Le Prince est un opuscule, comme il le définit, très lié à cette contingence de l’échec politique et du changement de politique qui intervient dans la République de Florence en 1512. Machiavel y expose, avec une franchise déconcertante, les moyens de conquérir et de conserver le pouvoir, sans jamais se réfugier derrière des considérations morales.
Le Prince
Écrit au cœur de la Renaissance italienne, Le Prince expose sans fard les ressorts du pouvoir. Machiavel y révèle comment conquérir et conserver l’autorité, mêlant pragmatisme et audace.
Mais, à cette époque, ce n'est pas parce que c'est « littéraire » que c'est de la littérature au sens où nous l'entendons. Jadis, le mot désignait toute production écrite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siècle ce livre se verrait évincé des grands éditeurs, rejeté par les distributeurs et méprisé des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de l'ouvrage serait un motif suffisant de dédain. Qui plus est à un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressé à Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant à la cruauté, la malice, la force et le volonté de puissance...
La dernière aberration, c'est que Machiavel semble, d'après la tradition, l'homme d'un seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou l'auteur du Prince. La périphrase semble quasi-homérique, une épithète de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. Poésies, théâtre, récits de voyage, réflexions sur l'histoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littéraire. Rien ne semble lui avoir échappé. Cette réédition est une invite à découvrir Machiavel et son oeuvre et non Machiavel et son Prince.
Enfin, ce qui donne une ultime valeur à cet inclassable traité, c'est qu'il réactive toute une philosophie qui ne sera jamais à la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostitués du savoir », comme les nommera avec tendresse Xénophon. On peut comprendre les réactions vives : Il n'y a rien à sauver chez Machiavel. Tout n'est que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou déjoués. Force, violence, cruauté, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de Callicès, la loi du plus fort.
Des générations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un précurseur républicain, presque démocrate. On lui emboîta la pas. La mal était fait. L'humble vérité, la jouissive révélation, est que Machiavel est irrécupérable. Pour cette raison là, il est urgent de le lire.
Ce texte reprend l'édition du traducteur Jean-Vincent Périès en 1825.
Avis aux lecteurs à la bonne conscience : ne pas lire ce livre.
Machiavel
shield_question Frequently Asked Questions
person_edit À propos de l'auteur
Nicolas Machiavel (1469–1527) est un philosophe, écrivain et homme politique florentin, figure majeure de la Renaissance italienne. Fonctionnaire de la République de Florence, il rédige Le Prince en 1513, après avoir été écarté du pouvoir. Son œuvre, marquée par un réalisme politique sans concession, a profondément influencé la pensée occidentale sur le pouvoir et la stratégie. Machiavel y explore les mécanismes de la gouvernance, mêlant analyse historique et conseils pragmatiques, et reste un auteur incontournable pour comprendre les enjeux du leadership.
newsmode Revue de presse
Machiavel, un cynique qui vous veut du bien : Le Prince est bien plus qu’un manuel de manipulation. Il s’agit pour lui d’un devoir intellectuel et politique, une tentative de comprendre et d’agir sur le monde tel qu’il est, non tel qu’on voudrait qu’il soit. Son ton direct et décapant a révolutionné la pensée politique.
Le Prince est un bréviaire intemporel de philosophie politique, où Machiavel, avec une plume aussi tranchante que les épées des conquérants qu’il décrit, nous invite à une réflexion sans concession sur la nature humaine et le prix du pouvoir. Son réalisme politique froid a donné naissance au terme 'machiavélique', souvent utilisé à contresens.