l'avant-garde d'une élection qu'il n'ait aucune chance de remporter, serait un bien vilain tour à jouer à la démocratie, jugeront certains, mais en politique tous les coups sont permis. Je connais un roquet qui doit ronger son frein... Qui doit y penser le matin en se rasant... La bonne blague ?... Ce serait peut-être sa dernière chance, pour qui ne craint pas de gouverner en toute impopularité. Un coup de dès, une victoire par défaut... Mais une victoire annoncée !... Pourquoi pas ? Jacques Chirac avait bien montré que ce n'était pas impossible, qui s'était fait élire en son temps avec un score de dictateur africain, lors d'un second tour risible à plus d'un titre.
Pourtant, cette évidence n'arrivera pas. La tentation est déjà grande, mais personne ne passera à l'acte... Pas cette fois. La prochaine fois peut-être, à l'aune des regrets et de la défaite... Il y a toujours un Rubicon à franchir, qui sépare l'idée de l'action ! Mais quand le ver est dans le fruit, plus rien ne l'empêche de ronger la pomme... C'est tant mieux pour les socialistes, qu'ils s'élisent tranquillement entre eux pour cette fois ! Et s'ils nous accouchent d'un président présentable, ils auront leur candidat naturel tout désigné pour 2017 : sinon, je ne leur conseillerai pas de prendre une seconde fois le même pari...
LES LARMES DE L'HUISSIER
Il faut dire que cet été mon maître flirta avec une femelle du Nord... Ce qui nous valut de passer de petites vacances dans ce département où les humains parlent ch'ti et les chiens aboient comme partout ailleurs. C'est ainsi qu'au hasard d'une balade en automobile, dans l'idée arrêtée de déguster des moules-frites en bord de mer, attirés par quelque curiosité malsaine et touristique, nous fîmes un détour rapide par Outreau, pour voir... C'est tout vu ! En juillet comme en décembre, c'est triste et gris comme une souris morte, un désertique alignement de cités sans âme où l'on imagine aisément qu'il puisse se passer de drôles de choses...
Vous vous rappelez « l'affaire d'Outreau », on nous en a assez tartiné les oreilles à la télévision... ? Depuis mon panier aux pieds du poste, j'entendais surtout une voix se distinguer parmi les accusés, passés au rouleau compresseur de la justice. Celui qui pleurait et hurlait à la mort plus fort que tous les autres ! On lui avait tout pris, il avait tout perdu, c'était horrible !... Et c'était certainement horrible. Cette affaire a ruiné bien des existences, mais il semblait qu'elle s'acharna particulièrement sur lui pour qu'il se répande ainsi !... A moins que les autres, plus humbles, se montrèrent aussi plus dignes ... ? Ce monsieur, dont la voix nous hante encore, et qui se signala par la hauteur de ses lamentations, était huissier : j'avais cru comprendre que puisqu'il avait plus à perdre que tous les autres réunis, il semblait bien qu'il faille le plaindre davantage !
De ce chaos, doublé d'un fiasco judiciaire, hélas parmi tant d'autres, chacun des accusés d'Outreau se remet aujourd'hui comme il peut. La plupart ne demandant qu'à oublier et se faire oublier... Pour autant et pour l'observer de près, j'ai remarqué que votre monde appartient aux pleurnicheurs, et qu'on a toujours tout à y gagner à se plaindre. Ainsi notre huissier, qui avait tout perdu...Pour sa consolation et pour la nôtre, de son malheur au moins ce lettré aura-t-il pondu un livre, assurément aussi nécessaire que légitime, et aujourd'hui adapté au cinéma : c'est dans les salles, « Présumé coupable », ça s'appelle ! Exemplaire à plus d'un titre, car il conviendrait de tirer finalement la leçon d'Outreau... et des larmes dans les chaumières au passage, ce sera pas mal non plus. De même, chacun aura eu la satisfaction d'apprendre par médias interposés que notre huissier, sa vocation intacte, avait recouvré sa charge et qu'il pouvait reprendre son beau métier... Ce serait presque un happy end, s'il était possible d'être cynique en l'occurrence !
Mon maître, qui a sans doute un mauvais fond, car il n'a aucune compassion pour les larmes des huissiers, espère seulement que sa mésaventure incitera celui-ci à être demain plus sensible aux pleurs de ceux qu'il jette à la rue avec leurs meubles, leur existence à leur tour en miettes au nom de la justice... On peut rêver... Ce serait cependant le début d'un monde meilleur.
L'IRONIE DU SORT
Il n'est rien que j'aime autant qu'enterrer mes os, au cas où... Il ne reste souvent plus de viande autour, mais c'est un comportement atavique. Un peu comme vous, humains, qui vous aussi enterrez vos os depuis que l'homme et homme... Bien qu'on vous ait rarement vu les déterrer ensuite pour en ronger les lambeaux de chair. Non, pour votre espèce, dotée d'une très haute conscience d'elle-même, il s'agit plutôt d'un rite, un culte voué à la mort qui dépasse de loin ma vue terre à terre de la vie. Mais l'ironie du sort est telle qu'après avoir bien enterré nos os, vous comme moi nous finirons à notre tour par faire un charmant squelette. Quoiqu'il ne faille jamais désespérer du génie humain, toujours prodigue de trouvaille !... Ainsi une nouvelle solution vient-elle faire de la concurrence à l'inhumation : car avec 7 ou 8 milliards de bipèdes sur terre, ça ferait rapidement beaucoup de trous à creuser... On connaissait déjà l'incinération, qui vous cuit au four son bonhomme comme d'un rien, jusqu'à le réduire en cendres tel un vieux clope, il faudra compter demain sur son contraire, à savoir... la liquéfaction ! C'est la société écossaise Resomation qui a mis au point le procédé. Il consiste, grâce à un « Resomateur », donc, à dissoudre les corps sous pression, en les immergeant dans une solution d'eau et d'hydroxyde de potassium, chauffée à 160 °C (thermostat 4) pendant deux heures. Une technique garantie 100 % écologique, puisque l'on nous promet comme un encouragement que le liquide obtenu peut-être reversé dans le réseau des eaux usées ! Retour à la nature, rien ne se perd rien ne se crée... On jetait déjà d'un geste ample les cendres des disparus à la mer, il n'y aura bientôt plus besoin de boire la tasse mais simplement d'ouvrir le robinet pour s'avaler une gorgée d'ancêtre.
Cette innovation, je la mettrai en parallèle d'une autre merveilleuse invention, en cette rentrée fertile où les apprentis sorciers semblent déchaînés : savez-vous que l'on peut désormais produire de la viande synthétique ? Des scientifiques de l'université de Maastricht ont confié ces jours derniers qu'ils seraient en mesure de fabriquer des saucisses artificielles d'ici à quelques mois : ils utilisent pour cela des cellules de porc couplées avec du sérum de cheval, c'est-à-dire du sang débarrassé de ses cellules et des protéines de la coagulation, cultivées in vitro, de manière à se qu'elles se développent sous la forme de viande artificielle... Rien que ça ! On nous annonce déjà pour l'année prochaine les premiers steaks synthétiques ! Les zélateurs du développement durable pourraient trouver bien des avantages à cette découverte, mais j'y vois moi une autre promesse d'avenir que la chipo sans bilan carbone : quelque professeur Frankenstein pourrait bien demain se proposer de recoller cette bidoche autour de vos squelettes pour leur rendre vie, et tous vos problèmes d'élimination des os usés seraient alors résolus...
shield_question Frequently Asked Questions
person_edit À propos de l'auteur
Serge Scotto, né en 1963 à Marseille, est un auteur, journaliste, musicien et artiste pluridisciplinaire. Il est surtout connu pour ses chroniques satiriques signées par son chien Saucisse, teckel devenu célèbre pour ses tribunes dans la presse et sa participation à Secret Story. Scotto a publié de nombreux romans noirs, nouvelles décalées, et scénarios de bande dessinée, toujours marqués par un humour mordant et un regard critique sur la société. Son œuvre, souvent ancrée dans la culture marseillaise, explore les travers politiques et médiatiques avec une ironie unique.
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