Cécile Garrigues
Cécile Garrigues
L'evidence based medicine constitue une nouvelle approche de la pratique médicale visant à la fonder sur la recherche de la preuve. Elle s'est progressivement imposée comme la bonne manière de pratiquer la médecine et comme le mode dominant d'évaluation de la validité des connaissances. La standardisation des pratiques qui en découle pose aujourd'hui la question de la prise en compte de la singularité du patient et de l'autonomie critique du médecin. Le modèle biomédical et ses outils de recherche expérimentale sont de plus en plus sollicités aussi pour s'appliquer au champ de la santé publique. Sont-ils toujours adaptés pour, sinon mesurer, au moins apprécier ou prévoir les effets de telle ou telle intervention en prévention, en promotion de la santé ? Les déterminants de santé appartiennent à des domaines aussi variés que les environnements physiques, sociaux, économiques, psychologiques, de l'éducation ou encore les modes de vie et le recours aux soins : comment déterminer l'efficacité des interventions en santé publique sur une ou plusieurs composantes de la santé perçue ou la santé globale des personnes au sens de l'OMS ? Face à des facteurs aussi hétérogènes les méthodes evidence-based suffisent-elles ou bien doit-on les réserver à des problématiques de prévention où les facteurs de corrélation sont plus aisés à établir comme le lien entre la couverture vaccinale et le degré de protection d'une population ? À quels autres outils peut-on alors recourir pour évaluer, au sens de mettre en valeur, la portée d'actions de prévention, de promotion de la santé en santé périnatale, infantile, juvénile et familiale ? À travers réflexions théoriques et retours d'expériences pratiques, l'ouvrage tente de mieux cerner les conditions à réunir pour apprécier les effets d'activités, d'expériences ou de programme de prévention, particulièrement dans le champ d'action de la PMI et de la santé sexuelle, et faire reconnaître ainsi toute sa place à cet exercice public, à la fois médical et de promotion de la santé.
La mission de prévention des équipes de PMI concerne la santé globale des enfants jusqu'à 6 ans et l'accompagnement des parents dès la grossesse. Est-elle compatible avec leur mission de protection de l'enfance qui peut conduire au dépistage, voire au signalement, de situations à risque de danger ou de danger avéré ? Au fil du temps, les professionnels de PMI ont affirmé leurs connaissances des besoins de l'enfant et de son développement, et ont progressé dans le repérage précoce de situations à risque de maltraitance. Ils ont développé des prises en soin interdisciplinaires, individuelles ou collectives, à domicile ou en centres de PMI, avec de nombreux partenaires. Grâce à ce travail préventif concerté, bien des situations ont trouvé des réponses sans recours à la judiciarisation, tout en préservant le bon développement des enfants au sein de leur famille. Mais parfois l'intérêt de l'enfant exige des mesures administratives ou judiciaires de protection. Les évolutions législatives ont réaffirmé la participation de la PMI à la prévention de la maltraitance et à l'évaluation des informations préoccupantes. Comment garder, malgré tout, la confiance des familles, ferments de l'alliance thérapeutique, et préserver « l'esprit de la prévention prévenante » afin d'accompagner, d'aider et de soigner ?
La notion de vulnérabilité s'est imposée en France depuis le début des années 1980 dans le contexte de la montée de la pauvreté et de la précarité liées au chômage et de leurs conséquences pour les enfants et les familles. Le principe d'universalité de l'offre de soins, préventifs et curatifs, est au fondement de notre système de santé et de protection sociale. Alors que les politiques sociales sont davantage tournées vers les publics les plus touchés par la pauvreté, au risque parfois de les stigmatiser comme « vulnérables », les seuls programmes de prévention ne permettent pas systématiquement de gommer les inégalités de santé. A partir de ces concepts de vulnérabilité, de prévention, d'inégalités en santé et d'universalisme proportionné, et de leurs enjeux sociologiques et politiques, les auteurs réfléchissent à leurs pratiques habituelles de PMI : visites à domicile en périnatalité, en population générale, entretien prénatal précoce, bilans de santé en école maternelle et activités en planification familiale. Ils montrent en quoi la crise du Covid a mis en évidence la nécessité et les conditions du « prendre soin » et stimulé la créativité des soignants de protection maternelle et infantile.
Les savoirs concernant les bébés et les jeunes enfants se sont renouvelés de façon foisonnante dans tous les domaines disciplinaires : médecine, biologie et génétique, sociologie et anthropologie, psychologie et psychanalyse, sciences de l'éducation... Être de langage et de cognition, être de sensorialité et d'affectivité, être de subjectivité et de socialité, être de motricité et déjà être de pensée, voici le bébé à la fois décortiqué par chacune des disciplines sous ses multiples coutures, mais également diversement emmailloté selon la qualité des liens qu'elles tissent ou non autour de son berceau. Comment le bébé et le jeune enfant, pris dans cette constellation, s'en tirent-ils, autrement qu'à hue et à dia ? Cet ouvrage invite au dialogue et à la reliance entre tous les champs disciplinaires autour des tout-petits concernant la période prénatale, les étayages de la parentalité, le développement précoce et ses aléas et les enjeux des apprentissages premiers. Alors qu'une commission « des 1000 premiers jours » a été créée par le gouvernement, les auteurs questionnent les politiques publiques de prévention en petite enfance, avec des apports critiques d'exemples internationaux, afin d'examiner les enjeux d'une revitalisation du dispositif de PMI.
De nombreuses modifications sociales et sociétales dans le domaine de la sexualité, de la conjugalité et de la parentalité se sont produites au cours de ces dernières années. Cet ouvrage explore ces changements et leurs conséquences en termes de santé en proposant quelques réponses à la question : que peut la prévention ? Les missions de PMI et de planification familiale concernent la promotion et la protection de la santé de la mère et de l'enfance. En quelques décennies, le rapport à la sexualité s'est métamorphosé, la conjugalité et le désir d'enfant connaissent des mutations anthropologiques fondamentales, les relations femmes-hommes, la/les familles et la fonction parentale ont connu des transformations majeures. La technologie bouleverse les conditions de la procréation. Ces nouveaux ordres et désordres interrogent les dimensions de permanence et d'évolution des enjeux professionnels et sociétaux pour répondre aux exigences de la prévention.