FOURNAISE prend acte de l'épuisement du sens tel que l'Histoire des vainqueurs nous l'inflige et quête une revitalisation de l'épopée minuscule.
Cette quête ne vise pas tant ici la difficile dialectique de la pesanteur et de la grâce (le concept et sa brèche poétique) que l'hypothèse d'une véritable « indistinction du récit et de la théorie » (Adorno, Notes sur Beckett) - et cela via l'exploration des formes les plus novatrices du genre romanesque, dans leur façon de fabriquer du roman tout en en explicitant les limites.
Ainsi, en adeptes du braconnage, nous n'hésiterons guère à puiser dans certaines techniques narratives - émeute de détails, flux de conscience, style bureaucratico-documentaire - en vue de traiter sur le terrain de la recherche poétique des problématiques aussi universelles et prosaïques que la répartition des tâches ménagères, la grossesse, la paternité, la mort.
FOURNAISE est à peu près tout sauf un roman - c'est le déploiement polymorphe et balbutiant d'un presque rien auquel nous tenons - notre raison de continuer.
Pierre-Aurélien Delabre
Pierre-Aurélien Delabre, né en **1988 en région parisienne**, est un écrivain, traducteur et enseignant dont l’œuvre explore les croisements entre littérature, philosophie et engagement politique. Il vit et enseigne aujourd’hui à Naples, après avoir habité Marseille. Son travail, marqué par une attention particulière aux héritages marxistes et aux formes de radicalité contemporaine, s’inscrit dans une démarche de **cartographie critique** des enjeux esthétiques et sociaux de notre temps. Il a notamment publié *Fournaise* (Abrüpt, 2023) et *Destins critiques de Walter Benjamin* (Abrüpt, 2025).